Baudelaire
1857 |
Il est amer et doux,
pendant les nuits d'hiver,
D'écouter
près du feu qui palpite et qui fume
Les souvenirs lointains
lentement s'élever
Au bruit des carillons
qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche
au gosier vigoureux
Qui, malgré
sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement
son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux
soldat qui veille sous la tente!
Moi, mon âme
est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses
chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent
que sa voix affaiblie
Semble le râle
épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac
de sang sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans
bouger, dans d'immenses efforts. |
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