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Les
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Ch. Grosdidier 2004 |
Djoumbe Fatima,
Soudi
Raketataka, reine de Mohéli (Comores),
née vers 1836 à Ouallah, morte en 1878.
Les contemporains français de Djoumbe Fatima n'ont trop souvent voulu voir en cette souveraine qu'un cas pathologique d'indécision féminine. La littérature coloniale et cléricale ne cultivait pas à l'époque que les préjugés machistes; Djoumbe Fatima a encore été dépeinte comme un modèle académique de "duplicité arabe", ou de "traîtrise malgache". Ainsi que l'indique Jean Martin (Comores : quatre îles entre pirates et planteurs), il est sûrement plus juste de comprendre l'attitude fluctuante de Djoumbe Fatima comme la résultante des tensions politiques auxquelles l'île de Mohéli a été soumise durant son règne. Pour comprendre l'histoire de Djoumbé
Fatima, il convient de se reporter à des événements
qui se déroulèrent bien avant sa naissance, lorsqu'en 1828,
Ranavalo, la veuve de Radama I, usurpe le trône de Madagascar.
La parentèle de l'ancien souverain est massacrée. Son cousin,
le prince Ramanetaka, gouverneur de la province de Majunga Sa fille Djoumbe Fatima est alors âgée
de cinq ans, et la régence est assurée par sa mère,
la reine Rovao. Au même moment, la France est en train de prendre
possession de l'île voisine de Mayotte Le personnage de Madame Droit est mal connu, et a permis les affirmations les plus hasardeuses. On sait qu'il s'agissait d'une créole de l'île Maurice, avec quelques origines madécasses, éduquée chez les missionnaires protestants, puis par des religieuses de Saint-Denis. Son oeuvre d'enseignement dure quatre ans. La France couronne Djoumbe Fatima le 26 mai 1849, et s'intéresse de près au choix du mari qui convient à la jeune reine comorienne. Les prétendants sont nombreux, aussi
bien chez les Français, que parmi les princes et les sultans de
la région. Il n'est pas difficile d'imaginer en Djoumbe Fatima une
jeune femme dont la main est fort désirable... Hypothèse
confirmée par les quelques portraits et descriptions qui nous restent
d'elle. Toutefois, si la reine semble fort attachée à sa
gouvernante, l'aristocratie musulmane Ce n'est qu'en 1860, sous l'impulsion de Fleuriot de Langle, que les navires de guerre français reparaissent devant Mohéli. Djoumbe Fatima demande leur appui; son mari a été chassé de l'île, elle se plaint d'être le jouet de ses ministres. Le parti zanzibarite de Mohéli, dirigé en sous-main par l'Angleterre, souhaite lui voir épouser le sultan d'Anjouan. Une opération de police promptement montée par la France envoie le ministre Tsivandini en exil. Mais avec le retour des Français, débarque Joseph Lambert - chassé de Madagascar - dont les intentions sont de fonder dans l'île une installation sucrière. Rapidement, et bien qu'il s'en défende, les relations de Lambert avec Djoumbe Fatima deviennent intimes. L'homme d'affaires fait signer à la reine une convention exorbitante par laquelle il se rend maître pour soixante années de la totalité des terres de l'île, afin de les mettre en valeur. Mais le projet ne démarre pas rapidement... Avec la mort de Ranavalo en 1861, Lambert repart à Madagascar pour deux années. En 1867, le parti zanzibarite de Mohéli
a beau jeu de dénoncer l'erreur de la reine. Les richesses promises
par Lambert ne sont pas venues. Djoumbe Fatima abdique alors en faveur
de son fils aîné, espérant annuler le traité
commercial qui la lie à Lambert. Ce dernier maintient ses prétentions,
appuyé par le gouvernement de Mayotte Le retour de Djoumbe Fatima à Mohéli
en 1871 agite la population mohélienne contre Lambert, et provoque
un second bombardement qui achève de détruire la vieille
ville de Foumboni. Le planteur meurt en 1873, après s'être
réconcilié avec son ancienne maîtresse. En 1874, Djoumbe
Fatima perd son fils aîné, le sultan Mohammed, et remonte
sur le trône dans l'indifférence générale. Emile
Fleuriot de Langle, le fils de l'amiral , venu gérer sur l'île
les plantations de Lambert, devient son dernier époux. Deux enfants
naissent de cette union. Lorsque Djoumbe Fatima s'éteint à
quarante-deux ans, même à Mayotte Ainsi s'accomplit le destin d'une femme,
malgache de haute naissance, reine d'une île adossée à
l' Afrique, musulmane et d'éducation française. (Christophe
Grosdidier
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