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Le fouriérisme

Le Fouriérisme est un système de morale et d'organisation sociale imaginé par Fourier. Ce système repose tout entier sur ce que son auteur appelle l'attraction passionnelle, c.-à-d. l'entraînement de la passion, sur les penchants naturels des humains. Son but est le bonheur ainsi défini : "Le bonheur ne consiste qu'à satisfaire ses passions [...] Le bonheur, sur lequel on a tant raisonné ou plutôt tant déraisonné, consiste à avoir beaucoup de passions et beaucoup de moyens de les satisfaire. " Or, selon Fourier, toutes les passions des humains se réduisent à douze : 
1° cinq appétits, qui correspondent aux cinq sens du goût, du tact, de la vue, de l'ouïe et de l'odorat; 2° quatre passions affectueuses qui lient les humains entre eux, l'amitié, l'ambition, l'amour, le familisme (sentiment de la paternité); 3° trois passions distributives ou mécanisantes, qui sont : la cabaliste, qui porte l'humain à l'intrigue aux rivalités, aux cabales; la papillonne, qui le porte à changer d'occupation, à varier ses travaux et ses plaisirs; la composite, entraînement des sens et de la conscience qui résulte de l'assemblage de plusieurs plaisirs.
De la satisfaction de toutes ces passions résulte l'unitisme ou harmonie parfaite des forces des humains. Mais cette harmonie ne saurait se produire dans notre état social, que Fourier appelle dédaigneusement la civilisation. II faut une organisation différente, qui sera l'harmonie même, et cette organisation ne peut être créée que par le phalanstère. Le phalanstère comprend 1800 personnes, hommes, femmes et enfants. Il est divisé en séries et en groupes composés de sept personnes au moins. Chaque série représente un genre de travail, et chaque groupe une des variétés de ce genre; ainsi, dans la série des poiristes on de ceux qui cultivent les poires, il y a des groupes particuliers pour la culture des poires d'Angleterre, pour celle des poires de beurré, des poires de crassane, etc.

La rivalité s'établit entre les divers groupes d'une même série; la cabaliste est satisfaite, et le travail en devient plus actif et plus productif. Chaque groupe ne travaille qu'un petit nombre d'heures, et chaque membre du phalanstère fait partie de plusieurs groupes; il donne par là satisfaction à la papillonne, et jamais la satiété ne rien ralentir son ardeur pour le travail. Comme il est entièrement libre de choisir les groupes qui lui conviennent, il le fait d'après ses penchants, et trouve toujours quelque moyen de satisfaire ses goûts; celui qui aime à boire cultivera la vigne, celui qui est gourmand fera la cuisine, celui même qui se plaît dans la malpropreté sera employé aux travaux de vidange et de curage; tout le monde travaillera, sans aucune contrainte, parce qu'il trouvera dans la nature et dans la diversité de ses travaux la satisfaction de toutes ses passions et par conséquent son plaisir. 

"Chaque phalange, organisée par groupes et séries, exploitera en commun une lieue carrée de terrain. La vie sera commune. Les membres du phalanstère habiteront un grand bâtiment disposé de la manière la plus agréable et la plus commode, où seront réunies en même temps les différentes spécialités de l'industrie manufacturière. Le produit se distribuera ainsi : un tiers formera le dividende du capital, et appartiendra aux propriétaires du terrain et des bâtiments du phalanstère; cinq douzièmes seront attribués au travail; un quart au talent. Un même individu pourra participer au produit à ces trois titres : comme capitaliste, comme travailleur, comme capacité. Mais un minimum de consommation Sera garanti aux simples travailleurs. Cette distribution n'exigera aucune opération d'échange. Chaque individu participera à la consommation dans la proportion du dividende auquel il aura droit. II y aura diverses classes de tables, de logement, de jouissances de toute sorte; chacun consommera suivant son revenu, et une simple balance de compte suffira chaque année pour établir sa situation. Chaque phalanstère cultivera les produits les mieux appropriés à son sol et à son climat, et les phalanstères des diverses parties du monde échangeront entre eux leurs produits. II sera créé en outre des armées industrielles, qui parcourront le globe et exécuteront tous les grands travaux d'utilité générale. Ainsi s'établira l'harmonie universelle."
Fourier admettait dans son système la communauté des femmes, bien qu'il ait plusieurs fois varié à cet égard, et il enveloppait sa réforme sociale dans un vaste et bizarre système cosmogonique qui a donné lieu à plus d'une plaisanterie. Suivant lui, le monde.


En bibliothèque - V. Cousin, Cours d'histoire ,de la philosophie moderne, 1re série, t. IV. .
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