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Zanzibar
Zanzibar fut, de
bonne heure, fréquentée par les trafiquants arabes, qui en
firent un marché d'esclaves important. Au XIIIe
siècle, Marco
Polo fit connaître les antiques relations de commerce entre l'Inde
et la côte orientale d'Afrique, le pays des Zendjs, qu'il appelle
Zanquibar.
L'île était alors désignée sous le nom d'Oungouya
par les indigènes. Elle ne fut définitivement connue sous
son nom et à sa place qu'à partir de 1499,
lorsqu'elle fut visitée pour la première fois par Vasco
de Gama, à son retour de l'Inde. En 1503,
les Portugais
s'y établirent, et Zanzibar devint peu à peu le principal
entrepôt commercial de l'Afrique orientale; c'est par Zanzibar qu'on
accédait à la région du Haut-Nil, et des liens, étroits
rattachaient les petits États de l'Afrique orientale au grand marché
de Zanzibar.
«
Quand on joue de la flûte à Zanzibar, disait un proverbe arabe,
toute l'Afrique des lacs se met à danser. »
L'occupation portugaise
ne fut pas longtemps effective; à la fin du XVIIe
siècle, les Portugais furent chassés
par des Arabes de Mascate, et Zanzibar fut gouvernée par des princes
de Mascate, de la famille des Saïd. Au XVIIe
siècle, l'imam
de Mascate avait établi sa souveraineté sur tout le littoral,
depuis la mer Rouge jusqu'aux possessions portugaises de Mozambique, ainsi
que sur tout le pays compris entre la côte et les grands lacs. C'est
pourquoi le nom de Zanzibar s'appliquait indistinctement à la côte,
à l'île et à sa capitale. Dès cette époque,
le terme primitif de Zanguebar disparut de la nomenclature géographique,
et Zanzibar ne désigna plus que l'île avec sa capitale.
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Oman, un
empire côtier
Géographiquement,
le sultanat (ou plutôt l'imamat d'Oman), avec sa capitale Mascate,
n'appartient pas à l'aire abordée dans cette page, au golfe
arabo-persique. Cependant, son passé est suffisamment lié
à celui de Zanzibar et de la côte swahili pour qu'il soit
utile d'en dire ici quelques mots.
L'histoire
d'Oman est connue depuis le début du Xe siècle, lorsqu'un
chef de la tribu des Beni-Saméh-ben-Lavi le conquit au nom du calife
Motadhed. On retrouve le fil de cette histoire au XVIe siècle
quand Mascate, qui appartenait alors au roi d'Ormuz, fut occupée
par Albuquerque (1507). Les
Portugais
la perdirent ensuite en 1658. Les Persans en furent chassés
à leur tour par des princes arabes de Sohar ,
de la dynastie des Saïd, en 1741. Ces Imams acquirent au XVIIIe
siècle une grande influence par le nombre de leurs navires,
l'étendue de leurs opérations commerciales et leur prestige
religieux.
De
1749
à 1780 régna Ahmed-ben-Said. Mais le principal sultan
fut son petit-fils Seyid-Saïd (1805-56), qui forma une
grande flotte, conquit Zanzibar et la côte de Zanguebar, l'île
de Socotora, enleva à la Perse les côtes du Mekran, les îles
d'Ormuz, Kichm, Laredj, Bahreïn. En 1846, il conclut un traité
de commerce avec la France. A sa mort, son empire fut divisé entre
ses fils. Thoweïni eut l'Oman et les îles du golfe Persique,
Mâdjid les possessions africaines, Amdjed les dépendances
occidentales de l'Oman entre Barkah et le Katar avec Sohar, berceau de
la dynastie.
