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Brutus

Brutus est une tragédie en cinq actes et en vers, de Voltaire, représentée pour la première fois à la Comédie-Française, le 11 décembre 1730.Cette pièce a pour sujet la conspiration d'un des fils de Junius Brutus pour le rétablissement des Tarquins et sa condamnation à mort par son père. 

Voltaire composa cette pièce à son retour d'Angleterre, encore plein du souvenir de Shakespeare : elle est remplie de sentiments républicains. Gâtée par l'amour, elle n'a pas une grande valeur artistique : cependant, elle présente cet intérêt que l'auteur y donne au spectacle proprement dit et au mouvement des personnages et des masses une importance toute nouvelle.

Un Brutus, tragédie de  Catherine Bernard, avait été représenté à la Comédie-Française le 18 décembre 1690, avec un succès médiocre. ((NLI).

Lucius-Junius Brutus est un tragédie en cinq actes et en vers, d'Andrieux, représentée pour la première fois à la Comédie-Française, le 13 septembre 1830. Le sujet de cette pièce est bien connu, mais il avait été rajeuni d'une manière heureuse par son auteur.
"L'histoire de cette tragédie, dit Andrieux, dans sa préface, présente quelque chose d'assez singulier pour piquer la curiosité des lecteurs. Ceux qui ont pu s'imaginer ou qui ont fait semblant de croire que je l'avais composée depuis les mémorables événements des derniers jours de juillet 1830 sont obligés de me prêter une prodigieuse facilité; car la pièce ayant été jouée la 13 septembre, et les acteurs ayant eu besoin d'un mois pour l'apprendre et la répéter, il faudrait que je l'eusse faite en quinze jours : je ne travaille pas si vite... Il y atout simplement trente-cinq ans que j'en avais achevé la première composition; mais je l'ai retouchée, ou, pour mieux dire, refaite depuis à plusieurs reprises. J'ai commencé cette tragédie au printemps de 1794; elle a été reçue au Théâtre-Français (qu'on appelait alors de la République) le 6 février 1795. Je me rappelle très bien qu'un des bulletins écrits par les acteurs commençait par ces mots : "Les mânes de Voltaire ne s'offenseront pas de ce que l'auteur des Etourdis a osé s'exercer sur un sujet traité par le grand homme; la tragédie nouvelle est toute différente de l'ancienne..."  Michot, que je rencontrai quelques jours après, me dit que ce bulletin était le sien. Je me rappelle aussi que je dis aux comédiens présents à la lecture que j'avais voulu essayer un genre de tragédie assez nouveau parmi nous, sans amour, sans confidents, qu'il n'y aurait rien de trop pompeux, rien de déclamatoire; que j'avais voulu être simple sans trivialité, et même familier, mais sans bassesse. " En deux mots, ajoutai-je, ma tragédie n'est ni à danser ni à chanter (quelques-uns de nos acteurs tragiques entraient alors sur la scène en faisant des pas symétriques et mesurés);  elle est à parler et à marcher." Monsieur, me dit Monvel après la lecture, voilà précisément une tragédie comme je désire depuis longtemps qu'on en fasse une; nous sommes, un peu trop guindés sur des échasses; vous nous faites aller sur nos pieds. Je jouerai très volontiers votre rôle de Brutus, si vous jugez à propos de me le confier. " C'était à lui en effet, que je destinais ce rôle. Eh bien! dira-t-on, pourquoi ne fîtes-vous pas jouer alors cette pièce reçue à l'unanimité? A quoi je répondrai : Parce que je voulais la retravailler; enfin, parce que, depuis le 18 brumaire an VIII (10 novembre 1799) jusqu'en juillet 1830, aucun de nos gouvernements n'eût laissé représenter sur le théâtre une révolution qui détruisit le pouvoir absolu d'un seul, pour fonder une république. Je fus nommé membre de l'Institut à la fin de 1795, et dans la quatrième séance publique tenue par ce corps illustre, le 4 avril 1797, sous la présidence du vénérable Ducis, M. de Fontanes voulut bien lire pour moi le premier acte de mon Junius Brutus... Je revis de temps en temps Brutus, ou, pour mieux dire, je le refis presque d'un bout à l'autre; je pourrais assurer que je l'ai copié plus de dix fois de ma main, tout entier. J'ai encore quelques notes manuscrites de Picard sur cette tragédie, et, par parenthèse, un des premiers ouvrages que cet ami, que je regrette, ait composés dans sa jeunesse, était une tragédie de Lucrèce, qu'il me donna à lire en 1788 ou 1789... J'ai aussi plusieurs fragments de scènes que mon ami Collin d'Harleville a bien voulu faire pour ma tragédie de Brutus; je les conserve écrits de sa main, et il y a même encore dans la pièce quelques vers qui sont de Collin. Il résulte de tout cela que je n'ai jamais songé à faire une pièce de circonstance... Je demandai une lecture à la Comédie-Française, et je l'obtins à l'unanimité... La pièce fut encore reçue à l'unanimité... On me pressa de la faire représenter mais il fallait auparavant subir l'épreuve de l'examen et de la censure. Je m'avisai, sans beaucoup d'espérance de succès, de m'adresser directement au ministre de l'intérieur, M. le vicomte de Martignac. Je lui envoyai un exemplaire de mon Brutus, avec une lettre dont je vais citer quelques mots Un vieillard, ami de son pays et de la paix, a imaginé de composer une tragédie qui n'est ni classique ni romantique, ou plutôt qui est l'un et l'autre à la fois, afin de satisfaire tous les goûts et d'amener les puissances belligérantes à un accommodement; il n'a pas violé ouvertement les règles d'Aristote (qui, par parenthèse, ne sont pas dans Aristote); il ne les a pas non plus observées trop servilement... Il a tâché d'avoir du mouvement et de l'action... Or , à présent, monseigneur, ce bonhomme met son oeuvre tragique sous la protection de Votre Excellence, et la supplie de ne pas lui imposer un travail dont, à. son âge, on n'est plus capable, en lui demandant des corrections et des changements à titre de censure..." Le ministre lut ma pièce, et me répondit, le 16 juillet, par une lettre de trois pages toute de sa main... L'ouvrage y était jugé, sous le point de vue littéraire, d'une manière très favorable, et le ministre donnait à mon talent de poète des éloges trop flatteurs pour que je puisse les répéter? mais le tout aboutissait à un refus de laisser jouer la pièce : c'était " le sujet qui  était inadmissible à l'époque actuelle. " M. de Martignac me citait dans sa lettre une douzaine de vers qu'il était " impossible de laisser  dire sur la scène. " Plusieurs de ces vers sont précisément ceux qu'on pourrait croire insérés dans l'ouvrage depuis la révolution de Juillet".
La pièce, dédiée par Andrieux "au peuple français devenu libre",  obtint un beau succès d'estime. Joanny exprimait noblement les sentiments de Brutus. La tragédie de Lucius Junius Brutus a été reprise l'Odéon, après la révolution de 1848.
Le Premier et le Second  Brutus sont des tragédies d'Alfieri, toutes deux inspirées de Voltaire.  Il écrivait, au sujet de la première de ces pièces, à la comtesse d'Albanie, " qu'il se croyait aussi digne de traiter un tel sujet qu'un Français né plébéien, qui avait signé pendant plus de soixante ans : Voltaire,  gentilhomme ordinaire du roi. " On sait qu'Alfieri, très fier de sa noblesse, quoique républicain, avait la personnalité d'un Romain de la république.

