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Pierre Louÿs

Pierre Louÿs (de son vrai nom : Pierre Félix Louis) est un écrivain né à Paris en 1870, mort en 1925. Épris de l'hellénisme païen et de l'amour libre, il en fit souvent des peintures osées, en un style fin, souple et chaud. 

Il débuta comme poète, en 1891, par Astarté, recueil de vers publiés d'abord dans la Conque, revue fondée par lui, puis il publia une traduction des Poésies de Méléagre (1893); des contes en prose : Léda (1893); Chrysis (1893); Ariane (1894); la Maison sur le Nil (1894); une traduction des Scènes de la vie des courtisanes, de Lucien; les Chansons de Bilitis, poèmes en prose (1894), et fonda sa réputation avec un roman de moeurs antiques : Aphrodite (1896).

Il a publié ensuite : la Femme et le Pantin, roman (1899); Byblis changée en fontaine (1898); Une volupté nouvelle (1899); Mimes des courtisanes, traduction de Lucien; les Aventures du roi Pausole, roman (1901); Sanguines (1903); l'Archipel (1906). (G.-F.).
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Aphrodite

« La foule grondait perpétuellement. La houle vivante ajoutait sa rumeur aux bouleversements réguliers des eaux.

Tout à coup, un cri s'éleva, répété par cent mille poitrines :

 - Aphrodite!!

- Aphrodite!!!

Un tonnerre de cris éclata. La joie, l'enthousiasme de tout un peuple chantait dans un indescriptible tumulte d'allégresse, au pied des murailles du Phare.

La cohue qui couvrait la jetée afflua violemment dans l'île, envahit les rochers, monta sur les maisons, sur les mâts de signaux, sur les tours fortifiées. L'île était pleine, plus que pleine, et la foule arrivait toujours plus compacte, dans une poussée de fleuve débordé, qui rejetait à la mer de longues rangées humaines, du haut de la falaise abrupte.

On ne voyait pas la fin de cette inondation d'hommes. Depuis le palais des Ptolémées jusqu'à la muraille du canal, les rives du Port-Royal, du Grand-Port et de l'Eunoste regorgeaient d'une masse serrée qui se nourrissait indéfiniment par les embouchures des rues. Au-dessus de cet océan, agité de remous immenses, écumeux de bras et de visages, flottait comme une barque en péril la litière aux voiles jaunes de la reine Bérénice. Et d'instant en instant s'augmentant de bouches nouvelles, le bruit devenait formidable.

Ni Hélène sur les Portes Scées, ni Phryné dans les flots d'Eleusis, ni Thaïs faisant allumer l'incendie de Persépolis n'ont connu ce qu'est le triomphe.

Chrysis était apparue par la porte de l'Occident, sur la première terrasse du monument rouge.

Elle était nue comme la déesse, elle tenait des deux mains les coins de son voile écarlate que le vent enlevait sur le ciel du soir, et de la main droite le miroir où se reflétait le soleil couchant.

Avec lenteur, la tête penchée, par un mouvement d'une grâce et d'une majesté infinies, elle monta la rampe extérieure qui ceignait d'une spirale la haute tour vermeille. Son voile frissonnait comme une flamme. Le crépuscule embrasé rougissait le collier de perles comme une rivière de rubis. Elle montait, et, dans cette gloire, sa peau éclatante arborait toute la magnificence de la chair, le sang, le feu, le carmin bleuâtre, le rouge velouté, le rose vif, et, tournant avec les grandes murailles de pourpre, elle s'en allait vers le ciel. »
 

(P. Louÿs, extrait d'Aphrodite).

 



Roses dans la nuit

« Dès que la nuit monte au ciel, le monde est à nous, et aux dieux. Nous allons des champs à la source, des bois obscurs aux clairières, où nous mènent nos pieds nus.

Les petites étoiles brillent assez pour les petites ombres que nous sommes. Quelquefois, sous les branches basses, nous trouvons des biches endormies.
Mais plus charmant la nuit que toute autre chose, il est un lieu connu de nous seuls et qui nous attire à travers la forêt un buisson de roses mystérieuses.

Car rien n'est divin sur la terre à l'égal du parfum des roses dans la nuit. Comment se fait-il qu'au temps où j'étais seule je ne m'en sentais pas enivrée?-»
 

(P. Louÿs, extrait des Chansons de Bilitis).
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Dictionnaire biographique
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