La
Fontaine |
Un baudet fut élu,
par la gent animale,
Juge d'une chambre
royale:
C'est l'homme qu'il
nous faut! disaient autour de lui
Ses amis accourus
tout exprès au concile;
Simple dans son
maintien et dans ses goûts facile,
Il sera de Thémis
l'incomparable appui;
Et de plus il rendra
sentences non pareilles,
Puisque, tenant
du Ciel les plus longues oreilles,
Il se doit mieux
entendre aux affaires d'autrui.
Bientôt l'industrieuse
avette
Devant cet arbitre
imposant,
Se plaignit que
la guêpe allait partout disant
Que le trésor
doré des filles de l'Hymette,
Loin de valoir son
miel âcre et rousseau
N'était bon
qu'à sucrer potage de pourceau:
Contre cette menteuse,
impudente et traîtresse,
J'implore à
genoux Votre Altesse!
Dit l'abeille tremblante
au juge au gros museau.
A ses mots l'âne
se redresse
Dans son tribunal
Et, prenant un air
magistral,
Décorum ordinaire
aux gens de son espèce,
Il ordonne à
l'huissier d'étendre au bord d'un muid
Égale part
de l'un et de l'autre produit.
Le grison en goûta
au fin bout de sa langue,
Pas une fois mais
deux et tint cette harangue,
La gloire de la
robe et du bonnet carré:
La plaignante ayant
fait une cuisine fade,
Nous déclarons,
tout très considéré,
Qu'à sa compote
de malade
Le miel guépin
est par nous préféré.
Quelle saveur au
palais agréable!
C'est le piquant
des mets délicieux,
Dont Hébé
parfume la table
De Jupin, le maître
des Dieux!
Et chacun de blâmer
cet arrêt vicieux.
Mais Sire Goupillet,
renard de forte tête,
Leur dit: De votre
choix vous avez les guerdons;
Je n'attendais pas
moins de ce croque-chardons.
Selon ses goûts
juge la bête!. |
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