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Les Varans
Varaniens , Varanidés
Les Varans (Monitor Cuv., Varanus Merr.) constituent un groupe de Sauriens Fissilingues, réuni jadis par Linné aux Lézards et formant le type des Varanidés ou Varans de Duméril et Bibron. Les Varans ont le corps allongé, arrondi, sans crêtes dorsales, les pattes à ongles forts, la peau couverte d'écailles tuberculeuses, enchâssées; langue protractile, séparée en deux longues pointes; un seul intermaxillaire; dents logées dans des alvéoles distinctes; cou plus allongé que chez les autres Sauriens; épaule forte et solide; fémur analogue de forme et de position avec celui des Crocodiles. Deux types tranchés  :
1° les Monitors, à queue conique, presque arrondie, essentiellement terrestres; espèces : Varanus arenarius Dum. et Bib, ou Varan du désert; V. timoriensis Gray, etc.; 

2° les Varans proprement dits, à queue comprimée dans sa longueur, aquatiques et hantant les bords des rivières et des lacs, d'où le nom d'Hydrosaures (Hydrosaurus Wagl.); espèces : V. niloticus L., qui vit sur les rives du Nil, mange les oeufs de crocodiles et chasse l'oiseau et le mammifère ; V, bengalensis Dand., V. nebulosus Cuv., V. varius Merr. (Australie), etc.

Certaines populations emploient la peau des Varans pour en faire des tambours ; sur la côte occidentale de l'Afrique, on fait avec la peau du Varan du Nil des fourreaux de poignard. Le genre fossile Mosasaure se rattache aux Varans (La classification des Sauriens).

Caractères généraux

Si les Varaniens  rappellent les autres Sauriens par la forme allongée de leur corps et le grand développement des membres, tant antérieurs que postérieurs, ils forment cependant un groupe nettement défini.

Chez eux, en effet, la peau est formée d'écailles tuberculeuses, saillantes; enchâssées dans la peau, arrondies; tant sur la tête que sur le dos et sur les flancs. La langue est longue, charnue; profondément divisée à son ex trémité libre; protractile; de même que chez les Serpents, elle peut rentrer dans un fourreau. Ajoutons que les dents, appliquées contre la face interne, des mâchoires; sont assez espacées, comprimées latéralement, aiguës et tranchantes; il n'existe pas dedents à la voûte palatine.

Le crâne du Varan est étroit; allongé, plat en dessous. Plus encore  peut-être que chez les autres Sauriens; les os de la tête semblent être simplement suspendus les uns au-dessus des autres; aussi existe-t-il une columelle servant d'arc-boutant. L'os intermaxillaire est unique; le jugal n'est qu'un stylet qui n'atteint teint ni le frontal postérieur, ni le temporal, de telle sorte que l'orbite est incomplète, comme chez les Geckos. Le pariétal est impair. Le dessus de l'oeil est protégé par, une pièce spéciale, semblable à celle qui existe chez les Oiseaux, pièce qui a été désignée par Cuvier, sous le nom de surcilier.
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Varan de Komodo.
Un Varan de Komodo. Photo : MSVG.

Le cou, bien que plus allongé que chez les autres Sauriens, n'est cependant composé que de sept vertèbres; les quatre premières vertèbres dorsales envoient des prolongements au sternum, toutes les autres n'ayant que des côtes flottantes. Il n'existe que deux vertèbres au sacrum, vertèbres remarquables par la grosseur et la solidité de leurs apophyses transverses.

Le sternum est formé antérieurement d'une pièce allongée, unique et fort solide, se dilatant en avant en deux branches latérales se prolongeant beaucoup. L'épaule est forte et solide. L'os de la cuisse a les plus grands rap ports avec celui du Crocodile, ce qui tient, suivant Cuvier, à la manière dont le membre se meut sur le sol et à la direction du pied.

Les doigts allongés et armés de griffes puissantes sont au nombre, de cinq à chaque membre. Aux pattes de devant, c'est le pouce, ou, doigt interne, qui est le plus court, le troisième doigt étant le plus long; aux pattes de derrière les quatre doigts internes vont successivement en augmentant de longueur.

Organes des sens. 
La couleur de la peau varie du noir au vert plus ou moins foncé, avec des taches qui forment souvent des dessins d'un fort agréable aspect.

