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Hannon

Hannon est un célèbre navigateur carthaginois, qui fit un voyage de circumnavigation, dépassant les colonnes d'Hercule  ( = Détroit de Gibraltar). La destination finale de ce voyage a été beaucoup discutée. Pour certains auteurs, Hannon n'a pas dépassé le cap Bojador; pour d'autres, il serait parvenu au Gabon.  Il apparaît de toute façon que ce que l'on a coutume d'appeler le Périple d'Hannon, désigne non pas une expédition, mais plusieurs (peut-être trois) entreprises de colonisation, puis d'exploration des côtes atlantiques de l'Afrique.

Entre tous les personnages du même nom que nous connaissons par l'Histoire punique , il n'en est aucun qui ait tant occupé les critiques modernes, qui ait été l'objet d'autant d'écrits et de systèmes différents. L'importance de la relation qu'on lui attribue, et qui est parvenue jusqu'à nous, explique le zèle, des auteurs. 

Le premier des Anciens qui fasse mention d'Hannon et de son voyage, est l'auteur du traité De Mirabilibus auscultationibus, inséré dans les oeuvres attribuées à Aristote (ce qui laisse penser que l'auteur en question pourrait être un contemporain du philosophe de Stagire). Pomponius Méla cite quelques faits tirés de la relation de ce navigateur : mais c'est à Pline que nous devons le plus de renseignements sur son compte; et lui-même les avait empruntés à Xénophon de Lampsaque. Pline nous apprend qu'au temps de la plus grande puissance des Carthaginois, Hannon, chargé par eux de faire le tour de l'Afrique, depuis le détroit de Gadès (Cadix), jusqu'à l'entrée du golfe Arabique, laissa par écrit le récit original de sa navigation (Histoire naturelle, lib. II, c. 67 ) ; et ailleurs, il dit encore (lib. V, c. iI ) , qu'il existait des Commentaires d'Hannon, général carthaginois, qui avait exécuté, d'après les ordres de sa république, et vers l'époque de sa plus grande prospérité, une navigation autour de l'Afrique (L'exploration de l'Afrique).

Ces deux témoignages de Pline font supposer qu'il n'avait pas lu la relation originale d'Hannon, ou du moins qu'il ne connaissait pas celle que nous possédons. La circonstance rapportée par l'historien romain , qu'Hannon avait fait le tour de l'Afrique, est dementie par le silence de toute l'Antiquité; et celle qui se trouve dans Pomponius Méla, antérieur à Pline (à savoir, que le défaut de vivres força Hannon de revenir sur ses pas), se retrouvant aussi dans le texte qui nous est parvenu , prouve en même temps que ce texte est celui que les Anciens connaissaient, et qu'il n'y était nullement question du tour de l'Afrique. C'est à cela que se bornent les notions fournies par les anciens sur l'existence et la personne d'Hannon.

Le titre et les premières lignes de la relation qui nous a été transmise sous son nom, confirment et développent un peu ces notions.

Voici comment cette relation débute :

Périple d'Hannon, général des Carthabinois, le long des côtes de la Libye, au delà des Colonnes d'Hercule; déposé par lui-même dans le temple de Baal. 
« Les Carthaginois ordonnèrent à Hannon de naviguer au-delà des Colonnes d'Hercule, et d'y fonder des villes Liby-Phéniciennes. Hannon s'embarqua à la tête d'une flotte de soixante navires, à cinquante rames chacun, chargés de trente mille personnes, tant hommes que femmes, de vivres et d'autres provisions nécessaires. » 
Immédiatement après ces paroles , commence la relation même d'Hannon, rédigée à la première personne, et dans les termes d'un journal de navigation. Avant d'exposer les divers systèmes soutenus par les critiques modernes, touchant l'âge de ce navigateur, et les limites de ses découvertes géographiques, indiquons brièvement les opinions non moins différentes auxquelles son récit même a donné lieu. Il paraît que dans l'Antiquité Hannon et son voyage avaient trouvé des incrédules. Strabon traite de fabuleuse la relation qui en courait de son temps. Plus tard, le sophiste Aristide s'en moquait, comme d'un conte inventé à plaisir; et Athénée nous a transmis les railleries qu'en faisait un poète comique, lesquelles, à la vérité, ne prouvent pas grand-chose sur une semblable matière. Mais, ce qui a plus d'autorité, c'est la censure de Pomponius Méla et de Pline, qui se plaignent des fables ridicules, ajoutées au récit original du navigateur carthaginois. Toutefois, l'un et l'autre reconnaissaient, à travers toutes ces altérations dictées par l'amour du merveilleux, si naturel aux Grecs, un fonds de vérité et d'exactitude que n'avaient pu entièrement déguiser des copistes infidèles. 

