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Nid

On désigne sous le nom de nid (nidus des Latins) toute construction faite par des Animaux, à l'aide de matériaux variés, dans le but d'y déposer et d'y élever les petits. La plupart des Oiseaux recourrent  à ce genre de  construction. Mais beaucoup de Mammifères, quelques Poissons même (Epinoches, par exemple), parfois certains Mollusques,  surtout une grande quantité d'Insectes fabriquent aussi des nids. Il est vrai que la plupart du temps ces constructions ne sont pas seulement destinées à recevoir la progéniture. A l'image des terriers que certains animaux (Castor, Loir, Taupe, Hamster, Hérisson, etc.) se creusent et qui leur servent d'habitation presque toute l'année et que l'on appelle aussi parfois des nids, il s'agit d' abris qui sont construits en dehors du temps de la reproduction pour se garantir par exemple contre le froid et l'humidité, ou pour se dérober à la vue de leurs ennemis. On y trouve cependant, presque toujours une chambre particulière, distincte du reste de l'habitation, et qui constitue le véritable nid. Nous parlerons dans cette page essentiellement des nids proprement dits. Quant aux autres habitations et aux abris appelés communément nids, on se contentera de les évoquer seulement à propos des Insectes.

Les nids des Oiseaux

On trouve, chez les Oiseaux, la plus grande variété du point de vue de la forme et de la nature des matériaux, comme aussi du fini artistique et du degré de confortable dont chaque espèce semble avoir besoin. Ces différences sont ordinairement en rapport avec l'organisation des divers groupes et le degré de précocité des jeunes au sortir de l'oeuf. Ici, en effet, comme chez les Mammifères, il existe des Oiseaux qui sont en état de courir dès leur naissance (praecoces), tandis que d'autres (altrices) sont incapables de se tenir sur leurs pattes et ont besoin pendant longtemps des soins de leurs parents. Le degré de perfection du nid est généralement en rapport avec ces besoins différents : les praecoces (Galliformes, Autruches, etc.) se contentent d'un trou creusé dans le sol; au contraire, c'est chez les altrices (Passériformes) que l'on rencontre les nids les plus parfaits et les plus artistement construits. Dans cette étude, nous commencerons par les nids d'Oiseaux les plus rudimentaires pour passer ensuite aux plus compliqués, à ceux qui dénotent le mode d'élaboration le plus délicat et le plus raffiné.
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Nid de Mésange à longue queue.
Le nid de la Mésange à longue queue (Aegithalos 
caudatus) est particulièrement élaboré : en forme de sac
avec une petite entrée latérale, il est tissé de mousses, 
de lichens et même de toiles d'araignée.

Nids construits sur le sol. 
Les Galliformes, beaucoup de palmipèdes et d'échassiers de rivage, un certain nombre de Passériformes nichent sur le sol, et dans la plupart des cas ce nid n'est pas bien compliqué. Une touffe d'herbe que l'oiseau foule avec son corps et ses pattes, dans un endroit sec, lui peu écarté et caché par les buissons, en fait tous les frais. Les Autruches, qui habitent les déserts, se contentent de creuser avec leur large poitrine une dépression dans le sable; c'est le mâle polygame qui s'occupe de ce soin : les femelles y pondent successivement leurs oeufs que le mâle couve seul, les recouvrant de sable lorsqu'il est forcé de s'éloigner pour chercher sa nourriture. Dans le groupe des Perroquets, les Pézopores australiens nichent à terre; parmi les Passériformes d'Europe, les Alouettes sont dans le même cas, ainsi que l'Engoulevent qui, muni d'un large bec, peut emporter, au besoin, son oeuf dans sa bouche. Le Coucou pond aussi à terre, mais ne couve jamais : il prend son oeuf dans son bec, et va le déposer subrepticement dans le nid d'un autre oiseau. Cette habitude est générale dans la famille des Cuculidae; cependant quelques genres américains de ce groupe (Anis, Coulicous, Couas font exception et construisent un nid.

