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Arundhati
Roy
est une écrivaine, essayiste, et militante indienne née à Shillong,
en Inde. Roy est connue pour sa capacité à utiliser la littérature comme
un moyen de dénonciation politique et pour son engagement à mettre en
lumière les luttes des populations marginalisées. Son roman The God
of Small Things (Le Dieu des petits riens), publié en 1997
et qui lui a valu le Booker Prize est une oeuvre à la fois lyrique et
percutante, où elle aborde la complexité des relations humaines
et les injustices sociales dans la société indienne.
• The
God of Small Things (Le Dieu des petits riens, 1997) raconte
l'histoire de la famille Ipe dans l'État du Kerala, en Inde, à travers
les yeux de deux jumeaux, Rahel et Estha. L'histoire alterne entre le passé
et le présent, pour analyser un événement traumatisant de leur enfance
qui a bouleversé leur famille et leurs vies. Le roman s'intéresse aux
petites choses de la vie – les gestes et les relations intimes – tout
en abordant des thèmes complexes comme le système des castes, la sexualité,
et les règles rigides de la société indienne. L'intrigue centrale tourne
autour de l'amour interdit entre Ammu, la mère des jumeaux, et Velutha,
un "Intouchable", membre de la caste des Dalits. Leur histoire d'amour
interdit provoque un scandale et déclenche une série de tragédies qui
révèlent les injustices et les préjugés ancrés dans la société indienne.
Le roman questionne le poids du passé et les normes sociales qui façonnent
les vies des personnages de manière implacable. The God of Small Things
a été salué pour son style, mêlant réalisme et poésie, et pour sa
critique des inégalités de caste, des tensions religieuses et des structures
patriarcales en Inde.
En plus de sa carrière
littéraire, Arundhati Roy est une militante engagée pour la justice sociale,
l'écologie, et les droits des populations marginalisées en Inde. Elle
a publié de nombreux essais et articles politiques, rassemblés dans des
ouvrages comme The Algebra of Infinite Justice et Field Notes
on Democracy. Dans ces deux recueils, Arundhati Roy défend les droits
des opprimés et condamne les abus de pouvoir, qu'ils viennent des gouvernements,
des grandes entreprises, ou des institutions internationales. Sa critique
vise non seulement les pratiques politiques mais aussi les structures et
idéologies qui justifient les inégalités et la répression, prônant
une prise de conscience collective pour lutter contre les injustices. Son
travail de militante lui a valu à la fois des éloges et des critiques,
car elle s'attaque à des questions sensibles en Inde, notamment la politique
nucléaire, le nationalisme hindou, et les conflits dans le Cachemire.
• The
Algebra of Infinite Justice (2002) est une collection d'essais
écrits principalement après les attentats
du 11 septembre 2001, où Arundathi Roy
examine les répercussions de la "guerre contre le terrorisme" lancée
par les États-Unis et ses effets sur le reste du monde, notamment en Inde.
À travers ces essais, elle critique la politique étrangère américaine,
la militarisation et les conséquences de la mondialisation économique.
Parmi les thèmes abordés, on relèvera :
+ La
guerre en Afghanistan. - L'autrice remet en question la légitimité
et l'efficacité de l'intervention américaine. Elle dénonce la violence
infligée aux populations civiles sous prétexte de justice.
+ Les essais nucléaires
en Inde et au Pakistan. - Elle critique la course aux armements nucléaires
entre ces deux pays, qui met en péril la sécurité régionale et reflète
le nationalisme extrême.
+ Les inégalités
économiques et la mondialisation. - Arundhgati Roy dénonce l'impact
des politiques néolibérales sur les plus pauvres, tant en Inde qu'ailleurs,
en montrant comment les multinationales exploitent les ressources et la
main-d'oeuvre locales au détriment des populations.
+ Les projets
de barrage en Inde. - En particulier, elle s'oppose aux grands barrages,
comme ceux de la vallée de la Narmada, qui ont déplacé des milliers
de personnes sans compensation juste.
L'ensemble de ces essais
développe l'idée que la "justice infinie" proclamée par les puissants
ne fait souvent qu'amplifier les injustices subies par les plus vulnérables.
• Field Notes
on Democracy: Listening to Grasshoppers (2009) est un recueil de textes
où Arundhati Roy examine l'état de la démocratie en Inde et souligne
les dérives autoritaires et l'érosion des droits fondamentaux. Elle y
analyse les contradictions et les limites de la démocratie indienne, notamment
la manière dont elle peut être instrumentalisée pour opprimer les minorités
religieuses, les communautés tribales et les dissidents. Parmi les thèmes
abordés :
+ La
montée du nationalisme hindou. - Arundhati Roy critique les mouvements
nationalistes hindous et les partis politiques, tels que le BJP (Bharatiya
Janata Party), le parti d'extrême droite de Narendra Modi, qui instrumentalisent
la religion pour gagner du pouvoir et réprimer les minorités, en particulier
les musulmans.
+ La violence
contre les minorités. - Elle analyse des épisodes de violence religieuse,
comme les émeutes du Gujarat de 2002, et la manière dont le système
judiciaire et l'État échouent à protéger les droits des minorités.
+ L'érosion des
droits civiques et de la liberté d'expression. L'écrivaine montre
comment l'Inde, malgré son statut de "plus grande démocratie du monde,"
utilise des lois répressives pour faire taire les voix dissidentes et
justifier la surveillance et la censure.
+ Les effets de
la libéralisation économique. - Comme dans The Algebra of Infinite
Justice, elle critique l'impact des politiques économiques néolibérales,
qui, selon elle, accentuent les inégalités et trahissent les principes
de justice sociale.
En 2017, après deux
décennies de tournées vers l'activisme, elle a publié son deuxième
roman, The Ministry of Utmost Happiness, qui aborde les divisions
religieuses, les luttes des minorités, et la vie des femmes et des personnes
LGBTQ en Inde.
• The
Ministry of Utmost Happiness (2017) donne à Arundhati Roy l'occasion
d'élargir son champ de vision pour dépeindre une fresque beaucoup plus
vaste de l'Inde contemporaine que dans son premier roman, en abordant les
conflits politiques, la guerre, et les questions de genre et d'identité.
Le roman suit les parcours entrecroisés de plusieurs personnages, principalement
Anjum, une hijra (femme transgenre) qui cherche à trouver sa place
dans une société qui la rejette, et Tilo, une femme mystérieuse liée
aux conflits au Cachemire. Ce roman adopte une approche plus fragmentée
que The God of Small Things, en incorporant des lettres, des poèmes
et des récits discontinus pour raconter les luttes et les espoirs de ces
personnages en marge de la société.
The Ministry of Utmost Happiness
est une critique acerbe de l'Inde moderne, où l'écrivaine dénonce l'injustice
sociale, la violence religieuse, et la brutalité de l'État. A travers
ses personnages, Arundhati Roy montre comment la résilience humaine s'épanouit
même dans les situations les plus désespérées.
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