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La
Nouvelle Atlantide - Cet ouvrage de Francis Bacon
est une espèce d'utopie scientifique plus que politique; car, outre
que les proportions de ce livre sont fort restreintes et qu'on peut à
peine le considérer comme achevé, l'auteur, après
avoir fait connaître quelques traits des institutions qui ont donné
aux peuples de la Nouvelle Atlantide un bonheur idéal, se hâte
d'arriver à celles qui sont destinées à étendre
des connaissances de l'homme et son empire sur la nature entière.
Voici le cadre dans lequel Bacon a enfermé son sujet :
Des navigateurs,
écartés de leur route par les vents contraires, et sur le
point de manquer d'eau et de provisions, se trouvent, dans une région
inexplorée de l'Océan, en vue d'une terre inconnue où
s'offrent à leurs regards une ville et un port. Après quelques
pourparlers qui dénotent de la part des habitants un peu de cette
défiance à l'égard des étrangers, qui est un
caractère ordinaire des utopies, on admet les nouveaux venus dans
l'île, et on les installe dans un hospice spécialement consacré
aux étrangers.
C'est là qu'ils
apprennent de quelques-uns des personnages du pays comment, tout éloigné
qu'il est du berceau et du centre du christianisme, ses habitants y furent
convertis dès la vingtième année qui suivit l'ascension
du Sauveur, par un miracle qui leur apporta les livres de l'Ancien
et du Nouveau Testament ,
même ceux qui à cette époque n'étaient pas encore
écrits. Comment les habitants de Bensalem (est le véritable
nom de la Nouvelle Atlantide), inconnus au reste des hommes, connaissent-ils
leurs institutions, leurs sciences et même leurs langues? C'est ce
qu'on explique plus ou moins clairement aux étrangers; et, à
travers des réticences que l'auteur ne pouvait guère éviter,
mais qui, dans son roman, sont mises sur le compte du secret à garder,
on voit que presque tout ce qui se fait de bon et d'utile est l'oeuvre
d'une Société ou Institut de Salomon, lumière et
flambeau de l'Empire, consacrée à la contemplation et
à l'étude des oeuvres de la divinité.
Le but de cette institution,
ses merveilleux moyens d'action, les résultats non moins merveilleux
qu'elle obtient sont énumérés par Bacon
avec toute la complaisance que devait apporter dans un tel sujet l'auteur
du Novum organum. La Nouvelle Atlantide est en quelque sorte
le rêve des sciences physiques comme les autres utopies, la
République
de Platon, l'Utopie
de Thomas More, etc., sont le rêve de la science
sociale et politique. De ces dernières, Bacon a imité quelques
institutions bizarres, le goût des cérémonies publiques,
l'abus du costume, et cet enthousiasme du but qui dissimule à l'auteur,
mais non au lecteur de sang-froid, le chimérique et la faiblesse
des moyens. (E. Brisbarre). |
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