Les Talégalles et les Mégapodes, oiseaux de l'ordre des Galliformes qui habitent les régions chaudes de l'Ancien monde, pondent à terre et ne couvent pas leurs oeufs. Les uns, comme le Mégapode de Wallace (des Moluques), enfouissent leurs oeufs dans le sable, comme les Tortues, confiant l'éclosion à la chaleur d'un soleil tropical. Les autres, qui habitent une région plus tempérée, comme le Talégalle de Latham d'Australie, construisent des amas de détritus végétaux, de véritables tumuli, dans lesquels ils enfouissent leurs oeufs : la chaleur développée, pendant l'été, par la fermentation de cette espèce de fumier, suffit pour faire éclore les oeufs. Ces tumuli ont jusqu'à 2 m de haut et 4 m à 4,50 m de diamètre. L'oiseau, qui est de la grosseur d'une poule, construit ce monticule en balayant et grattant le sol avec ses pattes à 10 à 50 m à la ronde, et rejetant vers le centre les matériaux ainsi amassés, feuilles mortes et. terreau; puis le tout est recouvert de feuilles et de branches. On trouve les oeufs au centre, disposés en cercle ou disséminés dans l'épaisseur du tumulus. Plusieurs femelles y déposent leurs oeufs, et c'est le mâle, dit-on, qui se charge de faire sortir les petits en ouvrant une brèche dans les parois; il est plus probable que les petits s'en tirent comme ils peuvent.
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Nid et oeufs de Colin de Virginie.
Nid et oeufs de Colin de Virginie (Colinus virginianus).

Les Oiseaux de haute mer (Mouettes, Goélands) nichent sur les rochers en nombreuses sociétés où l'on se vole entre voisins les matériaux destinés à rendre le nid moins dur. Les Cormorans (Graculus carunculatus) forment, au îles Malouines (Falkland) et Magdalena, des colonies de plusieurs milliers de couples; les nids sont de petits monticules rangés en quinconce et formés d'herbes desséchées, pétries avec de la terre détrempée et du guano. Les Fous (Suliformes), producteurs de guano, forment des colonies semblables sur les côtes du Chili et du Pérou. Plus nombreuses encore sont les colonies de Manchots qui vivent dans les mêmes parages, notamment aux Malouines. Les nids, symétriquement groupés au milieu des hautes herbes, à une distance souvent considérable de la mer, sont alignés le long des sentiers battus par le passage continuel de ces oiseaux incapables de voler. On y distingue des rues, des carrefours et des impasses, comme dans une grande ville, et, malgré cela, chaque oiseau venant de la mer sait retrouver son nid et son oeuf.

Le nid de l'Eider à duvet (Somateria mollissima) est beaucoup mieux construit que celui des autres palmipèdes. C'est une charpente de bûchettes, de paille et d'algues que la femelle tapisse intérieurement à l'aide du duvet moelleux qu'elle arrache de sa poitrine. On sait combien ce duvet précieux est recherché par l'industrie et le commerce.

Les Merles et les Traquets placent aussi leur nid au milieu des rochers, mais ce nid est déjà plus soigné; comme celui de la plupart des Passériformes, il est formé d'herbes sèches et de mousses entrelacées, capitonné à l'intérieur des plumes blanches du Lagopède, et l'oiseau y pond ses oeufs qui sont d'un bleu pâle et sans taches.

Nids aquatiques.
Le Cygne construit souvent son nid en forme de radeau flottant qui porte toute la famille. La Poule d'eau et la Foulque noire entrelacent le leur à des tiges de roseaux, assez lâchement pour qu'il puisse s'élever et s'abaisser avec le niveau du fleuve, Dans celui du Grèbe huppé, au contraire, les oeufs sont constamment mouillés, d'autant mieux que la mère les cache sous des plantes aquatiques récemment arrachées du fond de l'eau. Les Fauvettes turdoïde et effarvate font leur nid dans les roseaux en les fixant solidement, mais toujours à une hauteur que peuvent atteindre les plus fortes crues. Le Cincle aime à cacher son nid derrière la chute d'eau d'une cascade qu'il doit traverser pour y entrer et en sortir.
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Grèbe huppé et son nid.
Grèbe huppé et son nid.

Nids en forme de terrier.
Les Guêpiers et le Martin-pêcheur font leur nid dans un terrier creusé dans la berge d'un cours d'eau et déposent leurs oeufs sur un lit grossier d'arêtes de Poissons. Les Petrels et les Puffins habitent des terriers creusés dans les falaises maritimes. Les Macareux s'emparent volontiers des clapiers creusés par les Lapins. Les Hirondelles de rivage (Riparia riparia) creusent de petits tunnels borgnes dans les falaises sablonneuses et dans les sablonnières à de grandes distances des côtes.

