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La chasse du roi Hérode
La chasse Hérode est une tradition populaire qui appartient au cycle des chasses fantastiques. Elle a lieu annuellement, le soir de la veille des Rois, dans la vallée de Coudes, qui appartient aux départements du Jura et de l'Ain. Un certain Laurent Dalphin, marinier, racontait, en 1847, que, revenant de Lyon, il avait environ quinze ans, et près d'arriver à Coudes, il avait vu, de ses propres yeux vu, une meute innombrable qu'il prit d'abord pour celle d'une de ses connaissances, mais qu'il reconnut ensuite pour celle du roi Hérode. Elle venait de passer à la nage la rivière d'Ain, et se répandait dans les champs, dans les prés, dans les vignes. Il entend même encore ses aboiements, qui diminuaient de force à mesure quelle s'avançait au fond de l'horizon. Ayant raconté la chose à un ami, celui-ci l'accueillit d'un air d'incrédulité un peu choquante ce qui amena un défi pour l'année suivante. Il fut convenu qu'à pareil jour, ils sortiraient ensemble du village, et qu'alors ils seraient témoins tous deux de ce phénomène. Le passage du chasseur eut effectivement lieu. Un ami commun, qui les accompagnait, pouvait l'attester. A peine étaient-ils engagés dans un étroit sentier tracé dans les neiges, qu'ils ont entendu de loin, sur les montagnes du Bugey, le train de cette chasse nocturne. Le bruit grossissant de plus en plus, avec une incroyable vitesse, comme si la meute eût marché de front avec le vent, nos braves champions avaient compris qu'ils n'avaient qu'à battre en retraite, et ils étaient rentrés chez eux tout hors d'haleine, et profondément convaincus du passage du roi chasseur.

Un autre habitant de Coudes, un pontonnier,  racontait qu'une nuit qu'il était couché, il est réveillé par les cris : A la barque! à la barque! La nuit était froide; on était à la veille de la fête des Rois, c'est-à-dire,  précisément au coeur de l'hiver. Il lui en coûtait de se lever; il aurait volontiers envoyé au diable l'importun voyageur. Un sentiment d'humanité le rappelle bien vite à son devoir. Il s'habille à la hâte, court à la nacelle et traverse la rivière. Là, se trouvait un grand monsieur, couvert d'un grand chapeau, armé d'un grand fusil, suivi d'une grande meute. Le personnage entre dans le bateau; il y est suivi de ses chiens, qui chargent d'un grand poids le frôle esquif. Ces quadrupèdes l'avaient déjà tout couvert, qu'il en sautait, sautait encore, sautait toujours, tant et si bien qu'ils passaient trois cents. En mettant pied à terre, le généreux passager désirant récompenser dignement le zèle et le bon coeur du pontonnier, lui remplit la main de pièces d'or; mais quand l'honnête cafi, de retour à sa maisonnette, voulut compter les louis qu'il avait reçus, il ne trouva plus dans son gousset que des feuilles de buis! Il se souvint alors que c'était la veille des Rois, et vit bien qu'il venait d'avoir affaire à ce réprouvé d'Hérode."

Aux bois du Périgord, très vastes autrefois, il existait aussi une chasse Hérode, mais celle-ci était menée par une entité féminine. C'était une parente du roi, Dame Hérodiade, une autre damnée, de blanc vêtue et chevauchant blanc palefroi. Donnant à grand gueule, bondissaient à ses côtés deux formidables lévriers, issus, peut-être, d'Orthros et Kerberos, qui avaient mené les limiers d'Hécate. Suivait meute criarde, aboyant, jappant et heuppant, valets ès-cors beuglant et du fouet claquant. Las pour le chrétien, en male heure abandonné de Dieu et des saints, s'il se fût fourvoyé emmi! Renversé en un clin d'oeil, étranglé, déchiré, dévoré, plus n'aurait laissé poil ni cheveu. (A.de Chesnel).

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