• Dans le Premier Brutus d'Alfieri, Titus et Tiberius sont jeunes, sans expérience; leur père est absent, et ils sont entièrement livrés aux artifices de Mamilius. Celui-ci leur peint Rome entière soulevée contre les nouveaux consuls; Tarquin, prêt à remonter sur le trône, à laver son outrage dans le sang des rebelles, et Brutus exposé le premier à la vengeance du roi. Aucun intérêt, aucune ambition ne contribuent à les décider. L'amour filial seul les guide, les entraîne, les subjugue. Ils ne voient que le danger de leur père, et s'inscrivent malgré eux parmi les conjurés. Valerius, personnage inutile, qui n'est pas lié à l'action, prononce fréquemment des discours en faveur de la liberté, et pour exalter la générosité du peuple. Collatin n'a qu'un rôle secondaire. Dans la scène du quatrième acte, où il annonce à Brutus que ses deux fils sont au nombre des conjurés, ou remarque de grandes beautés. Cette scène est la plus forte grandes pièce. Alfieri a introduit dans sa tragédie du Premier Brutus un personnage collectif, renouvelé des anciens, le peuple qui s'exprime, non par quelques cris, par quelques exclamations, mais qui récite parois des tirades de huit à dix vers. Dans le premier acte, ce personnage, encore esclave une heure auparavant, improvise lui-même sa constitution.

• Dans le Second Brutus, le plan est le même que celui de la Mort de César, par Voltaire. Cependant Alfieri n'a pu se résoudre à suivre l'histoire, à montrer inutilité du meurtre de est, à indiquer que le peuple romain a seulement changé de maître. Bien loin de mettre en scène Antoine, prononçant un discours passionné pour attendrir le peuple romain sur la mort de César et peur l'exciter à la vengeance, il montre le peuple exalté par le souvenir seul des exploits de César et sourdement irrité contre ses assassins. Brutus seul brave sa colère; il parvient à se faire entendre; il peint la tyrannie du dictateur; il félicite les Romains d'en être délivrés; il avoue qu'il est fils de César, mais que, préférant sa patrie à son père, il a, le premier, donné le signal aux conjurés. Le peuple jure de soutenir ses libérateurs, et suit Brutus au Capitole. 