Il
s'ensuivit des guerres civiles, la scission de Zanzibar, une invasion des
Wahhabites
du Nedjed imposant de nouveau le tribut dont Seyïd s'était
affranchi. L'Oman, bien qu'affaibli et privé des îles Bahreïn
et des possessions persanes, demeurera la région la plus avancée
de l'Arabie et sera compris dans l'arrangement franco-anglais de 1862
(abandonné pour Zanzibar), qui stipulait le respect réciproque
de l'indépendance des territoires de l'Imam de Mascate.
En
fait, à partir de la guerre de
Crimée, l'Angleterre s'est attribué une véritable
hégémonie sur toutes les côtes du golfe Persique. En
1864,
la France et l'Angleterre garantirent l'indépendance des États
de Zanzibar et de Mascate. L'arbitrage de lord Canning, vice-roi des Indes,
fixa définitivement les clauses du partage entre les souverains
de Mascate et de Zanzibar. Le tribut de 40 000 couronnes, stipulé
au profit du premier et à la charge du second, fut assumé
en 1873 par l'Angleterre qui obtint ainsi une influence prépondérante.
Mascate, à la mort de Saïd, furent partagés entre ses
fils. Saïd Twain (Thoweïni) régna à Mascate; il
eut pour successeurs Saïd Salim (1866), Saïd Turki (1874),
auquel a succédé, en 1888, son fils, Saïd Feyçal.
Ces princes n'auront qu'une autorité précaire en dehors de
Mascate. Un prétendant, Abd-ul-Aziz, a longtemps inquiété
Saïd Turki; en 1886, Saïd Turki, assiégé
dans Mascate, dut recourir à l'aide des navires anglais.
En
1889,
Saïd Feyzal a dû réprimer la révolte d'Abd-ul-Aziz.
A la même époque, les Wahhabites
menacent aussi Mascate. En 1890, Ribot, ministre des affaires étrangères
de la France, a fait connaître à la Chambre qu'en consentant
à renoncer à défendre l'indépendance de Zanzibar,
le gouvernement français maintenait la déclaration de 1862
en ce qui concerne Mascate. Un vice-consulat de France fut créé
à Mascate en 1891. L'Angleterre y entretint un résident
politique, dépendant du gouverneur général de l'Inde
et fit usage de son influence en 1899 pour gêner la concession
d'une station de charbon à BenderIssar accordée à
la France. Une démonstration navale anglaise devant Mascate obligea
le sultan à la révoquer, sauf à en donner une autre
de moindre valeur. |
Les puissances européennes
sont de retour dans la région dès le milieu du XIXe
siècle. Ainsi verra-t-on, le sultan
de Zanzibar, Saïd, qui avait conclu quelques années plus tôt
avec la France un traité de commerce envoyer en 1849
un de ses vaisseaux, la Caroline, porter des présents au
président de la République française. En 1853,
un Marseillais, Rabaud, fonda un comptoir à Zanzibar; puis des Allemands
et des Anglais y installèrent des factoreries. En 1859,
l'évêque de la Réunion
envoya à Zanzibar les premiers missionnaires. Le sultan encouragea
les voyages d'exploration à la recherche des sources du Nil ( L'exploration
de l'Afrique). En
1861,
soutenu par l'Angleterre, il s'affranchit de la suzeraineté de l'iman
de Mascate. En 1869,
la France et l'Angleterre conclurent un traité par lequel elles
s'engageaient à respecter l'indépendance du sultan de Zanzibar.
En 1880,
le sultanat de Zanzibar avait encore une étendue considérable,
quoique imparfaitement délimitée. Il comprenait, outre l'île
de Zanzibar, l'île de Pemba au Nord, celle de Mafia au Sud, une partie
de la côte africaine, depuis la presqu'île des Somalis
jusqu'au Mozambique portugais ;
du côté de l'Ouest, jusqu'aux grands lacs, les limites n'étaient
pas déterminées. C'est en 1885
que commence la rivalité de l'Allemagne et de l'Angleterre dans
l'Afrique orientale ( La
Région des grands lacs), rivalité dont le sultan de Zanzibar
devait être la victime. En 1885,
la Deutsche Ostafrikanische Gesellschaft signait des traités de
protectorat avec les chefs indigènes de l'Afrique orientale et,
en quelques mois, mettait la main sur une bonne partie du littoral de l'océan
Indien. L'Angleterre créa alors la British East African Association,
devenue l'Imperial British East Africa Company (I. B. E. A.), et le sultan
de Zanzibar fut alors en butte aux intrigues et aux entreprises rivales
de l'Allemagne et de l'Angleterre.
