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Pindare

Pindare (Pindaros) est un illustre poète lyrique grec, né à Cynoscéphales, sur le territoire de Thèbes (Béotie), en 522 av. J.-C., mort à Argos vers 448. Fils de Daiphantos et de Cleidice, il épousa Megacleia et eut un fils, Daiphantos, et deux filles, Eumétis et Promachia. Sa famille était noble, du clan des Aegides, qui prétendaient descendre de Cadmos. Dès l'enfance, il s'adonna à la musique et s'exerça d'abord sur la flûte; son père l'envoya à Athènes perfectionner son éducation poétique auprès de Lasos; il y fut aussi disciple d'Agathocle et d'Apollodore; puis, rentré en Béotie, des poétesses Myrtis et Corinne de Tanagra. Celle-ci, d'après la légende, l'aurait une fois ou même cinq fois vaincu dans des concours poétiques, victoires dues à sa beauté et à son usage du dialecte éolien; ce serait aussi Corinne qui aurait persuadé Pindare d'introduire dans ses poèmes des récits mythiques.

 Nous avons peu de détails sur la biographie du poète lyrique que toute l'Antiquité s'accorda pour placer au premier rang. Il composa de la vingtième année jusqu'à l'âge le plus avancé, vécut généralement à Thèbes, édifiant ses contemporains par sa piété et sa moralité, vénéré d'un bout à l'autre du monde hellénique, en particulier par les grands qui recherchaient ses éloges poétiques, Arcésilas de Cyrène, les Aleuades de Thessalie, Alexandre de Macédoine, Théron d'Agrigente, Hiéron de Syracuse; ce dernier le retint quatre ans à sa cour (476-472). L'oracle de Delphes ne lui témoignait pas moins de faveur; il eut son siège de fer dans le temple et régulièrement fut invité aux banquets divins des Théoxénies. En ces temps troublés, il ne se mêla pas aux choses de la politique, se déplaçant fréquemment pour les fêtes religieuses et les jeux, aussi honoré à Athènes qui lui votait 10.000 drachmes et le titre d'hôte national, que dans sa patrie; plus tard, il eut sa statue à Athènes. Parmi les dieux, outre Apollon dont il fut le chanteur favori, il manifesta un culte particulier à la Mère des dieux et à Hermès et au Zeus Ammon. Sa mort fut douce comme sa vie; il s'éteignit au théâtre, tandis qu'on chantait une de ses odes. La gloire de Pindare valut à sa maison d'être seule épargnée par Alexandre lors de la destruction de Thèbes.  Six cents ans après sa mort, Pausanias retrouva dans Thèbes la statue que l'admiration reconnaissante de ses concitoyens lui avait érigée; mais cette statue elle-même a cédé aux efforts du temps : cette maison devant laquelle s'étaient deux fois arrêtées les fureurs de la guerre, est depuis longtemps ensevelie sous ses ruines. 

L'oeuvre de Pindare était considérable; il avait composé ses poèmes pour toutes les circonstances de la vie publique; les critiques alexandrins les groupaient en 17 livres, hymnes, paeans, dithyrambes, parthenies (choeurs de vierges), excomies à la louange des princes, thèmes ou chants de deuil, chants de processions, de danse, de festin, enfin Epinicia ou Odes triomphales. Nous n'avons conservé de poèmes intacts que de cette dernière catégorie (4 livres de chants de victoire) et seulement des fragments des autres. Ces Epinicia, d'après lesquels nous jugeons Pindare, sont consacrées à chanter les vainqueurs des jeux qui étaient les grandes fêtes helléniques ; on compte 14 odes olympiques, 12 pythiques, 11 néméennes, 8 isthmiques. Elles étaient chantées par des choeurs, soit au lieu de la fête, soit dans la cité natale du vainqueur. Leur composition est d'un art très haut et très habile. Le poète prend dans la vie du vainqueur une idée générale qui est le thème principal de l'ode, le bonheur que lui accordent les dieux ou sa vertu physique et morale; il vante ce mérite en un langage grave, entremêlé de réflexions sur la grandeur des dieux et la faiblesse humaine, illustrant son poème d'exemples ou d'allusions empruntés à la vie du héros, à l'histoire ou aux mythes de sa famille ou de sa cité. 