Alfieri a supprimé quelques-uns des personnages de la tragédie de Voltaire, et n'en a ajouté qu'au seul, Cicéron, auquel il donne un triste rôle. Il en fait un orateur qui ne rougit pas d'avilir son éloquence pour prouver à Brutus qu'il ne doit aucune reconnaissance à César, bien que celui-ci lui ait sauvé la vie après la bataille de Pharsale. Or tout le monde sait que Cicéron ne participa pas à la conspiration tramée contre César.

Le rôle de Brutus est le mieux tracé; ceux des conjurés sont dessinés avec force et énergie : la liberté est le seul sentiment qui les anime et les enflamme. Quant au personnage de César, il est complètement sacrifié :

"Les motifs qui m'ont déterminé à traiter Brutus Ier m'ont aussi engagé à traiter Brutus II, dit Alfieri lui-même. Cependant, il y a une grande différence entre ces deux sujets : dans le premier, l'amour paternel doit établir un contraste frappant avec l'amour de la liberté; dans le second, l'amour de Brutus pour César, qui n'est pas son père légitime, m'a toujours paru un incident supposé par les historiens et les poètes, pour jeter du merveilleux sur ce trait. "
Brutus ou Les Orateurs illustres est un dialogue de Cicéron composé l'an 706 ou 707 de Rome. L'auteur suppose qu'après son retour de l'Asie Marcus Brutus, accompagné d'Atticus, vient le voir et que ses deux amis l'engagent à reprendre un entretien qu'il avait eu peu auparavant avec Atticus seul et qui avait roulé sur les grands orateurs romains. Dans cet ouvrage, où Cicéron cherche l'idéal de l'orateur, il s élève à la hauteur de Platon dans ses Dialogues. Il trace l'histoire de l'éloquence latine et dresse une table analytique de tous ceux qui se sont fait entendre à Rome. Dans ce vaste cadre se détachent les portraits de Caton, des Gracques, de Crassus, d'Antoine et d'Hortensius, son rival et son ami. C'est une source précieuse pour l'histoire de la littérature latine.

Cicéron commence par exprimer vivement ses regrets de la perte d'Hortensius et de celle de la liberté. On sent que le jour où la tribune a été fermée, il a été blessé au coeur. Puis il passe une rapide revue des orateurs grecs. Le but de ce prologue est de prouver que, si la Grèce a d'abord surpassé Rome par sa civilisation, Rome, à son tour, n'est pas demeurée en arrière, et qu'à chaque orateur grec elle peut opposer un orateur latin. Le chauvinisme entraîne Cicéron dans des comparaisons forcées pour le succès de sa thèse, et il va jusqu'à opposer Caton à Lysias , les deux extrêmes! Malgré l'intérêt qu'offre cette composition du grand orateur romain, on ne peut la considérer, au point de vue de l'histoire de l'art, que comme un livre à la fois incomplet et surabondant : 

"Incomplet , dit Pierron, car les hommes les plus fameux par leur éloquence ne sont pas toujours ceux auxquels Cicéron a consacré le plus de place dans son livre; surabondant, car Cicéron énumère une foule d'hommes qui n'ont presque rien de commun avec l'éloquence. Il suffit qu'on se soit mêlé un instant des affaires de l'Etat, qui on ait été sénateur, qu'on ait émis publiquement son avis sur quelque mesure à prendre : Cicéron n'en demande pas davantage pour mettre un nom de plus dans le nombre des orateurs. Son patriotisme romain le tient, pour ainsi dire, dans une illusion perpétuelle, et lui fait voir des orateurs là où il n'y a eu que des parleurs plus on moins sérieux."
Et cependant, dit Cicéron lui-même chaque âge produit à peine deux orateurs dignes de ce nom. Le but caché de Cicéron se devine facilement; cette énorme nomenclature ne sert qu'à mieux faire ressortir la difficulté de l'art dans lequel il a excellé, et il semble placer les orateurs sur une longue échelle dont il occupe le sommet. Le livre pourrait se résumer par ces mots : "Voilà par où il a fallu passer pour arriver à Cicéron!" . L'auteur, ne le dit pas, mais on le comprend. D'ailleurs, il ne se pique pas de modestie et ne se gêne nullement pour se faire dire par Atticus, qui est censé rapporter une lettre de César à Cicéron : ."Si quelques orateurs sont parvenus, à force de travail et d'exercice, à rendre leurs pensées avec élégance, quel lustre, quel éclat n'avez-vous pas répandu sur le peuple romain, vous qui possédez si éminemment toutes les richesses du style! " Ce n'est pas encore assez; quand on prend de l'encens, on n'en saurait trop prendre : Atticus, renchérissant sur les éloges de César, ajoute : " Votre génie a enlevé à la Grèce le seul avantage qu'après sa défaite elle avait conservé sur Rome ". C'est faire bon marché de Démosthène.