Pourquoi
Zanzibar? Par sa situation géographique (en vis-à-vis
du port de Bagamoyo, sur le continent) la ville Zanzibar a une importance
commerciale considérable; c'est un lieu de transit, un entrepôt
pour les marchandises en provenance ou à destination de l'Afrique
orientale; au XIXe
siècle, c'est à Zanzibar que les
Indiens trafiquant tout le long du littoral, par boutres, viennent faire
leurs achats, ainsi que les négociants arabes qui expédient
des caravanes dans l'intérieur de l'Afrique. Les transactions commerciales
se font à Zanzibar par l'intermédiaire d'une douzaine de
maisons européennes; le commerce de détail est entre les
mains des Indiens de Bombay et de Goa. Le mouvement commercial de Zanzibar
dépasse à cette époque les 100 millions de francs.
Les
principaux articles à l'importation sont : le riz provenant de Bombay ,
Calcutta
et Rangoon; les étoffes de coton, kangas multicolores et kanzons
blancs, qui servent à vêtir les Africains, et qui sont fabriquées
spécialement en Angleterre, en Allemagne et en Suisse; l'ivoire,
les clous de girofle provenant de Pemba; les peaux provenant de l'intérieur
de l'Afrique via Mombasa et la côte allemande; les animaux vivants,
les vins et spiritueux, les matériaux de construction, etc. C'est
l'Inde, alors sous domination anglaise, qui tient le premier rang à
l'importation.
Les
principaux produits exportés sont les clous de girofle dont le principal
marché est Rotterdam ;
le coprah expédié surtout à Marseille ;
les étoffes de coton réexportées sur les différents
ports de la côte africaine, etc. Le trafic est très actif
entre Zanzibar, les Comores et Madagascar.
Le port de Zanzibar est une escale très fréquentée
par les navires qui font le service de la côte orientale d'Afrique,
de Madagascar, la Réunion
et Maurice. A partir de l'établissement
du protectorat anglais, le port a été franc de douanes, excepté
pour les spiritueux, les armes et munitions de guerre, le tabac et le riz;
mais un décret du 7 novembre 1899 a rétabli un droit
de douane de 5% excepté sur les marchandises en transit.
En 1886,
les deux puissances s'entendirent pour garantir l'indépendance du
sultan, mais cette garantie ne s'étendait qu'aux territoires effectivement
occupés par ce souverain, c.-à-d. à l'île de
Zanzibar et à une zone étroite le long de la côte.
Quant aux possessions continentales du sultan, l'Allemagne et l'Angleterre
convinrent de se les partager, ce qui fut fait par le traité du
2 juillet 1887,
traité auquel la France adhéra en qualité de cogérante
de l'indépendance du sultan de Zanzibar. Le traité du 14
juin 1890
entre l'Angleterre et l'Allemagne marque le terme de l'expropriation du
sultan de Zanzibar : l'Allemagne reconnaissait le protectorat exclusif
de l'Angleterre sur Zanzibar et Pemba; en échange, elle recevait
la portion de la côte que les conventions précédentes
avaient réservée au sultan, ainsi que l'île d'Helgoland
dans la Baltique. L'Angleterre, suivant l'expression de l'explorateur allemand,
le major Wissmann, acquérait «
la
clef de toute la côte africaine ».
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La
ville de Zanzibar vers 1920.
La France, par le
traité du 5 août 1890,
signé avec l'Angleterre, a consenti à reconnaître le
protectorat anglais sur les territoires du sultan de Zanzibar, en échange
de la reconnaissance de son protectorat sur Madagascar.
