Baudelaire
1857 |
La Haine est le
tonneau des pâles Danaïdes;
La Vengeance éperdue
aux bras rouges et forts
A beau précipiter
dans ses ténèbres vides
De grands seaux
pleins du sang et des larmes des morts,
Le Démon fait
des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient
mille ans de sueurs et d'efforts,
Quand même
elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer
ressusciter leurs corps.
La Haine est un ivrogne
au fond d'une taverne,
Qui sent toujours
la soif naître de la liqueur
Et se multiplier
comme l'hydre de Lerne.
- Mais les buveurs
heureux connaissent leur vainqueur,
Et la Haine est
vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais
s'endormir sous la table. |
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