Parmi les modernes, les uns, tels que Saumaise , ont méconnu ou nié l'existence de la relation d'Hannon; d'autres, Vossius à leur tête, ont regardé cette relation comme un des plus précieux texte de l'Antiquité. Cette opinion a été partagée par Montesquieu, par Robertson; et, parmi les savants géographes qui ont employé à l'explication de ce texte leurs veilles laborieuses, il nous suffira de citer Bougainville et Gossellin. Le sentiment du savant critique anglais Dodwell , que le Périple grec d'Hannon, dans l'état où nous le possédons aujourd'hui, n'est qu'un roman maladroitement tissu par quelque Grec assez moderne; ce sentiment, disons-nous, a été vigoureusement attaqué par les deux auteurs que nous avons nommés en dernier lieu , et plus tard, par un compatriote de Dodwell , Th. Falconer, dans un ouvrage dont nous aurons encore occasion de parler plus bas. Nous pensons aussi que l'authenticité de la relation entière, telle que nous la possédons , peut, avec assez de fondement, être révoquée en doute. En passant de la langue punique, en laquelle avait été rédigé le récit original d'Hannon, dans la langue grecque qui nous a conservé ce précieux monument, il a dû souffrir des altérations et des changements inséparables d'une pareille, opération. Quelques détails empreints d'une teinte fabuleuse ont aussi excité la juste défiance de Gossellin; et, sur l'ensemble du Périple, il pense qu'il ne doit être considéré que comme un extrait, plus ou moins fidèle, du journal d'Hannon; en sorte que ce Périple n'est ni l'ouvrage original du navigateur carthaginois, ni même la copie exacte et entière de l'inscription consacrée dans le temple de Baal, à Carthage. Quoi qu'il en soit, ce Périple, tel qu'il nous est parvenu, n'en est pas moins le texte le plus intéressant et le plus ancien des counaissances  géographiques qu'ait jamais eues l'Antiquité, concernant les rivages de l'océan Atlantique.

L'importance de ce résultat l'a fait prendre par tous les géographes qui se sont appliqués à déterminer l'étendue et les bornes de ces connaissances, pour principal objet de leur, travaux, et pour base fondamentale de leurs recherches : mais, sur ce point , ils ne se sont pas montrés moins divisés d'opinion que dans tout le reste. Bochart, Campomanès, Bougainville, qui ont composé sur le Périple d'Hannon des dissertations spéciales, et la foule des géographes qui les ont suivis sans un examen particulier, n'ont pas douté que les Carthaginois n'eussent pénétré au-delà du Sénégal, et jusque sur les côtes de Guinée; et d'accord dans ce système général, ils se sont ensuite divisés sur quelques positions particulières, qui étendent plus ou moins le champ des connaissances qu'ils prêtaient aux Anciens sur les rivages oc cidentaux de l'Afrique. Toutes les ressources de l'érudition avaient été employées et paraissaient épurées sur cette seule question et par tant de savants écrivains. Mais la critique est, qui, appuyant ses calculs sur des données plus fidèles, réunissant et comparant entre eux un plus grand nombre de documents positifs, et en apparence étrangers l'un à l'autre, a résolu enfin, de la manière la plus complète et la plus sûre, un problème si simple dans son principe et rendu si compliqué par la suite. 

C'est dans les Recherches geographiques de Gossellin, que se trouve une autre hypothèse. En réunissaut au Périple d'Hannon, qu'il a commenté et traduit dans toute son étendue, le Périple de Scylax, également employé par les autres critiques, celui de Polybe qu'ils avaient négligé, et les tables de Ptolémée auxquelles s'étaient presque exclusivement attachés les auteurs de cartes géographiques, il a réduit à l'espace de deux cent quatorze lieues marines, les courses immenses de douze à quinze cents de ces lieues que ces savants prêtaient si complaisamment au navigateur carthaginois, et en a déduit que les connaissances des anciens ne se sont jamais étendues, dans ces parages, au-delà du cap Bojador, terme du voyage d'Hannon. 

Cette conséquence, si on l'admet,  ne diminue en rien l'estime due aux efforts de ce premier navigateur, et aux travaux des siècles suivants : car la barrière devant laquelle il fut forcé de s'arrêter, à une époque où la marine était encore loin d'être  perfectionnée, avec des ressources nécessairement très faibles, et à travers les dangers et les craintes, compagnes inséparables d'une première tentative, repoussa également toutes les entreprises des peuples de l'Europe les plus puissants et les plus éclairés, jusqu'à l'époque où le pilote Gillanez réussit, en 1432, à franchir le premier cette barrière regardée si longtemps comme insurmontable, et ouvrit aux navigations des Européennes champ plus vaste que celui dans lequel ils se traînaient sur les pas d'Hannon, depuis plus de vingt-quatre siècles. 

