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La Nouvelle Atlantide, de Francis Bacon

La Nouvelle Atlantide est un ouvrage de Francis Bacon. C'est une espèce d'utopie, dans la manière de Platon, contenant la description d'une cité idéale des sciences physiques, comme la République de Platon, la Cité du Soleil de Campanella, l'Utopie de Thomas More, etc. De ces dernières, Bacon a imité quelques institutions bizarres, le goût des cérémonies publiques, l'abus du costume, et cet enthousiasme du but qui dissimule à l'auteur, mais non au lecteur de sang-froid, le chimérique et la faiblesse des moyens. Mais, contrairement aux précédentes, l'utopie de Bacon est   scientifique plus que politique. Car, outre que les proportions de ce livre sont fort restreintes et qu'on peut à peine le considérer comme achevé, l'auteur, après avoir fait connaître quelques traits des institutions qui ont donné aux peuples de la Nouvelle Atlantide un bonheur idéal, se hâte d'arriver à celles qui sont destinées à étendre des connaissances de l'homme et son empire sur la nature entière. 

Cette conception se rattachait à un des projets favoris du célèbre chancelier. Vivement préoccupé de l'éparpillement des efforts intellectuels dans l'humanité, de cette espèce d'anarchie du monde scientifique, où tant de force se dépense sans profit, et aurait voulu grouper des phalanges entières, coordonner tous les travaux dans une vaste organisation qui aurait assuré un échange rapide et fécond de toutes les découvertes. En un mot, il révait l'association dans la science, pour arriver à ce but qu'il indique : augmenter par la puissance intelectuelle le pouvoir de l'humain sur la nature, reculer les bornes de la puissance humaine dans l'accomplissement de tout ce qui est possible. Ce projet d'une sorte d'académie disciplinée et travaillant avec méthode n'est jeté que comme un épisode dans la Nouvelle-Atlantide, mais n'en est pas moins le trait original et caractéristique.

Voici le cadre dans lequel Bacon a enfermé son sujet : Des navigateurs, écartés de leur route par les vents contraires, et sur le point de manquer d'eau et de provisions, se trouvent, dans une région inexplorée de l'Océan, en vue d'une terre inconnue où s'offrent à leurs regards une ville et un port : c'est la Nouvelle-Atlantide, dont le vrai nom est Bensalem parmi les habitants du pays.  Après quelques pourparlers qui dénotent de la part des habitants un peu de cette défiance à l'égard des étrangers, qui est un caractère ordinaire des utopies, on admet les nouveaux venus dans l'île, et on les installe dans un hospice spécialement consacré aux étrangers.

Ces insulaires jouissent d'un bonheur idéal, comme dans toutes les républiques imaginaires. Ils sont d'ailleurs chrétiens; ils ont été convertis, vingt ans après l'ascension du Christ, non par des missionaires, mais par un miracle qui leur a fait connaître les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament,, même ceux qui, à cette époque, n'étaient pas encore écrits. 

Comment les habitants de Bensalem, inconnus au reste des hommes, connaissent-ils leurs institutions, leurs sciences et même leurs langues? C'est ce qu'on explique plus ou moins clairement aux étrangers; et, à travers des réticences que l'auteur ne pouvait guère éviter, mais qui, dans son roman, sont mises sur le compte du secret à garder, on voit que presque tout ce qui se fait de bon et d'utile est l'oeuvre d'une Société ou Institut de Salomon, lumière et flambeau de l'Empire, consacrée à la contemplation et à l'étude des oeuvres de la divinité. Un des membres de cette société en décrit minutieusement le règlement, et démontre comment elle arrive, par une division méthodique du travail, à une production régulière et plus considérable de richesses scientifiques. Le but de cette institution, ses merveilleux moyens d'action, les résultats non moins merveilleux qu'elle obtient sont énumérés par Bacon avec toute la complaisance que devait apporter dans un tel sujet l'auteur du Novum organum.

Douze des membres, nommés commerçants de lumière, voyagent secrètement dans les contrées étrangères et en rapportent des machines, des instruments, des modèles, des observations de toute espèce. Trois autres, appelés plagiaires, recueillent dans les livres les expériences utiles qu'ils y peuvent trouver, en même temps que trois collecteurs sont chargés, d'emprunter aux arts mécaniques et libéraux toutes les pratiques qui se rapportent au but de la Société. Trois autres encore tentent de nouvelles expériences : ce sont les pionniers. Une section de trois compilateurs classe dans des tables dressées méthodiquement toutes les expériences et observations que trois évergètes ou bienfaiteurs comparent entre elles, coordonnent et tâchent d'appliquer à l'utilité sociale ou à la découverte de nouvelles lumières, Il y a encore les lampes, qui, dans une sphère plus élevée, cherchent des routes nouvelles; des greffiers, qui enregistrent et contrôlent les résultats obtenus par les précédents; enfin, des interprètes de la nature, qui étudient toutes les observations et en dégagent les conséquences générales; puis des élèves et novices destinés à perpétuer la Société.

Il y a sans doute des singularités dans l'organisation de cette espèce d'ordre scientifique, qui est le principal ressort social de la république de Bensalem; mais le mal auquel cette conception était destinée à porter remède était réel et l'idée d'une vaste association pour empêcher toute déperdition de force intellectuelle est une conception dont il est impossible de méconnaître la grandeur.  (E. Brisbarre / PL).

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Dictionnaire Le monde des textes
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