Les narines sont toujours rapprochées du bout du museau; leur trajet est court; elles s'ouvrent dans la bouche par deux fentes longitudinales. Chez les espèces aquatiques, il existe à l'entrée des fosses nasales une sorte de poche dont l'orifice peut se fermer à la volonté de l'animal.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, la langue est charnue, très extensible; elle peut rentrer presque complètement dans un fourreau; sa partie antérieure, profondément divisée, est recouverte d'un épiderme mince et corné; l'extrémité de chaque pointe présente, à sa face inférieure, une lamelle dure, faisant l'office d'une sorte d'ongle; la langue est, en effet, bien plutôt un organe de tact que de gustation.

Les yeux sont grands, les paupières sont minces et recouvertes de fins granules; l'inférieure est plus mobile, plus développée que la supérieure.

Les conduits auditifs, qui sont très apparents, sont pour ainsi dire situés derrière le crâne; ils se présentent sous la forme d'une fente un peu oblique.

Moeurs, habitudes, régime.

Les Varans sont ceux de tous les Sauriens, après les Crocodiles, qui atteignent les plus grandes dimensions, de sorte que les premiers historiens naturalistes, tels qu'Hérodote et Oelien, en les désignant par le même nom, les ont regardés comme des espèces terrestres. Il y a parmi ces Reptiles, qui ont tous la queue fort longue, deux variétés assez distinctes par leur conformation. Les uns sont éminemment terrestres, et vivent loin des eaux, dans les lieux déserts et sablonneux; les autres sont aquatiques et habitent les bords des rivières et des lacs. Chez les premiers, la queue est tout à fait conique et presque arrondie; tandis que chez les seconds il y a un grand nombre de vertèbres caudales d'une forme particulière. Les os qui forment la base de cette queue sont très développés, surtout dans le sens des apophyses transverses, et elles offrent là de très fortes attaches aux muscles; ensuite on voit que les apophyses ou épines dites supérieures et inférieures ont pris un fort grand accroissement, de manière à offrir la plus grande étendue dans le sens vertical, aux dépens de la ligne qui s'étend de droite à gauche. Comprimée dans tout le reste de sa longueur, cette queue devient un organe de mouvement très puissant lorsque l'animal est plongé dans l'eau, d'autant mieux qu'elle est le plus souvent surmontée d'une crête formée par une ou deux séries d'écailles aplaties; aussi le Varan aquatique s'en sert-il comme d'une véritable rame destinée, par des ondulations rapides et répétées, à faciliter ses mouvements à la surface de l'eau. Là, son tronc, rendu plus léger à l'aide de l'eau dont les poumons se sont remplis, reste émergé, et semble être dirigé comme par cet immense gouvernail, qui remplit en même temps l'office d'un aviron.

Quant au mode de progression sur la terre, quoique les membres des Varaniens soient bien développés, que leurs pattes soient profondément divisées en doigts allongés et armés d'ongles crochus, il ne semble pas qu'ils s'en servent pour grimper sur les arbres ou sur les rochers. La plupart habitent les plaines désertes sertes ou les rivages; ils courent avec vitesse; mais leur allure est toujours sinueuse, et se rapproche de celle des serpents, à cause de leur longue queue qui, en s'appuyant sur le terrain à droite et à gauche, pousse le corps en avant, et peut, dans certains cas, faciliter leurs sauts ou leur progression sur la proie qu'ils poursuivent; quand ils en sont assez rapprochés.

Les Varans sont des animaux essentiellement carnassiers. Sans dédaigner absolument les animaux morts, ils recherchent de préférence les proies vivantes; les jeunes animaux s'emparent de gros insectes, d'amphibiens, de petits sauriens; les individus adultes font la chasse aux oiseaux, aux poissons, aux mammifères de faible taille; ils s'emparent même parfois d'animaux de grande taille. C'est ainsi que Leschenault dit avoir vu des Varans de l'Inde finir par se rendre maîtres d'un paon après l'avoir longtemps poursuivi et l'avoir entraîné dans l'eau; le même auteur dit même avoir trouvé l'os de la cuisse d'un mouton dans l'estomac d'un Varan qu'il disséquait.

Les Varans terrestres font la chasse aux petits rongeurs, aux oiseaux, à des lézards plus faibles qu'eux, à des serpents de faible taille; ils ne dédaignent pas pour cela des vers et des insectes. Les espèces aquatiques se nourrissent principalement de poissons et de petits mammifères habitant le bord de l'eau. 