Quant à l'époque à laquelle doit être rapporté l'âge d'Hannon ainsi que la navigation dont il fut tout-à-lafois le chef et l'historien, il n'y a pas moins d'opposition parmi les auteurs; et nous n'avons besoin que d'indiquer ici les principales opinions qui les ont divisés. Fabricius et Mélot fixent la navigation d'Hannon à l'an 300 av. J.-C; Dodwell, vers l'an 340; Campomnanès, vers l'an 407; et deux autres auteurs espagnols, Florian d'Ocampo et Mariana, 33 ans ou 41 ans plus tard : enfin , Bréquigny et Bougainville, qui lui assignent une date un peu plus reculée, la reportent, l'un vers l'an 500, l'autre vers l'an 570 avant notre ère. Tous ces critiques ont pris pour base commune d'estimations si différentes, le passage où Pline dit qu'Hannon et Himilcon furent chargés simultanément de faire des découvertes dans l'océan Atlantique, l'un au midi, l'autre au nord de la république carthaginoise, vers le temps où cette république était parvenue au plus haut degré de sa puissance. En conséquence, ils ne se sont attachés qu'à trouver une époque dans l'histoire de Carthage où cette ville fût assez florissante pour entreprendre de pareilles expéditions, en même temps que deux chefs nommés Hannon et Himilcon se rencontraient ensemble à la tête de son gouvernement. Mais ces noms étaient si cornmuns parmi les Carthaginois, qu'on les voit paraître dans tous les siècles connus de leur histoire; de sorte que le choix en devient arbitraire, ainsi que le prouvent les dates différentes qu'on a cru pouvoir adopter. 

C'est donc d'une autre donnée qu'il fallait partir pour arriver à un résultat, sinon plus vrai, du moins plus vraisemblable; et l'opinion d'Isaac Vossius, qui, d'après certaines traditions fabuleuses, entre autres celle des Gorgones, consignées dans le journal d'Hannon, et empruntées de là par les Grecs, regardait cette navigation comme antérieure au siècle d'Hésiode, semble offrir davantage ce dernier caractère : aussi a-t-elle été embrassée par Gossellin, qui l'a fortifiée de nouveaux motifs, et a cru devoir placer par approximation la date du voyage d'Hannon vers l'an 1000 avant J.-C. Nous ne dissimu-. Ions cependant pas que cette opinion est sujette à quelques difficultés.



- Périple d'Hannon, édition en ligne.
Hannon, général carthaginois, fils d'Hamilcar, tué à la bataille d'Himère, en Sicile, 484 ans avant J.-C., partagea le gouvernement de l'Espagne méridionale avec ses deux frères Himilcon et Giscon, et tenta le premier de pénétrer dans la Lusitanie, du côté du  Guadiana. Les Lusitaniens, épuisés par une guerre intestine, demandèrent la paix, et firent avec Carthage un traité, en vertu duquel ils fournirent 8000 hommes, qui passèrent à l'armée de Sicile. Hannon alla visiter ensuite toutes les côtes de la Lusitanie, laissant son frère Giscon pour commander en Espagne, avec le consentement du sénat. Il semble qu'Hannon tomba depuis en disgrâce, le sénat ayant fait rendre compte de leur conduite aux principaux officiers qui avaient servi sous lui en Espagne. 
Hannon, riche et puissant citoyen de Carthage, voulant renverser la ré publique et introduire le pouvoir arbitraire, conçut le dessein d'empoisonner tous les sénateurs dans un repas; mais, trahi par un de ses esclaves, il vit échouer son affreux projet. Il résolut d'employer la force ouverte; il arma 20,000 esclaves , se mit à leur tête, et se retira dans un château fortifié, cherchant à soutenir sa rebellion par une alliance avec un roi de la Maurétanie. Mais, ayant été fait prisonnier, il fut conduit à Carthage, battu de verges, rompu, et attaché à une potence en 336 av. J.-C. Le sénat fit exterminer
toute sa famille, quoiqu'elle n'eût pris aucune part à la conjuration.
Hannon, général carthaginois, chargé du commandement des trompes destinées à combattre Agathocle, tyran de Sicile, lui livra bataille non loin de Carthage; il enfonça d'abord les Grecs à la tête de sa cohorte sacrée, fut repoussé ensuite, et tomba mort, accablé d'une grêle de pierres et percé de coups, vers l'an 309 avant l'ère chrétienne.
Hannon, autre général carthaginois, envoyé en Sicile, avec une flotte et une armée, contre les Romains, attaqua et défit Appius Claudius Caudex dans un combat naval, en 264 av. J.-C. Le général romain ayant réparé sa flotte, passa le détroit, et vint bloquer le port de Messine, où Hannon s'était retiré. Celui-ci accepta imprudemment une conférence fut arrêté par Claudius, et n'obtint sa liberté que lorsque la garnison carthaginoise eut rendu la citadelle. Hannon, victime d'une perfidie, vint à Carthage pour justifier sa conduite; mais le sénat, le soupçonnant de lâcheté ou de trahison, le fit condamner à mort et attacher à une croix. 
Hannon, amiral carthaginois, sortit du port de Carthage avec une puissante flotte pour aller au secours d'Hamilcar Barca en Sicile, et fut vaincu dans un combat naval par le consul Lutatius Catulus, à la hauteur des îles Egades, à l'ouest de la Sicile en 242 av. J.-C. Les Romains coulèrent à fond 50 vaisseaux et en prirent 70. Florus dit que la flotte carthaginoise était tellement chargée de trou pes, de bagages, d'armes et de provisions, qu'il semblait que toute la ville de Carthage était à bord; ce fut-là, sans doute, une des causes de l'entière défaite d'Hannon. Cette journée mémorable décida de l'empire de la mer, et prépara de loin la ruine de Carthage. Cette république, humiliée, souscrivit aux conditions que Rome lui imposa; ce qui mit fin à la première guerre punique.
Hannon, général et sénateur carthaginois, chef de la faction Edoise, opposée à la faction Barcine, que dirigeait Hamilcar Barca, père d'Hannibal, fut d'abord gouverneur de la partie de l'Afrique intérieure qui était soumise à Carthage, et fit la conquête d'un territoire étendu sur les confins de l'Hécatompole. Choisi, en 241 av. J.-C, pour commander l'armée destinée à réduire les troupes mercenaires qui s'étaient révoltées, il marcha au secours d'Utique, attaqua les rebelles et remporta la victoire : mais il ne sut pas en profiter.

