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Les modes de gouvernement

Le gouvernement est l'autorité qui exerce la souveraineté dans un État. Le Gouvernement ordonne, l'Administration exécute. Il y a trois formes de souveraineté dont peut relever un gouvernement :  la Monarchie, l'Aristocratie, la Démocratie. Un gouvernement peut être absolu, despotique (Absolutisme, Despotisme), ou constitutionnel, c.-à-d. réglé dans ses actes par une Constitution. Ce dernier est dit aussi représentatif et parlementaire. Le gouvernement a eu pour principe, selon les temps :
1° la supériorité des qualités personnelles; 
2° la supériorité de l'âge; 
3° la supériorité de la naissance; 
4° la supériorité de la fortune. 
Tout gouvernement a au moins trois fonctions simples, mais importantes, à remplir : protéger la société contre les attaques ou les violences des autres nations indépendantes; garantir chaque membre de la société contre les effets de la malveillance et de l'injustice de tout autre membre; enfin ériger et entretenir certains établissements utiles au public, soit parce qu'il n'est jamais dans l'intérêt d'un individu ou d'un petit nombre d'individus de créer et d'entretenir pour leur compte, par la raison que les dépenses occasionnées par ces établissements surpasseraient les avantages que pourraient en tirer les particuliers qui les soutiendraient à leurs frais, soit parce que l'existence établissements est  jugée indispensable au maintien de principes dont l'état est garant (égalité des citoyens devant l'acccès à l'éducation, à la santé, etc.). 

D'autres fonctions peuvent être dévolues à l'Etat et donc relever de l'action du gouvernement. Partout, dans les faits, le gouvernement est chargé de rendre à la société un grand nombre de services collectifs, en concurrence ou non avec l'industrie privée. Dans les sociétés antiques, et même à l'origine des sociétés modernes, alors que l'esprit d'association n'avait point encore pris son essor, le gouvernement seul pouvait exécuter les grands travaux d'utilité publique : c'est ainsi que s'est établi le principe d'après lequel l'État doit rendre à la société les services collectifs dont l'industrie particulière ne se chargerait pas, et qui sont cependant considérés comme indispensables au bien-être de la société. 

La place et l'importance qu'on accorde à ses services relève à la fois des traditions politiques du pays et de choix philosophique et idéologiques. Cela définit des systèmes économiques qui s'inscrivent entre deux pôles : d'un côté, le libéralisme économique (à ne pas confondre avec le libéralisme politique) ou économie de marché, de l'autre le collectivisme ou économie centralisée.

Dans un contexte de libéralisme économique, les gouvernements ne doivent pas diriger le capital et l'industrie des particuliers, et il leur faut intervenir le moins possible dans la régulation des marchés; ils doivent, au contraire, laisser à chacun, tant qu'il se conforme aux lois, le soin de surveiller ses propres intérêts d'après ses vues personnelles. L'exécution de cette maxime, estiment les partisans de ce système, offre la garantie la plus sûre qu'on obtiendra des produits constants et uniformes pour les besoins de la nation. 

Libéralisme économique et libéralisme politique. - Il convient de ne pas confondre le libéralisme économique et le libéralisme politique, même si le premier peut prétendre procéder du second. Ainsi, dira-t-on, pour justifier le libéralisme économique, que lorsque le gouvernement intervient dans ce qui peut être laissé à l'initiative de l'individu, il empiète sur la responsabilité des citoyens; il dénie à ceux-ci la capacité de juger eux-mêmes de l'étendue et de la nature de leurs besoins, en leur ôtant le choix des moyens de les satisfaire, et il prend sur lui une responsabilité correspondante à toute la somme de libertés individuelles qu'il anéantit. En pratique, le libéralisme économique concerne seulement la liberté d'entreprise, et non les libertés individuelles. On a pu voir de manière tragique le découplage entre ces deux  formes de liberté au Chili sous la dictature de Pinochet, dans les années 1970, où l'économie suivait les doctrines ultra-libérales prônées par les théoriciens de l'Ecole de Chicago, tandis que du point de vue politique un régime autoritaire étouffait toutels les autres libertés.
Dans le contexte collectiviste, toute l'économie est entre les mains de l'Etat (seules, éventuellement, quelques entreprises individuelles ont pu subsister dans certains pays ou à certaines époques). Le gouvernement a dès lors tout pouvoir sur la production. C'est le seul moyen, pour les partisans de ce système, de faire disparaître les inégalités sociales. L'Etat étant en principe le garant de l'accès de tous, à égalité, à la richesse produite.

L'Angleterre, la Suisse et les États-Unis d'Amérique sont les pays où le libéralisme économique a été depuis le plus longtemps la règle. A l'opposé, à la suite de la révolution soviétique qui a ouvert la voie en Russie, et après la Seconde Guerre mondiale, les pays de Europe de l'Est, ou ailleurs ont adopté ou se sont vus imposer un système à économie centralisée. Ce système s'est posé en concurrent du système qui avait cours à l'Est. A l'échelle des temps historiques il aura été pourtant très éphémère. Après 1978, la Chine s'est progressivement réinstallée dans la perspective d'une économie de marché. Et, depuis la disparition de l'Union soviétique, en 1991, c'est aussi le choix qui a été fait par tous les pays d'Europe. On peut assurément reprocher à ces systèmes économique le fait qu'ils aient eu pour corrollaire la constitution de régimes totalitaires, où la main-mise d'une petite fraction de la population (le Parti, la Nomenklatura) sur les rouages de l'économie lui assurait son emprise sur la société tout entière. Mais, pas cela même, l'inefficacité du système économique, a aussi conduit à l'implosion du système tout entier.

Cela ne signifie pas pour autant que rôle dévolu aux gouvernements soit désormais le même partout. Il existe toujours des différences d'appréciation sur ce que doit être l'implication de l'Etat, qui tient autant aux choix des gouvernement qu'aux circonstances. Aux Etats-Unis, l'Etat intervient sur l'économie beaucoup que la doctrine du libéralisme économique qu'on y défend pourrait le laisser penser. De son côté, la France - de Colbert à De Gaulle - a eu une forte tradition d'interventionnisme économique, du fait de son intégration à l'Union Européenne, se trouve dans une situation la conduisant à un désengagement de l'Etat. Les transferts de souveraineté qu'induisent pour tous les pays de l'Union européenne leur intégration dans cette entité supra-nationale est également un facteur qui agit sur l'évolution de leurs modes de gouvernement. (A. L.).

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