Nids dans les arbres creux. 
Les Pics et les Perroquets nichent dans les troncs des vieux arbres, déposant leurs oeufs sur un lit de poussière de bois. Le nid de la Huppe, qui est dans le même cas, est renommé pour sa puanteur : Pallas a vu un de ces oiseaux qui avait installé son nid dans la cage thoracique d'un squelette abandonné dans la steppe. Chez les Calaos (Buceros) le mâle mure avec de la boue l'ouverture du tronc d'arbre - dans lequel couve sa femelle, ne laissant qu'une ouverture suffisante pour lui passer sa nourriture; dès que les petits sont éclos, il délivre la mère en élargissantt l'ouverture.

Nids maçonnés.
Le Fournier roux (Furnarius rufus) construit un grand nid avec de l'argile détrempée : ce nid présente une vaste cavité intérieure divisée par une cloison verticale et une autre à angle droit qui se prolongent jusqu'à l'ouverture qui est latérale; la cloison supérieure, tapissée d'herbe, sert de nid : l'ensemble rappelle tout à fait un four. Le nid de l'Hirondelle de cheminée (Hirundo rustica) est plus petit, mais toujours accroché à une encoignure ou à une corniche; qu'il soit dans les rochers ou dans les rues d'une ville; ce nid est formé de terre gâchée et n'a qu'une ouverture très étroite sur le côté libre. L'Hirondelle de fenêtre (Chelidon urbica) construit un nid hémisphérique fermé à sa partie supérieure, pétri de terre et de paille et agglutiné de salive; les parois en sont parfaitement lisses et polies, tapissées de plumes à l'intérieur; ce nid exige quinze jours de travail des deux oiseaux, mais les couples reviennent plusieurs années de suite au même nid. Les Martinets, plus paresseux, font un nid grossier, mais également agglutiné de salive. sous les toits; ils s'emparent souvent des nids des hirondelles qu'ils agrandissent à coups de bec.

Le nid si célèbre des Salanganes n'est en définitive qu'un nid de Martinet ou d'Hirondelle un peu perfectionné. C'est la Salangane de Linch (Collocalia Linchi) d'Indonésie, qui fournit presque exclusivement ces nids d'hirondelles si recherchés dans certains pays orientaux. On les trouve dans des cavernes creusées dans les falaises, et où l'on n'entre qu'à marée basse. L'oiseau colle sa salive sur la roche abrupte un grand nombre de fois, traçant un demi-cercle; cette salive, en se desséchant, forme une saillie qui s'épaissit peu à peu par de nouvelles additions et finit par prendre l'apparence d'un de ces vide-poche qu'on accroche aux murs d'une pièce. D'autres espèces (Coll. fuciphaga, par exemple) mélangent à leur salive des matières végétales, mais le véritable nid comestible doit être formé exclusivement de la salive de l'oiseau. La récolte des nids est difficile et périlleuse : il faut se servir d'échelles de corde et de câbles garnis de noeuds. Une seule grotte fournit annuellement, en trois récoltes, 300.000 nids.

D'autres oiseaux du groupe des Martinets et de celui des Oiseaux-Mouches accrochent leur nid, également en forme de vide-poche, à des feuilles de palmier. Souvent la partie inférieure de ces nids se prolonge en une sorte de pendentif formé de détritus végétaux englobes dans des toiles d'araignées et dont le rôle est de donner au nid plus de stabilité, lorsque la feuille qui le porte est agitée le vent.

