Baudelaire
1857 |
Ma pauvre muse,
hélas! qu'as-tu donc ce matin?
Tes yeux creux sont
peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour
à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur,
froides et taciturnes.
Le succube verdâtre
et le rose lutin
T'ont-ils versé
la peur et l'amour de leurs urnes?
Le cauchemar, d'un
poing despotique et mutin,
T'a-t-il noyée
au fond d'un fabuleux Minturnes?
Je voudrais qu'exhalant
l'odeur de la santé
Ton sein de pensers
forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang
chrétien coulât à flots rythmiques,
Comme les sons nombreux
des syllabes antiques,
Où règnent
tour à tour le père des chansons,
Phoebus, et le grand
Pan, le seigneur des moissons. |
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