Pindare use avec prédilection de cette forme mythique et, dans son langage, des métaphores complexes, des expressions détournées, des allusions subtiles. L'obscurité que nous y trouvons tient pour beaucoup à ce que nous ne sommes plus familiers avec le milieu. Il ne faut pas oublier non plus que de cette poésie chorale, nous ignorons une partie essentielle, la musique, en vue de laquelle était calculée l'ordonnance générale de l'ode et qui, mieux que les transitions volontairement omises, rappelait à l'auditeur le lien entre les épisodes et le thème principal. L'harmonie était parfaite entre la forme et le fond; à chaque sujet correspondait une forme métrique et une mélodie, et dans l'admiration des anciens pour Pindare, ils plaçaient au premier rang ses mélodies.

La poésie de Pindare est caractérisée par sa grandeur et sa dignité dans la pensée, dans l'expression, dans le rythme, par la profondeur du sentiment religieux. La langue est celle des épopées homériques, mélangée de formes éoliennes et doriennes. (A.-M. B.).



En bibliothèque - Parmi les éditeurs et commentateurs de Pindare, il faut citer : Zenodote d'Ephèse et Chamélion (commentaires perdus); Aristophane de Byzance et Aristarque dont les éditions furent utilisées par les érudits postérieurs, dont le plus important fut Didyme d'Alexandrie. 

La première édition moderne fut celle d'Alde l'Ancien (Venise, 1513, in-8) sans les scholies qu'on trouve dans celle de Z. Calierga (Rome, 1515, in-4). Quelques années après Alde, le texte de Pindare a été édité par H. Estienne 1560, in-4. La première édition critique est celle d'Erasme Schmidt, Wittemberg, 1616, in-4; réimprimé par les soins de J. Benoît. La critique du texte ne fit aucun progrès depuis Schmidt et Benoît jusqu'en 1773, époque de la première édition publique par Heyne, Gottingen, 2 vol. in-8; réimpr. en 1798, en 3 vol. in-8, avec de notables améliorations, et un excellent traité de Hermann, sur le mètre de Pindare : cette dernière est réputée classique, sous le rapport de l'interprétation. La principale, la plus complète et la plus savante de toutes les éditions anciennes de Pindare est jusqu'ici celle de Aug. Boeckh, Leipzig, 2 vol. in-4, 1811-1821. Nous n'avons en français que deux traduct. complètes (en prose), des Odes de Pindare : celle de Gin, et celle de Tourlet, infiniment supérieure, sous tous les rapports, à celte de son devancier : elle a d'ailleurs l'avantage d'offrir le texte grec, soigneusement revu et accompagné de notes savantes. Les Italiens ont plusieurs traduction de Pindare, en vers, entre autres, d'Adimari, de Mazari, de Jérocades. On cite les versions anglaises de Gowley et de West, quoique incomplètes; et les Allemands font de celle de Gedike un cas particulier.

En librairie - De Pindare : Olympiques, Belles Lettres (Série grecque), 1970; Pythiques, Belles Lettres (Série grecque), 1977; Néméennes, Belles Lettres (Série grecque), 1967; Istmiques et fragments, Belles Lettres (Série grecque), 1962.

Sur Pindare : Jean-Eudes Gitrot, Pindare avant Ronsard (de l'émergence du grec à la publication des quatre premiers livres des Odes de Ronsard), Droz, 2001; Jacques Péron, Les images maritimes de Pindare, Klincksieck, 2000; Jean Ygaulin, Pindare et les poètes de la célébration, Lettres modernes Minard, 1998, 8 volumes (le volume I est plus spécialement centré sur Pindare); Edouard des Places, Pindare et Platon, Beauchesne, 1997; B. Gallet, Recherches sur Kairos et l'ambiguïté dans la poésie de Pindare, Presses universitaires de Bordeaux, 1995; Alain Bresson, Mythe et contradiction, analyse de la vie olympique de Pindare, Presses universitaires de Franche-Comté, 1989; F. Henry, Saint-Léger, léger traducteur de Pindare, Gallimard, 1986.

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