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La valeur de la connaissance

Le problème de la valeur de la connaissance humaine n'a pas toujours été posé dans les mêmes termes par les différentes écoles et aux différentes époques de l'histoire de la philosophie.

Pour la philosophie ancienne, la question se pose ainsi : 

• La connaissance peut-elle jamais être certaine, ou implique-t-elle toujours un doute  En fait, l'esprit est souvent ou croit être certain, mais cette certitude est-elle légitime? et, si la réflexion en examinait les motifs, ne se transformerait-elle pas toujours en incertitude? 
C'est à la question ainsi posée, au point de vue de la certitude et du doute, que répondent les deux doctrines contraires du dogmatisme et du scepticisme.

Chez les modernes, la question se pose plutôt ainsi : 

• La connaissance que nous avons des choses, en la supposant certaine, est-elle absolue ou relative? Est-ce la connaissance des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, ou seulement des choses telles qu'elles apparaissent à notre esprit? - Bien plus, cette connaissance est-elle vraiment objective, ou subjective? est-ce bien la connaissance des choses, ou n'est-ce pas simplement la connaissance que l'esprit a de ses propres états, de ses idées transformées en choses? 
La doctrine de la relativité de la connaissance (relativisme) et l'idéalisme, avec les doctrines qui les contredisent de part et d'autre, répondent à la question ainsi posée.

Le dogmatisme, le probabilisme, le scepticisme. 
Le problème de la valeur de la connaissance étant pour les anciens le problème de la légitimité de la certitude, les deux solutions opposées de ce problème sont nécessairement le dogmatisme et le scepticisme.

Le dogmatisme.
D'après le dogmatisme, l'esprit humain est capable de connaître les choses avec certitude : il existe des vérités que le doute ne peut atteindre.

Le scepticisme.
D'après le scepticisme, on peut, on doit douter de toutes choses la connaissance certaine est impossible.

Toutefois dans le scepticisme même, on peut distinguer le scepticisme absolu et le scepticisme relatif ou probabilisme.

Le probabilisme.
Le probabilisme professe que toute opinion est nécessairement incertaine, mais qu'il y a des degrés dans l'incertitude, et qu'une opinion peut être plus ou moins probable que l'opinion opposée. D'où il suit que dans la pratique, on peut préférer une opinion à une autre en raison de sa probabilité supérieure.

Le scepticisme absolu professe, au contraire, que toutes les opinions sont également incertaines et qu'on doit s'abstenir de juger.

Le probabilisme a été la doctrine de la nouvelle Académie (Arcésilas et Carnéade). Cicéron s'en est déclaré partisan. Il serait la vérité même s'il se bornait à prétendre que la probabilité, pour l'humain, est la règle, et la certitude l'exception. Mais il ne peut, sans contradiction, admettre la probabilité seule à l'exclusion de la certitude. En effet, la probabilité n'est qu'une approximation plus ou moins grande de la certitude : donc elle ne peut exister, on ne peut même la concevoir sans la certitude. (Il faut dire, d'ailleurs, que les probabilistes admettaient la certitude des phénomènes).

Le relativisme et l'idéalisme.
Le relativisme ou doctrine de la relativité de la connaissance a fait son apparition, dès l'Antiquité, avec Protagoras, qui le résumait ainsi : 

« L'humain est la mesure de toutes choses : de celles qui sont, pour la manière dont elles sont; de celles qui ne sont pas, pour la manière dont elles ne sont pas. »
C'était la conséquence extrême du sensualisme ionien. 

Dans les temps modernes, la doctrine de la relativité de la connaissance a pris deux formes principales : le relativisine criticiste ou subjectif et le relativisme objectif. Le premier a son expression dans la philosophie de Kant. Il consiste à dire que nous ne pouvons connaître les choses absolument, c'est-à-dire telles qu'elles sont en elles-mêmes. Nous ne les connaissons que par les impressions qu'elles produisent sur nous; d'autre part, non seulement la conformité des choses avec leurs représentations est invérifiable, mais l'esprit lui-même intervient dans les représentations par les formes qu'il leur impose.

Le relativisme objectif consiste à soutenir, non pas que la connaissance est relative à la faculté de connaître, mais que nous ne pouvons connaître que du relatif ou, en d'autres termes, qu'aucun absolu ne peut être l'objet de la connaissance. Il est représenté par Hamilton, qui déclare l'idée d'absolu logiquement impossible et contradictoire en soi; par le positivisme d'Auguste Comte, qui professe l'impossibilité de connaître les causes premières et les fins dernières des choses; par l'évolutionnisme de Spencer, qui combine les idées de Hamilton et celles de Comte avec une sorte de métaphysique à la fois expérimentale et panthéiste.

L'idéalisme.
Le mot idéalisme est un des plus vagues de la terminologie philosophique. Employé dans des sens différents, quoique cependant voisins les uns des autres, il ne peut guère être défini exactement, pour chacun de ces sens, que par rapport au terme contraire. Dans sa division des théories philosophiques, Victor Cousin met en regard les systèmes « sensualistes» et les systèmes idéalistes. Les premiers font dériver toutes nos connaissances de la sensation, les seconds admettent la participation de la raison, antérieure à la connaissance. Ce sens est maintenant hors d'usage. 

Si l'on oppose « idéalisme » à « matérialisme », on voit nettement qu' « idéalisme» signifie tout système qui admet l'existence d'un principe autre que la matière. Mais c'est en opposant « idéalisme » à « réalisme » que l'on peut enfin déterminer précisément le sens usuel de ce terme en philosophie. L'idéalisme est la théorie qui nie l'existence du monde extérieur. 

Les premiers idéalistes appartiennent à l'école d'Elée : pour les idéalistes éléates, tout ce qui forme le monde extérieur : l'espace, le temps, la matière, le mouvement, ne sont qu'apparence vaine. 

Descartes peut être considéré comme le fondateur de l'idéalisme moderne : nulle part il ne démontre l'existence réelle du monde objectif. Après Descartes, l'idéalisme suit deux directions : l'une empirique, l'autre rationaliste, suivant que l'étude du problème de l'existence réelle des choses extérieures s'appuie sur la critique des données sensibles, ou, en outre, sur les catégories de la raison pure. 

L'idéalisme empirique est représenté par Berkeley, Hume, Stuart Mill, l'idéalisme rationaliste par Kant et ses successeurs. (Leibniz peut aussi être compté parmi les idéalistes, bien qu'il admette l'existence d'une matière, mais d'une matière de même nature que l'esprit.) 

Pour Kant, le noumène, cause de nos sensations, existe; mais à cette constatation de son existence se borne toute notre connaissance. L'idéalisme kantien est appelé aussi idéalisme transcendantal. 

Fichte n'admet d'autre principe que le «moi », qui engendre le «non-moi », le monde extérieur, qui est ainsi de même nature que le moi; c'est l'idéalisme subjectif. 

Schelling rend au non-moi une existence indépendante et le fait dériver, comme le moi, d'un principe supérieur; c'est l'idéalisme objectif. 

Enfin, Hegel donne à l'idéalisme une forme plus hardie encore et attribue aux choses comme explication et comme origine l'idée pure, l'abstraction logique : la vérité précède et engendre l'être. C'est l'idéalisme absolu. (G. Sortais / NLI / E. Boirac).

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