Nids placés sur les arbres. 
Les nids placés dans les arbres sont probablement les plus nombreux de tous, mais ils varient beaucoup, suivant les espèces, quant au choix des matériaux, qui sont cependant presque exclusivement de nature végétale. Les plus grossiers représentent une simple plateforme bâtie au moyen de brindilles entre-croisées à l'aisselle d'une grosse branche : tel est le nid du Ramier (Columba palumbus). Le nid des grands rapaces (Aigles) est une construction du même genre, mais beaucoup plus volumineuse et toujours placée au faîte d'un grand arbre : c'est ce qu'en appelle une aire. Il est curieux de voir de petits Passériformes construire leur nid dans le soubassement même de cet édifice. Le nid de la Pie est recouvert d'un toit d'épines à claire-voie destiné à l'abriter, car ces Oiseaux bâtissent au sommet de l'arbre et à une époque de l'année où le végétal est encore dépourvu de feuilles. Souvent, pour détourner l'attention des observateurs, les Pies bâtissent à quelque distance un faux nid qui ne servira pas pour la ponte. En Grande-Bretagne, les nids de Corneilles, de longue date protégées, forment souvent dans les grands parcs de vastes colonies qui se perpétuent depuis des siècles et qu'on appelle rookeries.
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Nid de Carouge à épaulettes.
Nid de Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus).

C'est par suite d'une protection qu'on a vu se développer en France des héronnières qui rassemblent des  nids de Hérons cendrés qui sont placés sur des ormes et des frênes, à la fourche des branches les plus élevées, et formés de branches et de brindilles entrelacées, sans revêtement intérieur de feuilles ni de plumes. Le nid de la Cigogne est peu différent : on connaît l'habitude qu'a cet oiseau de le bâtir sur les cheminées des maisons des grandes villes, notamment en Alsace, où les couples reviennent fidèlement chaque année et sont l'objet d'une protection toute spéciale. Le nid de l'Ombrette africaine (Scopus umbretta) est beaucoup plus volumineux que les précédents : on en voit de 2 à 3 m de circonférence sur 1 m d'épaisseur : c'est une masse informe de branches et de débris d'ossements cimentés de terre, qui pèse souvent jusqu'à 100 kg, et qu'on s'étonne de voir occupée par un oiseau de la grosseur d'une poule; à l'intérieur est une vaste chambre, bien close en dessus, et munie d'un couloir de 15 à 20 cm d'ouverture : ce nid est souvent occupé par cinq ou six couples qui vivent en bonne intelligence.

Des nids plus délicats et plus raffinés sont ceux que bâtissent, au milieu des branches, la plupart des petits Passereaux : les parois sont formées de tiges de Graminées, de racines, de mousses et de lichens, de crins solidement entrelacés, et l'intérieur est capitonné de plumes, de laine, de coton, de duvet végétal. Tel est le nid du Pinson, qui a la forme classique d'une coupe hémisphérique, et qui est un des plus soignés que l'on puisse voir. Celui du Troglodyte est en forme de boule avec une ouverture latérale. D'autres ont l'apparence d'un cornet et sont formés de feuilles rapprochées et littéralement cousues ensemble, au moyen d'une racine flexible que l'oiseau a passée dans des trous percés avec son bec : tel est le nid de la Fauvette Couturière à longue queue (Orthotomus sutorius) de l'Inde.

Nids suspendus. 
Ces nids, au lieu de s'appuyer par leur base sur les branches, sont au contraire accrochés par leur partie supérieure et en forme de poche ou de bourse. Tel est le nid des Souimanga à ceinture rouge (Nectarinia Cinnyris). Celui du Dicée hirondelle (Dicaeum hirundinaceum) est muni d'une ouverture latérale surmontée d'un auvent. En France, le nid de la Mésange rémiz ou Rémiz pendeline (Remiz pendulinus) présente à peu près la même forme. Celui du Loriot est allongé en forme de gobelet. Le nid des Cassiques d'Amérique est en forme de bourse tressée, souvent volumineuse et très fragile. Celui des Foudi rouges (Foudia madagascariensis) est en boule et les matériaux sont enroulés en forme de tourbillon. Le Tisserin à pieds jaunes (Ploceus flavipes) et le Pl. baya construisent des nids en forme de cornue, suspendus au-dessus de l'eau, avec l'ouverture en col dirigée vers le bas : souvent ces nids portent deux ou trois renflements superposés. Ces oiseaux vivent en colonies et l'on trouve souvent plus d'une centaine de ces nids sur un même arbre.
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Nid de Loriot de Baltimore.
Nid de Loriot.

