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Vacquerie

Auguste Vacquerie est un écrivain français, né à Villequier en 1819, mort à Paris le 19 février 1893. Il était frère de Charles Vacquerie qui épousa la fiIle de Hugo, Léopoldine, mourut avec elle, dans une promenade en bateau près du Havre et fut chanté par le poète dans les Contemplations. Lui-même avait été dès sa jeunesse un des admirateurs les plus fervents du romantisme et de son chef.

En 1840, âgé seulement de vingt et un ans, il publia un volume de poésies conforme aux doctrines nouvelles : l'Enfer et l'Esprit; puis il écrivit des articles de critique littéraire dans le Globe et dans l'Epoque. En 1844, il donna à l'Odéon, en collaboration avec un autre ami de Hugo, Paul Meurice, une traduction en vers d'Antigone, bientôt suivie d'un volume de poésies d'une forme brillante et un peu laborieuse, intitulé Demi-teintes

En 1848, il fit jouer à la Porte-Saint-Martin un drame en vers, en cinq actes, Tragaldabas, drame plein de hardiesses excessives et d'excentricités qui eut une chute bruyante. Lorsque fut fondé, la même année, le journal l'Evénement, Vacquerie en devint naturellement un des rédacteurs les plus assidus, il était plus spécialement chargé des articles littéraires; mais quand la rédaction du journal eut été éprouvée par de nombreuses condamnations et que l'Evénement fut devenu l'Avènement du Peuple, Vacquerie écrivit un certain nombre d'articles politiques. 
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Un pleutre

« Nous étions là tous deux parmi trente vauriens,
Et nous jouions aux dés, - chacun avec les siens. 
Du premier coup, j'ai douze. O fortune jalouse, 
Je riais! Mais voici que l'autre tourne - douze! 
C'est à recommencer. Je penche le cornet. 
J'ai douze. A lui le tour. D'un air facile et net
Il agite les dés. - Douze! Je désespère, 
Mais, pour savoir à fond ce qu'était ce repaire. 
J'essaie encore un coup. J'ai douze. Le maraud 
Remet d'abord ses dés dans sa poche, et tout haut, 
Devant tout le tripot que le vacarme attire,
Crie : - On triche! - C'est bien à vous!... allais-je dire, 
Quand soudain je reçois sur la joue un soufflet 
Qui pour jamais me teint de pâle en violet. 
On m'insulte. A la porte! On m'y flanque avec verve,
Et vertueusement cette bande conserve 
Tout mon argent. J'avais mis tout sur le tapis 
Pour allumer le jeu. Rincé! - Ma foi, tant pis! 
Car, puisque j'ai laissé démolir sans ressource
Mon honneur, ptt! mon dos, hail mais, grand Dieu, ma bourse 
Et que je n'ai senti nulle rébellion, 
Je vois ce que je suis, - je n'ai rien du lion. 
Quelle chance! C'est très dangereux, le courage! 
On se blesse d'un mot, on est pris de la rage 
Du duel, et l'on se fait découdre le pourpoint. 
Après ce que je viens d'endurer, je n'ai point 
A craindre que jamais, pour un mot qui mal sonne, 
On me voie envoyer des témoins à personne. 
Bonsoir le point d'honneur et le respect humain! 
Je respire. Je vais marcher dans mon chemin, 
Libre, fier, aspirant l'air à pleine narine! 
Car, certes, si j'avais au fond de la poitrine 
Je ne dis pas le coeur d'Achille ou d'Annibal, 
Mais un coeur ramassé par terre dans un bal, 
Un coeur infatué de gloriole vile,
Il eût bondi. Le mien est resté bien tranquille. 
Ce n'est pas là, sans doute, un symptôme trompeur,
Et je n'aurai plus peur de ne pas avoir peur. »
 

(A. Vacquerie, extrait de Tragaldabas).

Après le coup d'Etat du 2-décembre, bien qu'il n'eût pas été proscrit lui-même, il suivit de son plein gré Victor Hugo à Jersey; de temps en temps, il revenait à Paris pour surveiller la répétition de ses pièces; en 1869, il s'y installa définitivement et avec les deux fils de Hugo, Paul Meurice et Rochefort, fonda le Rappel et commença une campagne violente contre l'Empire. En 1871, il se déclara pour Paris contre Versailles, et depuis, comme rédacteur en chef du Rappel, il soutint les idées les plus démocratiques.

Il faut citer de lui les ouvrages suivants : les Drames de la Grève (1855); Profils et Grimaces (1856); Souvent homme varie (1859); Chateaubriand (1860); les Funérailles de l'honneur (1860); Jean Baudry (1863); les Miettes de l'Histoire (1863); le Fils (1866); Mes Premières Années de Paris (1872); Aujourd'hui et Demain (1875); Futura (1890). 

En prose comme en vers, le style de Vacquerie est toujours brillant et souvent vigoureux. Mais, à force de fuir la banalité, il arrive trop souvent à l'auteur de ne pas éviter l'affectation et l'excentricité. (A. Bayet).

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