S'il est injuste envers les Grecs, Cicéron, en tenant compte de ses exagérations patriotiques , dès qu'il se trouve en face d'un talent vraiment remarquable, le loue dignement, en homme supérieur, incapable de jalousie, même envers ses rivaux. Antoine, Crassus, Hortensius n'ont certes pas à réclamer contre ses jugements. Quant à César, au lieu d'une phrase banale comme celle qu'il adressait à Cicéron, ce dernier lui décerne un éloge dont il eut droit d'être fier. "César, écrivait Cicéron, a écrit des Commentaires qui méritent beaucoup d'estime; ils sont simples, naturels, gracieux, dépouillés de tout ornement ambitieux. En préparant dans cet ouvrage des matériaux pour ceux qui voudraient écrire l'histoire, il a peut-être séduit quelques ignorants, qui voudront les charger de fausses parures, mais il a fait tomber la plume des mains de tous les écrivains sensés, car rien n'est plus agréable dans l'histoire qu'une narration courte, simple et lumineuse". La louange est spirituelle, délicate et juste.

Hortensius vient clore la liste des orateurs romains. Cicéron le vante en rival capable d'apprécier dignement son talent et en ami qui pleure le compagnon de ses études et de ses travaux. C'est une transition habile pour nous entretenir de lui-même, des efforts incessants qu'il a faits pour arriver à la perfection dans son art, pour tenter de réaliser l'idéal de l'orateur. Il nous initie à ses travaux, et on s'étonne de voir quel labeur quotidien, quelle érudition, quelles études philosophiques l'Antiquité exigeait d'un homme qui prétendait à la réputation d'orateur. S'ils jouissaient d'une influence bien supérieure à celle des orateurs des Temps modernes, ceux de Rome le méritaient par l'immensité de leurs travaux , qui feraient certainement reculer les parleurs modernes. 

Cicéron nous donne quelques détails sur sa constitution physique, qui était fort délicate. Il était grand et maigre, avait une tête un peu petite sur un cou long et mince, très peu de poumons. En un mot, physiquement constitué d'une façon qui laissait beaucoup à désirer pour le rôle auquel il se destinait, à force de volonté et d'adresse, il surmonta les défauts de son organisation, comme jadis Démosthène s'était corrigé de son bégaiement, et se fit lui-même le premier orateur de Rome. Telle est à peu près la conclusion du livre, qui se termine par des paroles de regret adressées à Brutus, dont Cicéron déplore de voir le talent oratoire inutile à la république, depuis que le despotisme ferme la bouche aux honnêtes gens. Le lecteur comprend sans peine que Cicéron, s'il est peiné de l'oisiveté forcée de Brutus, est encore plus amèrement affligé de celle de Cicéron lui-même.

Nous ne partageons pas entièrement ses chagrins, puisque c'est à ce temps de repos que nous devons plusieurs ouvrages aussi remarquables que le Brutus. Il est reconnu par les juges experts en latinité que le Brutus est un des ouvrages les mieux écrits de Cicéron; qu'on pourrait presque l'appeler un chef-d'oeuvre au point de vue du style. Sans parler de la finesse d'observation qu'on y remarque en beaucoup d'endroits, nous ne croyons pas que jamais Cicéron ait parlé un langage plus élégant et plus riche, surtout dans la première partie, et nous ne connaissons pas, pour notre part, de morceau plus parfait comme latinité et atticisme que les six premières pages, dans lesquelles il déplore la mort d'Hortensius et la perte de la liberté. Elles semblent écrites avec des larmes.  (PL / NLI).

Nous voudrions nous arrêter sur cet éloge; mais on ne peut ici omettre une observation de Pierron, qui, bien qu'un peu sévère, ne manque pas de justesse :

" Il est fâcheux que, dans cet ouvrage, le dialogue dégénère souvent en monologue et que le principal interlocuteur fasse parfois l'effet d'un pédagogue exposant une leçon d'histoire littéraire beaucoup plus que de ce qu'il aurait dû paraître, un homme d'esprit et de goût devisant avec deux amis sur un sujet qui leur était également familier à tous les trois. "
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