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L'Ambigu-Comique a  été un théâtre de Paris, fondé en 1769 sur le boulevard du Temple par Audinot, acteur de la Comédie-Italienne. Ce fut d'abord un théâtre de
marionnettes; la première pièce qu'on y joua, intitulée les Comédiens de bois, et dans laquelle on reconnut la caricature des artistes de la Comédie-Italienne, eut un succès immense. Malgré les intrigues des diverses compagnies dramatiques, Audinot obtint bientôt, par la protection de M. de Sartines, lieutenant de police, l'autorisation de remplacer ses marionnettes par des enfants. Bien que le théâtre primitif d'Audinot ne contint que 400 personnes au plus, et que les places les plus chères fussent de 24 sous seulement, les bénéfices de l'entreprise permirent d'agrandir plusieurs fois la salle, qui fut enfin reconstruite entièrement en 1786. 

L'Ambigu-Comique fut une pépinière d'artistes : là se formèrent Damas, Michot, Varennes, qui finirent brillamment leur carrière au Théâtre-Français; Bordier, surnommé le Molé du boulevard; Julie Dancourt, célèbre pantomime; Mme Gardel, danseuse de l'Opéra. 

Audinot créa un genre qui fit fureur, la grande pantomime historique et romanesque, avec une riche mise en scène : la Belle au bois dormant,  le Masque de fer, le Capitaine Cook, la Forêt-Noire, les Quatre Fils Aymon, Hercule et Omphale, le Maréchal des logis, l'Héroïne américaine, le Baron de Trenck, C'est le Diable ou la Bohémienne, l'Enfant du malheur, etc., formaient un répertoire agréablement varié par de jolies comédies qu'écrivaient Moline, Plainchène et Galliot de Salins.

La Révolution, en multipliant les théâtres, causa la ruine de l'Ambigu-Comique, qui, après de longs efforts, dut fermer en 1799. A partir de 1801, il recouvra sa prospérité par l'inauguration du mélodrame : c'est la brillante époque de Guilbert de Pixérécourt et de Caïgnez, surnommés le Corneille et le Racine du boulevard, de Victor Ducange, d'A. Béraud, etc. Parmi les pièces qui obtinrent alors le plus de faveur, on distingue le Jugement de Salomon, la Forêt d'Hermanstadt, la Femne à deux maris, Tékéli, la Bataille de Pultawa, Thérèse, le Fils banni, Calas, Lisbeth, les Machabées, les Mexicains, Cardillac, etc. 

En 1827, l'Ambigu brûla : une nouvelle salle, construite sur le boulevard Saint-Martin, au coin de la rue de Bondy, par Hittorf et Lecointe, et décorée de belles peintures par Jouanis, Desfontaines et Gosse, fut ouverte en 1828. Pendant plus de dix ans, ce théâtre fut peu prospère; malgré les efforts d'artistes tels que Frédérïk Lemaître, Bocage, Guyon, Albert, Francisque, M. et Mme Mélingue, Mme Dorval, etc., il n'obtint que des succès isolés; le théâtre de la Porte-Saint-Martin lui faisant une rude concurrence, il fallut abandonner les pièces à spectacle, telles que le Festin de Balthazar, le Juif errant, Nabuchodonosor, pour entrer dans la voie du drame que suivait cet heureux rival. 

Les principales pièces qui relevèrent la fortune de l'Ambigu furent : Glenarvon, de Malefille; Gaspardo, Lazare le Pâtre, Jean le Cocher, de Bouchardy; les Bohémiens de Paris, de Dennery; Paris la nuit, de Cormon; les Mousquetaires, d'Alexandre Dumas; le Fils du diable, de Paul Féval; les Amants de Murcie, les Étudiants, la Closerie des genêts, de Frédéric Soulié, etc.

A la fin, l'Ambigu, pas plus que les autres théâtres du boulevard, n'eut de genre qui lui soit propre. Il s'éteindra lentement. On tenta de donner une nouvelle vie à la salle dans les années 1920 en la transformant en cinéma. En 1954, ce sera de nouveau quelque temps un théâtre. mais il devra fermer définitivement en 1966. (B.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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