Depuis le 31 août 1896,
les parties de l'ancien sultanat de Zanzibar annexées par l'Angleterre
sont désignées sous le nom d'East Africa Protectorate.
L'île restera protectorat britannique jusqu'en 1963-64,
date à laquelle elle est rattachée (avec un statut particulier)
au Tanganyika indépendant depuis 1961
(après avoir été une colonie allemande jusqu'en 1919,
un territoire administré par la Société des Nations,
puis par la Grande-Bretagne), pour former la Tanzanie (= Tanganyika
+ Zanzibar +ie).
Les
villes de la côte swahili
Bagamoyo.
Ce village de la
côte orientale d'Afrique, en face de Zanzibar, par 6° 17' de
latitude Sud ne comptait que 10 000 habitants au XIXe
siècle. Mais son importance lui
venait de ce qu'il était le point de départ des caravanes
qui prenaient la route des grands lacs. Il devint ainsi le marché
le plus important de la côte; on y voyait parfois arriver 10 000
étrangers en une semaine. En 1869,
la congrégation française des Pères du Saint-Esprit
s'y est établie. Elle a fondé un établissement agricole,
des écoles, des ateliers, un orphelinat, une crèche. Elle
rachetait les enfants noirs capturés dans l'intérieur. Une
pratique relevant à la fois de principes d'humanité que d'un
intérêt bien compris comme le relèvera le consul Ledoulx
:
«
Il y a là, notera-t-il, 500 enfants noirs des deux sexes destinés
à fonder plus tard de stations dans l'intérieur, instruits
dans notre langue et dans nos usages. »
Dar-es-Salaam.
La frénésie
qui régnait à Bagamoyo, allait de pair avec une insécurité
croissante. Et c'est apparemment ce qui a favorisé le développement
d'une autre localité, plus au sud, dans les années
1880
: Dar-es-Salaam, c'est-à-dire la maison de la paix (autre
nom du Paradis
et de Bagdad ).
Cet autre port de la côte orientale d'Afrique, situé à
l'embouchure du fleuve du même nom, offrait le port de qualité,
abrité par des bancs de coraux. Dar-es-Salaam (aujourd'hui, capitale
de la Tanzanie, et l'un des principales villes d'Afrique) devint à
son tour un des principaux marchés de cette côte, au débouché
de la route qui menait au pays d'Ousaramo. Il fut cédé par
le sultan à la compagnie allemande de l'Afrique orientale en 1885.
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Le
port de Dar es-Salaam au début du XXe siècle.
Mombasa.
Le port de Mombasa
(ou Mombaz), aujourd'hui au Kenya, bien abrité a été
regardé très tôt comme un des meilleurs de la côte
orientale d'Afrique. De quoi expliquer aussi une histoire des plus mouvementées
: prise et incendiée en 1505
par les Portugais ,
Mombasa se relevait à peine de ses ruines lorsque en 1528
elle fut de nouveau détruite de fond en comble. On peut dire de
cette ville qu'elle n'était reconstruite que pour être détruite
à nouveau jusqu'à l'année 1740
où elle passa aux mains de l'iman de Mascate. Sa prospérité
lui a été assurée quand elle est devenue, en 1898,
la tête de ligne du chemin de fer reliant l'Ouganda et toute la vallée
du haut Nil à la côte.
Sofala.
Les Arabes s'établirent à
Sofala vers 1120. En 1489,
le Portugais Covilham visita cette ville et
vanta les mines d'or de son arrière-pays. Vasco
de Gama y toucha en 1502. En 1508,
les Portugais chassèrent les Arabes par la force et s'y établirent
solidement, en y construisant la forteresse dont les restes subsistent
encore. Leur possession porta primitivement le nom de capitainerie de Sofala.
