Baudelaire
1857 |
Une nuit que j'étais
près d'une affreuse Juive,
Comme au long d'un
cadavre un cadavre étendu,
Je me pris à
songer près de ce corps vendu
A la triste beauté
dont mon désir se prive.
Je me représentai
sa majesté native,
Son regard de vigueur
et de grâces armé,
Ses cheveux qui
lui font un casque parfumé,
Et dont le souvenir
pour l'amour me ravive.
Car j'eusse avec
ferveur baisé ton noble corps,
Et depuis tes pieds
frais jusqu'à tes noires tresses
Déroulé
le trésor des profondes caresses,
Si, quelque soir,
d'un pleur obtenu sans effort
Tu pouvais seulement,
ô reine des cruelles!
Obscurcir la splendeur
de tes froides prunelles. |
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