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Rudolf Lotze

Rudolf Hermann Lotze est un philosophe né à Bautzen le 21 mai1817, mort à Berlin le 1er juillet 1881. Il fit ses premières études au gymnase de Zittau, et en 1834, entra à l'université de Leipzig où il fit des études médicales complètes eu même temps qu'il suivait avec ardeur l'enseignement philosophique de E.-H. Weber, de Volkman, de Fechner et surtout de Chr.-H. Weisse. Docteur en médecine et en philosophie la même année (1838), il devint presque aussitôt privat-docent à l'université de Leipzig dans les deux facultés de médecine et de philosophie. Il publia en 1841 sa Metaphysik (Leipzig) et en 1843 sa Logik (id.) dans lesquelles il n'arrive pas encore au point de vue définitif de sa philosophie. Dans l'intervalle, il avait publié une Allgemeine Pathologie und Therapie als mechan. Naturwissenschatten (Leipzig, 1842; 2e éd., 1848) et, en 1844, avait été nommé professeur extraordinaire de philosophie sans cesser d'enseigner la médecine à titre de privat-docent. En 1844, l'université de Goettingen l'appela à succéder à Herbart. C'est alors qu'il collabora au Manuel de Physiologie de Rudolf Wagner pour lequel il écrivit  nombre d'articles  importants. Puis il donna à ses idées philosophiques, mûries depuis longtemps, leur forme définitive en publiant son System der Philosophie : I. Drei Bücher der Logik (Leipzig, 1874; 2e éd., 1881); II. Drei Bücher der  Metaphysik (Leipzig, 1879). II ne put achever la troisième partie, qui devait comprendre l'éthique, l'esthétique et la philosophie de la religion. En 1881, après une longue résistance, il céda aux instances de l'université de Berlin qui lui offrait une chaire; mais il mourut quelques semaines après son arrivée. Après sa mort, ses élèves publièrent une partie de ses cours (Leipzig, 1884, 8 fasc.), et quelques opuscules, Kleine Schriften (Leipzig, 1885-86, 2 vol.).

En philosophie, Lotze est voisin de Spinoza, de Leibniz et de Herbart. Mais son originalité est d'être à la fois un savant de premier ordre et un idéaliste, de vouloir réconcilier la science et le sentiment. Il accorde que le mécanisme domine non seulement dans le monde inorganique, mais même dans le monde des vivants; cependant il ne lui reconnaît qu'un rôle secondaire dans l'ensemble de l'univers. Dans cet univers, toute chose nous apparaît en relation avec d'autres choses. A un changement donné de l'une correspond une modification des autres, et cela non pas en vertu d'un lien qui unirait momentanément des choses distinctes, mais grâce à la communauté substantielle des choses. Unités finies, les choses sont les parties d'une substance infinie, l'absolu, qui les embrasse toutes. Cette communauté d'action et de passion au sein d'un même être ne peut exister qu'entre des êtres conscients, des monades spirituelles; toute réalité est spirituelle. Par suite, l'espace et le temps ne sont ni des choses ni des propriétés des choses, mais des rapports, des états, qui apparaissent en chaque substance à l'occasion des modifications subies par les autres; ces rapports, soumis aux lois fixes du mécanisme, sont l'objet de la science positive. La connaissance s'explique également par les rapports réciproques des substances. Seulement une substance n'est connaissable que par les modifications qu'elle subit et auxquelles elle imprime d'ailleurs un caractère particulier qui distingue ces modifications de celles des autres substances. Si au-dessous de ces apparences des choses nous admettons l'existence de principes d'ordre et de constance, c'est en vertu de la réaction spontanée de l'esprit qui croit retrouver dans les choses ses propres lois. Naturellement, l'âme et le corps sont homogènes, mais l'une est une substance unique et l'autre un groupe de substances.

Les idées morales sont indépendantes de l'expérience, qui n'est que la condition occasionnelle de leur apparition; elles ont leur origine dans notre conscience et se présentent avec un caractère d'obligation absolue. D'ailleurs, le bien et le bon ne sont point toujours exclusifs l'un de l'autre, mais tous deux sollicitent différemment le sentiment, et, quand ils s'opposent, la libre volonté choisit. L'obligation morale exige d'ailleurs que le monde tende vers une fin absolument bonne à la réalisation de laquelle contribue l'accomplissement de la loi morale. Pour démontrer l'existence de Dieu, Lotze développe cette preuve que la plus grande réalité doit exister, sous peine de n'être plus la plus grande réalité. Cette démonstration n'a d'ailleurs à ses yeux qu'une valeur subjective. Quant aux attributs personnels de Dieu, les exigences du sentiment nous permettent seules de les concevoir. (Th. Ruyssen).

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