On a proposé
d'identifier Sofala à l'antique Ophir ,
d'où les navigateurs phéniciens rapportaient à Salomon
l'or de la reine de Saba
( Ancien Testament (Livre
des Rois, IX, 28). Un point de vue certainement propre à inspirer
les romanciers ( Henry Rider Haggard
et ses Mines du roi Salomon (1885)
peut-être aussi inspirées des découvertes de Cailliaud),
mais qui reste à relativiser au plan de l'histoire...
Mais
où était donc Ophir ?
Ce pays oriental qui fut en relations commerciales avec les Hébreux
par l'intermédiaire des ports édomites de la mer Rouge. On
raconte que Salomon y fit chercher (par des marins tyriens) de l'or, du
bois de santal, des pierres précieuses, de l'ivoire pour décorer
le temple de Jérusalem
(on en ramena aussi des paons). D'innombrables
Mémoires ont,
été écrits pour en fixer l'emplacement. On a proposé
le Yémen, diverses régions des côtes de l'Inde, la
presqu'île de Malacca (Bacr), le pays africain de Sofala (Mauch),
le golfe Persique (Glaser), et jusqu'à la Chine et même l'Amérique.
Une hypothèse émise par Lassen a connu une certaine faveur,
elle place l'Ophir sur la côte Nord-Ouest de l'Inde où se
retrouvent des peuples pasteurs du nom d'Abhira. De fait, la richesse d'Ophir,
en or très pur, rappelle celle de la satrapie perse de l'Inde qui
payait seule son tribut en or. Mais d'autres auteurs pensent que le nom
d'Ophir n'avait qu'un sens vague et désignait toutes les régions
riveraines de l'océan Indien, au delà de la mer Rouge.
Le
Mozambique
En évoquant
l'histoire de Sofala, on est déjà entré dans celle
du Mozambique, dont le passé se lie à la fois à celui
de la côte swahili proprement dite et à celui de l'Afrique
australe. La côte du Mozambique fut de très bonne heure
exploitée par les négociants arabes qui commerçaient,
avec l'Inde, la régularité du régime des moussons
facilitant les voyages. Elle le fut peut-être par les Phéniciens,
sans même rappeler le périple de Néchao ( L'Exploration
de l'Afrique). Les ruines des forteresses retrouvées dans les
districts miniers de l'arrière-pays attestent l'existence de puissantes
organisations.
Les Portugais
établirent plusieurs bases le long de la côte entre
entre 1506
et 1508.
Ils remontèrent le Zambèze (vers 1565), où ils occupèrent
Tété en 1632.
Mais ils négligèrent les pays de l'intérieur où
existait encore au XVIIe
siècle, au Sud du Zambèze,
le royaume de Monomotapa. Le retour offensif des Arabes, appuyés
par l'iman de Mascate (1698),
limita au cap Delgado au Nord les possessions portugaises. Un siècle
plus tard, les implantations portugaises seront davantage contestées
par les autres Européens (et les Africains) que par les Arabes.
L'histoire du Mozambique est, au XIXe
siècle entière rattachée à celle
des relations du Portugal
et de l'Angleterre, aux convoitises anglaises, provoquées par l'excellence
de la baie Delagoa , au sud du pays, et par sa situation voisine des républiques
boers, particulièrement du Transvaal, dont elle est l'issue naturelle.
La
baie de Delagoa (anciennement da Lagoa = de la Lagune), explorée
au XVIe siècle par Pedro Quaresma, est également appelée
sur les anciennes carte la baie d'Espirito Santo, d'après une des
rivières (aujourd'hui le Tembé) qui viennent déboucher.
Elle prendra plus tard le nom de baie de Lourenço-Marquès,
du nom de son port, fondé en 1867 sur l'emplacement du village
zoulou de Maputo conquis en 1823, qui lui-même tirait le sien
de celui du navigateur qui fonda en ces lieux la première factorerie,
en
1544. L'endroit va se révéler le meilleur port
de toute l'Afrique orientale.