Les Républicains sociaux (Philetairus socius), voisins des précédents et qui ressemblent au Moineau, forment dans l'Afrique australe des colonies encore plus nombreuses et qui semblent ne former qu'un seul nid. En effet, des centaines de nids sont reliés ensemble; comme les cellules d'une ruche d'Abeilles; on aperçoit de loin des Mimosas dont les branches sont surchargées d'un vaste toit de chaume : c'est l'habitation d'une colonie de Républicains. La colonie s'agrandit par la périphérie où se trouve l'entrée des nids, les nouvelles demeures masquant les anciennes. De petits Perroquets s'y introduisent en parasites, s'épargnant ainsi la peine de construire eux-mêmes un nid.

Berceaux de plaisance. 
Les curieuses constructions dont il nous reste à parler sont toujours distinctes et séparées du nid lui-même : ce sont des galeries décorées par le mâle pour y faire la cour à sa femelle. Les Chlamydodères et les Ptilonorhynches d'Australie et de la Nouvelle-Guinée, oiseaux de la taille des Merles et des Grives, sont les architectes de ces berceaux élégants, qui rappellent les bosquets que des enfants s'amusent à édifier en plantant des branches vertes et des fleurs dans le sable. Ces berceaux sont ordinairement formés de baguettes et de petits rameaux plantés en allée et dont le sommet converge en guise d'arceaux. Celui du  Chlamydodera cerviniventris est plus remarquable encore : il a 1,20 m de long sur 1 m et plus de large, et abrite un couloir étroit dont le plancher est couvert de brindilles; des coquillages nacrés, des cailloux brillants; des fruits aux couleurs vives des ossements blanchis à l'air et souvent apportés de fort loin, ornent l'entrée et les côtés de ce couloir. Le Ptilinorhynchus holosericeus orne également sa tonnelle de tous les objets brillants qu'il peut rencontrer-: tuyaux de pipe, lambeaux d'étoffes aux couleurs vives, etc. On retrouve ici l'instinct bien connu de la Pie voleuse, si bien que, lorsqu'une paire de ciseaux ou quelque autre objet brillant vient à s'égarer, chez les Australiens, on ne manque jamais d'aller le chercher dans les constructions de ces oiseaux. Ces berceaux durent souvent des années, et sont réparés avec soin à chaque nouvelle saison des amours.

L'Amblyornis des monts Arfak (Nouvelle-Guinée) construit une véritable cabane précédée d'une pelouse semée de fleurs que l'oiseau apporte et pique une à une dans l'herbe, et qu'il renouvelle dès qu'elles sont fanées. D'où le nom d'Oiseau jardinier que lui donnent les habitants. 

Les nids dans d'autres classes d'animaux

Les nids des Mammifères.
Les nids des Rongeurs.
Les Oiseaux ne sont pas les seuls Vertébrés qui construisent des nids : beaucoup de Mammifères, particulièrement dans l'ordre des Rongeurs, bâtissent des nids qui sont quelquefois aussi artistiques que ceux des Oiseaux. Tel est le nid du Rat nain (Mus minutus), qui vit en France et qui se rencontre au voisinage des champs de blé. Ce nid, de la grosseur du poing, est sphérique avec une étroite ouverture sur le côté : il est formé de tiges de Graminées étroitement entrelacées, qui relient entre eux trois ou quatre brins de chaume et se trouve ainsi suspendu à 60 on 80 cm du sol : les habitants n'y ont accès qu'en grimpant le long des tiges de chaume. L'Hesperomys vulpinus, grand Rat du Sud du Brésil et de l'Argentine, qui vit dans les terrains marécageux, construit un nid beaucoup plus volumineux, suspendu sur pilotis au-dessus de l'eau. Ce nid, d'après Burmeister, est caché au milieu des joncs, qui ont dans ce pays jusqu'à 3 m de haut; le nid est ovale, d'une cinquantaine de centimètres de diamètre, soutenu par des tiges de jonc à 30 ou 40 cm au-dessus de l'eau; il est formé de joncs coupés en morceaux et entrelacés, compact à sa partie inférieure, à claire-voie dans la partie supérieure, et présente une ouverture latérale : le fond est garni de joncs secs rongés formant un moelleux tapis. Pour entrer et sortir, les habitants de ce nid se mettent à la nage à l'approche d'un ennemi, les parents se jettent il l'eau et vont se cacher au loin pour détourner du nid l'attention des chasseurs.

