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Avenir
de la religion.
Avec la création
des religions éthiques, la fécondité de l'esprit humain
s'est-elle épuisée dans ce domaine du divin. Nous ne le pensons
pas. La morale ,
comme jadis la science ,
a réclamé son autonomie et elle l'a plus qu'à demi
conquise. Elle tend à devenir séculière et humaine,
à éliminer d'elle tous les éléments théologiques
qui y survivent encore, à n'être plus que l'art de régler
les rapports des hommes et d'indiquer la voie qui permet de se rapprocher
de cet idéal d'ardente justice, d'équitable amour, de beauté
harmonieuse et forte qui est l'oeuvre collective de tous les siècles.
Mais en s'émancipant de la religion, la morale la libère
du même coup. Elle lui permet de n'être plus que le sentiment
de l'étroite communion avec le divin. Ce sentiment n'est pas un
sentiment simple, mais un complexe d'émotions dont nous avons indiqué
les principales au cours de cet article, et auxquelles leur longue union
les unes avec les autres, leur association avec les rites, les croyances
et les dogmes ont conféré un caractère spécial
qui les différencie des autres états affectifs. Tantôt
ce sont telles de ces émotions, tantôt telles autres qui prédominent,
mais la fonction du sentiment, qu'elles constituent par leur fusion, demeure
identique.
Seule la foi d'être
unie à un divin qui la dépasse et l'enveloppe donne à
l'âme ce sentiment de paix, de joie intérieure, cette force
et cette sérénité dont est imprégnée
la conscience de l'homme vraiment pieux. Mais ce Dieu qu'il sent en lui,
encore faut-il qu'il le pense, qu'il se le représente, et du,jour
où les liens sont coupés entre la religion d'une part, la
science, la métaphysique et la morale de l'autre, il ne peut plus
le penser que symboliquement. C'est cette nécessité pour
l'émotion religieuse de s'incarner en des formes définies,
qui permet de. présager aux vieux symboles mythologiques et aux
symboles nouveaux créés à leur image une très
longue survivance encore et peut-être une survivance indéfinie.
L'essentiel toutefois de la religion, ce ne sont pas les formes sans lesquelles
cependant elle ne serait pas, c'est ce mode spécial de vie intérieure
de l'être qui ne se sent pas isolé dans la nature, mais, qui
pense, aime, agit en un Dieu, dont il a conscience d'être enveloppé
tout entier, qu'il trouve en lui et hors de lui et dont il éprouve
à toute heure la présence, encore qu'il ne puisse à
lui-même se le définir. (L. Marillier, c. 1900). |
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