En 1875,
l'arbitrage du président Mac-Mahon fut favorable au Portugal, auquel
les Anglais contestaient cette baie comme ayant hérité d'anciens
navigateurs hollandais, débarqués dans le pays en 1720,
et comme cessionnaires d'une partie de la côte méridionale
acquise par le capitaine Owen en 1823,
sur laquelle ils bâtirent même une ville du nom de Bombay,
pour faire concurrence à Lourenço-Marquès. En 1889
surgit le conflit africain anglo-portugais (qui devait prendre fin deux
ans après). A la fin de l'année 1890,
un incident dit de Manica fut provoqué par la South African Company,
expulsant violemment les Portugais de ce lieu. A la suite de cet incident,
un bataillon de volontaires fut organisé à Lourenço-Marquès,
et, au commencement de 1894, une petite
expédition portugaise en partait, pour marcher sur Massikessé.
Les rivalités des États de
l'Afrique australe ont aussi donné une histoire à leurs chemins
de fer. En 1883, par suite d'une entente
du Portugal avec la République sud-africaine, une ligne fut projetée
reliant la baie Delagoa au Transvaal. Tandis qu'une compagnie néerlandaise
se chargeait de la portion comprise entre Prétoria et la frontière,
une société portugaise construisait l'autre portion jusqu'à
ce point. Elle se constitua sous le nom de Lourenço-Marquès
and Transvaal railway Company; elle se substituait en 1887
une société anglaise, la Delagoa bay and East african railway
Company, qui construisit la voie ferrée, jusqu'à 80,5 km
Sur ces entrefaites, la frontière ayant été rectifiée,
il se trouva qu'elle était reculée et que la ligne comportait,
à l'encontre des premières estimations, 9 km. de plus à
construire dans une contrée fort difficile. La Compagnie n'ayant
pas voulu obtempérer à cette exigence, le gouvernement portugais
prononça sa déchéance (25 juin 1889)
et s'empara de la ligne. Elle sera terminée jusqu'à la frontière,
à Komatipoort.
D'autre part, la Compagnie néerlandaise
a, le 20 juin 1893 seulement, inauguré
la première section de la ligne de Komatipoort à Pretoria,
jusqu'à Nelspruit (120 km.). Une compagnie française a commencé
la construction d'un embranchement de Komati aux mines de Sélati.
La ligne de Lourenço-Marqués à Pretoria sera la plus
courte des routes reliant à la mer la capitale du Transvaal : elle
n'a que 400 km. Elle détournera du Cap une partie du mouvement commercial
du Transvaal sur Lourenço-Marquès et à son profit.
Vers la fin de l'année 1894,
les Africains se sont insurgés dans le territoire de Lourenço-Marquès
contre l'autorité portugaise. Conduits par leurs chefs Mahazuli
et Zahlala, ils ont obtenu l'alliance du grand chef Gungunhana. Les Portugais,
ayant refusé les secours de Cecil Rhodes
et de l'Allemagne, ont obtenu le 29 janvier 1893
un
premier succès véritable. Le 24 mai, la rébellion
semblait réprimée. Enfin, en décembre 1895,
Gungunhana fut vaincu et pris. Les troubles ne cessèrent pas pour
autant. De nouvelles rébellions auront encore lieu jusqu'en 1913,
qui seront matées dans le sang. En 1917
et 1918, les Allemands occupent une
partie du Mozambique et suscitent un regain de violence au sein des
populations africaines. Quand les Portugais, au lendemain de la première
guerre mondiale reprendront le dessus, rien ne sera véritablement
stabilisé, et le Mozambique, placé sous la botte européenne
depuis près de quatre siècles, et n'aura jamais été
véritable colonisé, deviendra finalement indépendant
en 1975, après
la Révolution des oeillets au Portugal, sans que cela d'ailleurs
le fasse échapper à la violence et à la misère.
(Ch.
Delavaud / E. Chantriot / L. Del / A.-M. B.). |
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