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Le Livre des Juges

 Cet écrit forme le premier des livres historiques proprement dits de l'Ancien Testament, ou, plus exactement, la première partie de l'ouvrage d'ensemble qui rapporte les destinées du peuple d'Israël à partir du moment où il est installé sur le sol du pays de Chanaan jusqu'à la destruction de Jérusalem par les Chaldéens. Le Livre des Juges expose les événements survenus dans l'époque antérieure à l'établissement de la royauté, où l'autorité politique n'avait aucun caractère régulier et s'exerçait par le ministère intermittent de héros libérateurs d'Israël, qu'on appelle juges. Malheureusement, les très rares souvenirs de l'époque antérieure à Saül nous sont ici présentés dans un cadre visiblement artificiel : le peuple d'Israël abandonnant Yahvehpour l'idolâtrie étrangère, Yahveh laissant peser sur lui le joug étranger, puis lui procurant un libérateur quand le châtiment a donné naissance à un sincère repentir; les Israélites, après quelques années de prospérité, retombant dans l'idolâtrie, voilà le cercle que nous parcourons ici une douzaine de fois. Ce point de vue dogmatique, qui fait servir l'histoire à l'instruction religieuse du peuple, est celui du Ve ou du IVe siècle avant notre ère; cette date est confirmée par la présence de nombreux morceaux d'un caractère moderne.

Après une sorte d'introduction (I, 1 à II, 5), contenant de courtes notes sur l'état de la conquête de la Palestine au moment de la mort de Josué et exposant le cadre dogmatique où l'auteur se propose de faire rentrer les faits de la période qu'il étudie, nous abordons le corps du livre (II, 6 à XVII, fin).

Premier ,juge : Othoniel. Les enfants d'Israël, ayant abandonné Yahveh pour les cultes chananéens, celui-ci les livre à Cusan-Risathaïm, roi de Mésopotamie. Après huit ans d'oppression, Yahveh suscite Othoniel, de la famille de Kaleb, qui bat le tyran et assure au pays quarante ans de repos. Nous n'insisterons pas sur la double invraisemblance d'un roi de Mésopotamie attaquant les Israélites et d'un cheikh de l'extrême Sud du pays (Kaleb appartient à la région d'Hébron) intervenant pour le repousser.

Deuxième juge : Aod. Les Israélites (lisez : les gens de Benjamin) sont opprimés par une coalition de Moabites, d'Ammonites et d'Amalécites, à la tête desquels se trouve le roi moabite Eglon. Un vaillant benjaminite, Aod, pénètre dans la demeure de l'oppresseur pour lui apporter le tribut annuel et profite de l'occasion pour l'égorger. Les Moabites, privés de leur chef, sont vaincus, et Israël, après « dix-huit ans d'asservissement », jouit du « repos pendant quatre-vingts ans ».

Troisième juge : Samgar. Ce personnage a battu six cents Philistins sans autre arme qu'un aiguillon à boeufs ; simple épisode des querelles constantes éclatant à la frontière des territoires israélite et philistin; Samgar n'est sans doute qu'un doublet de Samson.

Quatrième juge : Débora. Ici, c'est une femme qu'on met en avant. Les Israélites étant opprimés par un certain Jabin, « roi de Chanaan » à l'extrême Nord de la Palestine, Débora, « prophétesse et juge en Israël », qui résidait en Ephraïm, appelle le peuple à la révolte et place à la tête de l'armée un nommé Barac, qui doit amener les contingents de Zabulon et de Nephtali. Les troupes de Sisara, chef de l'armée de Jabin, sont battues près du mont Thabor, et Sisara, qui avait pris la fuite, est assassiné dans des circonstances dramatiques par une femme, non juive d'origine, du nom de Jahel. Les mêmes circonstances ont donné lieu à une composition poétique, le cantique de Débora, qui est un morceau librement composé et en aucune façon l'écho de souvenirs authentiques. A la suite de cette merveilleuse victoire, le pays jouit d'un repos de quarante ans.