Le Varan du Nil, bien connu des anciens Égyptiens, a été plusieurs fois figuré sur leurs monuments: c'est ainsi que, sur les murs de l'une des cryptes du grand temple de Denderah, on peut voir le fils d'Horus perçant de sa lance un de ces animaux; le cartouche placé à côté du guerrier explique la victoire remportée par lui sur ses ennemis, l'Hippopotame, le Crocodile, le Varan. En effet, le Varan passait pour un des plus dangereux ennemis du Crocodile, parce qu'on pensait qu'il recherchait les oeufs de cet animal pour les détruire, et qu'il donnait la chasse aux petits nouvellement éclos; il est difficile de savoir ce qu'il y a de vrai dans cette assertion, mais il est certain que le Varan peut parfaitement s'emparer d'un Crocodile de faible taille et s'en repaître. On constate dans les parcs zoologiques que tous les Varans aquatiques ont un goût très prononcé pour les oeufs; il est probable. qu'il en est de même en liberté.

Lorsque l'on observe les Varans en captivité, on peut vite se convaincre de leurs goûts essentiellement carnivores. Que l'on vienne à jeter quelques grenouilles, quelques lézards, ou quelques souris en vie dans la cage occupée par un de ces animaux, on le verra immédiatement se tenir sur l'éveil et la plus grande activité succéder à une torpeur plutôt apparente que réelle. Les yeux du reptile brillent soudain; la langue est projetée à chaque instant hors de la bouche; la tête se tourne lentement en tous sens et semble suivre les mouvements des malheureuses victimes. Cependant les grenouilles sautent affolées, les lézards courent, grimpent dans tous les sens. Le Varan se met lentement en chasse, n'attendant que le moment propice; tout à coup il avance sa tête brusquement et à coup sûr; il happe un lézard ou une grenouille, l'étourdit en le traînant pendant quelques instants sur le sol, lui donne quelques coups de dent, élève la tête, fait quelques mouvements latéraux du cou comme pour bien mettre la proie en position, et la déglutit; ceci fait, il se remet de suite en chasse, car sa voracité est extrême.

Si l'on donne des oeufs à un Varan, il s'en approche en dardant sur eux sa langue, saisit doucement l'un d'eux, soulève la tête, le presse entre ses mâchoires et hume avec délice le contenu; il lèche le jaune et le blanc qui découle de sa gueule au moyen de sa langue extrêmement flexible.

Ponte

Voici ce que Théobald dit à propos d'une espèce indienne qu'il désigne sous le nom de Varanus flavescens.
« Ces Varans, dit-il, déposent leurs oeufs dans la terre; ils utilisent parfois à cet effet des nids de fourmis blanches. Les oeufs, longs de cinq centimètres environ, sont cylindriques, arrondis aux deux bouts et d'une couleur blanc-sale; ils offrent toujours un aspect malpropre. Chaque femelle paraît pondre un assez grand nombre d'oeufs. »

Les Varans et les humains

Si les Varans se sont acquis une mauvaise réputation parmi les populations qui les côtoient c'est qu'ils s'emparent souvent des poulets et d'autres oiseaux de basse-cour; mais d'un autre côté ils fournissent une nourriture très estimée de certaines populations; dans certaines régions, au contraire, on professe une véritable répulsion pour ces animaux et pour leurs oeufs.

En Birmanie la chair des grands Varans aquatiques est tout particulièrement recherchée; les oeufs de ces animaux se vendent sur les marchés plus cher que les oeufs de ponte.

Dans certains pays, on se sert de la peau de ces animaux pour orner divers objets. 

Distribution géographique.

Les Varans, soit terrestres, soit aquatiques, sont surtout des animaux des pays chauds. Leur véritable domaine est le sud de l'Asie, les îles de la Sonde (Indonésie), la Nouvelle-Guinée et le nord de l'Australie; on en connaît quatre espèces en Afrique; ils ne se trouvent ni en Europe, ni en Amérique.

Paléontologie

Ce genre, qui vit aujourd'hui dans les parties chaudes de l'Afrique et du Sud de l'Asie, est connu aussi dans le Pliocène d'Australie et des monts Siwalik (Inde) par deux espèces pour lesquelles Owen a établi le genre Megalania. D'autres genres éteints rentrent dans la famille des Varanidées, savoir : Hydrosaurus Wagler : dents pointues, un peu arquées; 9 vertèbres cervicales, 30 thoraciques, 2 sacrées; côtes dorsales très robustes; pattes de dernière beaucoup plus longues que les pattes de devant; du Crétacé inférieur de Lésina, Palaeovarus Filhol : dents fortes, striées à la base; phosphorites du Quercy; Thinosaurus Marsh : dents à large base épaissie; zygosphème et zygantrum aux vertèbres; Eocène du Wyoming. (A.E. Brehm / Duméril et Bibron / Dr L. Hn./ E. S.).
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