D'autres Rongeurs qui habitent ordinairement des terriers, le Campagnol des champs (Microtus arvalis), par exemple, construisent leur nid, non dans ce terrier, mais à la surface du sol, sans doute pour que les petits aient plus d'air pendant les premières semaines de leur existence. Le nid de la Souris domestique (Mus musculus) est aussi très soigné, car les petits naissent nus et aveugles et ont longtemps besoin des soins de la mère; mais, dans nos habitations, celle-ci trouve facilement des matériaux tout préparés et s'épargne souvent le travail d'une construction compliquée : c'est ainsi qu'un nid de cette espèce fut trouvé dans une bouteille de verre vide couchée sur une étagère, et dont les habitants s'étaient contentés de tapisser l'intérieur avec du foin : toute la petite famille entrait et sortait par le goulot.

Les nids des Marsupiaux.
Chez les Marsupiaux, la poche de la mère sert tout naturellement de nid aux petits. Les Kangourous-Rats du genre Bettongia sont au nombre des rares espèces de ce groupe qui se creusent un terrier, et c'est avec leur queue préhensile que ces animaux transportent des touffes d'herbe et d'autres matériaux destinés à garnir le nid, à l'époque de la reproduction. La plupart des petites espèces de Marsupiaux se contentent d'un tronc d'arbre et ne construisent pas de véritable nid. Certains Marsupiaux américains, qui sont dépourvus de poche ventrale, le Didelphis dorsigera, par exemple, portent presque constamment leurs petits sur le dos, accrochés par leur queue à la queue de leur mère.

Les nids des Reptiles.
Chez les Reptiles et les Batraciens qui sont ovipares, on ne connaît aucune construction que l'on puisse comparer à un nid : la mère abandonne ses oeufs dans les conditions que son instinct lui indique comme étant le plus favorables, mais, sa ponte faite, elle ne s'en inquiète plus, car elle ne connaîtra presque jamais ses petits quand ils seront éclos. Pourtant on affirme que certains grands Ophidiens couvent leurs oeufs en enroulant leur corps autour d'eux; et s'il est vrai que la Vipère donne asile à ses petits dans sa bouche; ce sont là des cas exceptionnels qui se rattachent, si l'on veut, à la marsupialité, mais n'ont rien de commun avec la construction d'un nid destiné à abriter les petits.

Les nids des Poissons.
Par contre, il existe des Poissons qui construisent de véritables nids. Tel est l'Épinoche à trois épines (Gasterosteus aculeatus), et c'est le mâle qui bâtit le nid à lui seuls au moyen d'herbes et de racines aquatiques qu'il apporte avec sa bouche et qu'il cimente avec le mucus que sécrète sa peau, tassant ces matériaux avec son ventre : il n'y a d'abord qu'une seule ouverture. Le nid achevé, le petit architecte se met à la recherche des femelles qu'il amène l'une après l'autre dans son nid; chacune de celles-ci, après avoir déposé ses oeufs, s'échappe par une seconde ouverture que la première d'entre elles a percée à l'opposé de l'entrée. Quand le nombre des oeufs est suffisant, le mâle monte la garde devant son nid jusqu'à ce que les petits soient éclos, et il continue à veiller sur eux jusqu'à ce qu'ils soient en état de se suffire à eux-mêmes. D'autres Poissons ont des comportements analogues; certains d'entre eux abritent leurs petits dans les replis de leurs branchies, habitude qui rappelle celle que l'on prête à la Vipère.

Les nids des Arthropodes (Insectes, Araignées).
Parmi les Arthropodes constructeurs de nids, les plus remarquables sont les Araignées, les insectes Hyménoptères sociaux et solitaires, les Orthoptères Pseudo-névroptères du groupe des Termites. Parmi les Orthoptères, les Grillons se creusent une logette en terre, et souvent même une profonde galerie, que les Courtilières aménagent en chambres, et où elles vivent en famille avec leurs petits. Parmi les Coléoptères, il existe bon nombre de types fouisseurs, comme ces curieux Carabiques phytophages, qui se creusent des galeries verticales, véritables puits où ils accumulent des graines pour s'en nourrir à loisir. Les larves des Cicindèles vivent également dans un puits vertical, ainsi que les Broscides, Scaritides, Pasimachides, à l'état adulte. Mais les nids les plus curieux, sont ceux des Mygales. Les puits creusés régulièrement, à parois lissées, parfois tapissées de soie, se ferment et s'ouvrent à volonté au moyen d'un ou plusieurs opercules de terre gâchée, renforcée de soie, et qu'une charnière également de soie relie à l'habitation. La mère Mygale pond ses oeufs, les entoure d'un cocon, et dépose le tout au fond de son terrier, dont elle ferme l'opercule avec de la soie, et elle attend que ses jeunes éclosent; alors, elle rouvre son nid.

