Baudelaire
1857 |
Je te donne ces
vers afin que si mon nom
Aborde heureusement
aux époques lointaines,
Et fait rêver
un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé
par un grand aquilon,
Ta mémoire,
pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur
ainsi qu'un tympanon,
Et par un fraternel
et mystique chaînon
Reste comme pendue
à mes rimes hautaines;
Etre maudit à
qui, de l'abîme profond
Jusqu'au plus haut
du ciel, rien, hors moi, ne répond!
- O toi qui, comme
une ombre à la trace éphémère,
Foules d'un pied
léger et d'un regard serein
Les stupides mortels
qui t'ont jugée amère,
Statue aux yeux
de jais, grand ange au front d'airain! |
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