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Chef-d'oeuvre

On appelle chef-d'oeuvre un travail particulier qu'autrefois un ouvrier faisait, dans le temps où il y avait des corporations légales d'états, pour prouver qu'il était capable d'être reçu maître. Le chef-d'œuvre était déjà connu au XIIIe siècle; les statuts des chapuiseurs le mentionnent. (registre d'Étienne Boileau); mais il n'était alors qu'une exception : il devint la loi générale de tous les métiers au XIVe et au XVe siècle. La nature du chef-d'oeuvre variait selon les métiers; d'ordinaire les statuts de la corporation le déterminaient. 

Les selliers faisaient une selle de haquenée, une selle de mule ou un bât; les potiers d'étain, une marmite; les cordiers, une corde à tirer ses bateaux ou à suspendre les couvreurs; les sculpteurs, une statuette de trois pieds et demi; les brodeurs, un tableau de même dimension, dont le dessin devait avoir été approuvé d'avance par les gardes du métier. Chez les savetiers, les jurés tiraient au hasard, d'un sac de vieilles chaussures, trois paires de souliers que l'aspirant devait rendre raccommodés.

Le chef-d'oeuvre se faisait dans la maison d'un des jurés, ou du moins dans une maison désignée par eux. Les jurés venaient plusieurs fois pendant la durée de l'épreuve étudier la manière dont travaillait l'aspirant; enfin, quand l'ouvrage était terminé, ils se réunissaient, s'adjoignaient parfois quelques anciens du métier, et décidaient si l'oeuvre leur paraissait "idoyne et suffisante". 

Dans certaines professions, ils avaient en outre un examen oral à faire subir au candidat; par exemple, les barbiers-chirurgiens devaient non seulement forger une lancette et composer quelques onguents, saigner un homme, raser et coiffer un pauvre, mais de plus répondre sur l'anatomie des veines à certaines questions qui leur étaient adressées par un médecin.

Les jurés se rendaient ensuite devant le maire de la ville, et certifiaient par écrit qu'ils avaient vu et approuvé le chef-d'oeuvre. Le candidat prêtait entre les mains du magistrat le serment de se conformer toujours aux règlements du métier, et il devenait maître. Pour jouir de l'exercice de ses droits, non seulement il lui avait fallu, quelquefois pendant plusieurs mois, se livrer à un travail qui ne lui rapportait rien, et néanmoins se nourrir, mais il avait encore certaines redevances et certaines bienvenues à payer aux jurés, à la confrérie, au maire, etc.; il était d'usage qu'il donnât à ses juges un et même plusieurs festins. Les redevances augmentèrent avec la temps, et le chef-d'oeuvre devint si coûteux, que beaucoup de compagnons étaient forcés de rester toute leur vie ouvriers, parce qu'ils ne pouvaient faire les frais de la maîtrise. (L.).

Chef-d'oeuvre, dans les lettres et les beaux-arts, se dit d'un ouvrage excellent en lui-même, ou relativement aux autres productions de l'écrivain et de l'artiste. Un ouvragé médiocre, quand meure il est ce que son auteur a fait de mieux ne s'appelle pas un chef-d'oeuvre. (B.).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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