La plupart des Hyménoptères fouisseurs creusent leurs terriers dans le sol, et y accumulent des chenilles ou des Insectes, des Araignées, qu'ils paralysent par un coup d'aiguillon. Ils divisent ce terrier en logettes; dans chaque loge approvisionnée est pondu un oeuf. Il est d'autres Hyménoptères qui, communément appelés Abeilles solitaires, aménagent de pareils nids, mais les approvisionnent avec du miel. Les Mégachiles revêtent les parois de ces nids avec des feuilles découpées, les Anthocopes avec des pétales de fleurs, les Anthidium avec des bourres soyeuses, etc. Certains de ces Insectes construisent pour chacune de leurs larves un étui avec le parenchyme d'une feuille, étui fermé à chaque bout par un opercule découpé. D'autres s'installent dans les trous des vieux arbres, dans les tiges sèches des ronces, etc.

Il est toute une catégorie de Guêpes et D'Abeilles solitaires, de Sphégiens, qui se construisent de véritables nids en terre gâchée appliqués contre les murs, les rochers, dans les creux des arbres, etc. Les Euméniens, les Pelopées, les Chalicodomes nous en fournissent de curieux exemples. On remarquera que c'est toujours la femelle qui construit seule son nid, chasse et défend la demeure.

Il en est de même pour les nids des Hyménoptères sociaux, Abeilles, Bourdons et Guêpes. Chacune de ces colonies est, à l'origine, l'oeuvre d'une femelle, qui a passé l'hiver dans une retraite après la dispersion de la cité animale dont elle faisait partie. Cette femelle construit d'abord quelques cellules, où elle pond, élève, nourrit au jour le jour les larves qui éclosent. Celles-ci deviennent nymphes, puis insectes parfaits; ce sont des femelles stériles, neutres ou ouvrières, qui se mettent aussitôt à l'oeuvre pour aider la mère guêpe, abeille ou bourdon, dans son oeuvre, et le nid va en augmentant de proportions à mesure que la population s'accroît. Les nids des Bourdons sont un assemblage de cellules en cire peu régulières, avec des réservoirs à miel; ces nids sont ordinairement disposés sous les mousses, enfouis dans la terre, etc. Les nids des Guêpes ou guêpiers sont souterrains ou aériens. Les nids aériens sont accrochés dans les arbres, mais ordinairement suspendus à l'abri de la pluie et du vent, sous quelque rocher en saillie, un toit, etc. Tous sont faits d'un épais carton grisâtre, qui atteint parfois une vraie perfection de solidité et de finesse. Chaque nid comprend des gâteaux d'alvéoles hexagonales superposés et ordinairement verticaux, de telle sorte que les ouvertures de ces alvéoles regardent le sol, disposition qui a l'avantage de tenir les larves à l'abri de la pluie et du soleil. Les Abeilles font leurs alvéoles en cire, et leurs gâteaux restent exposés à l'air libre comme chez beaucoup d'espèces indiennes ou sont cachés dans quelque trou d'arbre ou de rocher communiquant avec l'extérieur par un très petit orifice, muni par les insectes d'un tuyau de cire vernissé qui se dresse au dehors (Trigona).

Les nids les plus gigantesques que construisent les insectes sont les termitières, dont certaines se dressent sur le sol en monticules plus hauts qu'un Humain. Les nids des termites remplissent souvent aussi d'énormes arbres creux, dont l'intérieur n'est plus qu'un amas de conduits et de loges, où vivent des milliers d'Insectes.

Les Hyménoptères du groupe des Fourmis vivent souvent de semblable manière, mais beaucoup construisent des nids extérieurs soit en bouse de vache comme tant de Pheidoles  indiennes, soit en feuilles agglutinées avec une espèce de soie et formant une bourse suspendue aux branches (Oecophylla), etc. (E. Trouessart / NLI).

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