Les mercenaires, ralliés, survinrent et pillèrent son camp. Alors on lui donna pour collègue dans le commandement le célèbre Hamilcar Barca, père d'Hannibal. Les deux généraux, ayant consenti , quoique avec répugnance, à agir de concert, étouffèrent enfin cette dangereuse révolte qui avait mis Carthage à deux doigts de sa perte. Mais, la guerre terminée, Hannon se montra de nouveau ennemi mortel d'Hamilcar. Distingué par sa modération, son amour du bien public et de la justice, il brillait à la tête du parti qui, avant la guerre entreprise par ce dernier, avait opine pour des mesures pacifiques; il n'avait cessé de représenter les avantages d'une paix durable comparés aux hasards d'une expédition dont les succès incertains conteraient des sommes immenses, et finiraient peut-être par la ruine de sa Cité. Lorsqu'après la bataille de Cannes, Hannibal envoya son frère Magon annoncer au sénat de Carthage cette grande victoire , et demander des renforts, Hannon fut d'avis de ne rien accorder, et observa , suivant Tite-Live, qu'en sollicitant des secours d'hommes et d'argent, Hannibal tenait le langage d'un général qui se trouvait dans la situation la plus fâcheuse : 

« Il n'en a pas besoin , ajoutait Hannon, s'il a remporté de si grandes victoires; et il ne les mérite pas, s'il nous envoie de faux rapports. » 
Tel fut l'acharnement d'Hannon contre Hannibal, qu'on soupçonna même celui-ci d'entretenir des intelligences avec les Romains, et de les favoriser secrètement. On croit qu'Hannon mourut un peu avant la fin de la seconde guerre punique. Mais son parti lui survécut : ses artifices et sa haine déoncertèrent tous les projets d'Hannibal, et furent une des principales causes de la ruine de Carthage.
Hannon, autre général carthaginois, nommé par Hannibal gouverneur du pays situé entre les Pyrénées et l'Ebre, rassembla toutes ses forces pour s'opposer aux progrès des Romains commandés par Cnéius Scipion, et fut totalement défait près de la ville de Cissa, en 219 av. J.-C. 

Hannon lui-même fut fait prisonnier avec Indibilis, prince espagnol, auxiliaire de Carthage. Tout le gros bagage qu'Hannibal avait laissé à la garde d'Hannon, avant son départ pour l'Italie, tomba au pouvoir des vainqueurs. (B-P.).

Théodore Hannon est un peintre et poète belge, né à Bruxelles en 1851. Il est plus connu comme poète naturaliste que comme peintre. Nous citerons quelques-uns de ses volumes, dont le titre dit les tendances : Au Pays de Manneken-Pis (1880); Rimes de Joie (1881); Gaietés malades (1883); on lui attribue enfin un volume clandestin très bien imprimé en cinq couleurs : les Treize Sonnets du Doigt dedans, par M. de La Braguette (Bruxelles, 1882).
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