Cinquième juge : Gédéon. On consacre à ce personnage et à son fils, Abimélech, de longs développements. Tout à l'heure nous étions transportés dans la région septentrionale du pays; nous voici maintenant aux environs de Sichem. Les Israélites (lisez : les Ephraïmites) avaient à souffrir des incursions des Madianites, Amalécites et des tribus pillardes du désert syrien, qui venaient enlever leurs récoltes. Yahveh apparaît à un certain Gédéon ou Jérobaal et lui donne l'ordre de se mettre à la tête de ses compatriotes pour infliger à l'ennemi une sanglante défaite; celui-ci, après avoir renversé l'autel de Baal et obtenu de la divinité un miracle fait pour lui donner pleine confiance, rassemble les contingents de plusieurs tribus; mais Yahveh veut que la troupe israélite soit réduite à trois cents hommes afin de montrer que la victoire dépend uniquement de son appui. En effet, la petite troupe écrase l'ennemi et le poursuit au delà du Jourdain. On offre la couronne à Gédéon, qui la refuse en déclarant qu'Israël ne doit pas connaître d'autre roi que Yahveh. D'autre part, trait qu'on s'explique assez mal,. il érige une idole avec les bijoux pris sur les Madianites. Gédéon assure quarante années de repos au pays.

Tous ces longs récits ont un caractère d'amplification banale et ne nous apprennent rien; il en est autrement en ce qui concerne Abimélech, bâtard de Gédéon, qui établit son gouvernement sur l'importante ville de Sichem et réprime brutalement une, révolte. C'est peut-être la seule page du livre des Juges où l'on retrouve un souvenir précis des événements antérieurs à Saül.

Sixième et septième juges. Thola et Jaïr, l'un originaire d'lssachar, l'autre du Galaad, délivrent successivement Israël et exercent la judicature, le premier pendant vingt-trois ans, le second pendant vingt-deux ans.

Huitième juge : Jephté. Les Ammonites faisaient pesamment sentir leur joug aux Israélites installés sur la rive orientale du Jourdain; ils franchissaient même la rivière pour molester les gens de Benjamin, d'Ephraïm et de Juda. Un aventurier du Galaad se mit à la tête de la révolte et, après des négociations où il fit valoir, au moyen d'arguments juridiques qui trahissent une époque peu ancienne, les droits d'Israël sur la rive orientale du Jourdain (territoires de Ruben, Gad, demi-Manassé), remporta sur les Ammonites une victoire complète; la joie du triomphe fut quelque peu compromise par l'immolation de la fille de Jephté devant l'autel de Yahveh, en exécution d'un voeu téméraire. Un conflit entre gens du Galaad et d'Ephraïm aboutit au massacre d'un grand nombre de ces derniers. Jephté assure dix ans de repos à Israël.

Neuvième, dixième et onzième juges : Abezan, de Bethléem, Elon, de Zabulon, Abdon, d'Ephraïm, sont tour à tour juges en Israël pendant sept, dix et huit ans.

Douzième juge : Samson. De longs développements sont consacrés à un guerrier de Dan, consacré à Dieu dès sa naissance par le voeu de nazir et dont la force merveilleuse réside dans la chevelure. Samson est le héros d'une série d'aventures où il malmène les Philistins, ses voisins. L'esprit de Yahveh, qui agite le héros de Dan, le laisse trop souvent égarer en de galantes aventures, pour qu'on prenne son action bien au sérieux, et les hauts faits de Samson contre ses ennemis semblent plus souvent inspirés par un esprit de vengeance personnel que par l'explosion du sentiment patriotique et religieux. La tragique circonstance où Samson périt, ensevelissant l'aristocratie philistine sous les ruines du temple de Dagon, est devenue populaire comme la ruse de Dalila, qui avait réussi à lui arracher le secret de sa force pour le livrer à ses ennemis. L'écrivain attribue vingt ans de durée à la judicature de Samson. 

Dans l'Appendice (chap. XVIII à XXI), on nous rapporte, sous une forme un peu compliquée, la migration des Danites qui, écrasés entre les tribus de Juda, Benjamin et Ephraïm, d'une part, les Philistins de l'autre, transportent leurs demeures à Laïs aux sources du Jourdain, où ils installent une idole enlevée sur le territoire éphraïmite; un petit-fils de Moise devient le chef du sacerdoce de la ville de Dan-Laïs, dont le sanctuaire jouit pendant des siècles d'une grande réputation. L'auteur du texte raconte enfin, avec de longs et inutiles développements, comment les Israélites tirèrent vengeance sur les gens de Benjamin d'un épouvantable attentat commis sur la concubine d'un lévite éphraïmite; cette répression faillit entraîner la disparition de la tribu de Benjamin. (Maurice Vernes).
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