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Walther d'Aquitaine. - Ancien poème latin dans lequel sont racontées les aventures d'un personnage qui joue aussi un rôle important dans les Niebelungen. En voici le sujet : Attila, roi des Huns, attaque les Francs, qui obtiennent la paix en payant tribut et en donnant pour otage Hagen, fils d'un de leurs chefs, puis les Burgondes, dont le roi livre également sa fille Hildegonde, et enfin le roi des Aquitains, qui donne son fils Walther. Il fait élever les trois enfants comme s'ils étaient les siens. Quelques années plus tard, il confie à Hagen et à Walther le commandement de ses armées; Hildegonde est chargée de la garde des trésors de la reine. Le roi des Francs ayant rompu le traité, Hagen s'enfuit du camp d'Attila, et retourne dans son pays. Bientôt Walther s'échappe à son tour avec Hildegonde, qui lui avait été fiancée autrefois par son père : après quarante jours de marche, ils traversent le Rhin, et entrent dans le pays des Francs. 

Arrivé sur l'un des sommets des Vosges, Walther s'endort pour la première fois depuis sa fuite; Hildegonde veille pendant qu'il repose. Elle voit briller des lances, et réveille son fiancé, qui examine les ennemis et reconnaît Hagen parmi eux : de son côté, Hagen a reconnu Walther; il engage le roi des Francs à ne pas attaquer un guerrier si redoutable, et déclare qu'il se tiendra à l'écart pendant la lutte. Le roi fait assaillir Walther par onze de ses plus vaillants guerriers, qui succombent tous sous les coups de l'Aquitain. Le roi conjure alors Hagen de le secourir; celui-ci finit par céder; ils se mettent en embuscade, et fondent sur Walther au moment où, quittant la montagne, il s'engage dans la plaine. Le combat, commencé à la deuxième heure du jour, se prolonge jusqu'à la neuvième; les trois guerriers se font de terribles blessures; enfin Hagen et Walther se réconcilient, et ce dernier retourne en Aquitaine, où, dit le poète, il régna durant trente ans fort aimé de ses peuples.

Là s'arrête le poème, qui a moins de 1 500 vers. Le premier manuscrit en fut trouvé dans un monastère de Bavière au milieu du XVIIIe siècle, et publié par Jonathan Fischer, Leipzig, 1 780, in-4°. Deux ans après, Frédéric Molter découvrit un second manuscrit dans la bibliothèque de Karlsruhe, et en publia une mauvaise traduction en vers allemands. Enfin, au commencement du XIXe siècle, on trouva deux nouveaux manuscrits, l'un à Bruxelles, l'autre à Paris, avec une dédicace contenant le nom de l'auteur, un certain Gérald, qu'on suppose, d'après cette dédicace, avoir été moine à l'abbaye de Fleury ou Saint-Benoit-sur-Loire. Le poème est dédié à l'évêque Archambauld, frère de l'auteur : cette indication ne peut servir à déterminer avec certitude la date de l'oeuvre, parce que nous n'avons pas la liste complète des évêques de la Gaule franque. 

Fischer pencherait pour le VIe siècle, mais le style paraît appartenir plutôt à l'époque de Charlemagne. L'auteur dit qu'il a mis en vers une vieille histoire populaire, et comme les aventures de Walther sont aussi racontées dans les Niebelungen, les Allemands ont voulu en faire une légende d'origine germanique. Mais, outre que le poème latin est beaucoup plus ancien que les Niebelungen, le caractère même de Walther prouve que cette tradition n'est point germanique : Walther est ennemi des Francs, il les méprise, il les considère comme des barbares et des brigands, il leur est toujours supérieur par la force et le courage; en un mot, il représente la résistance des Gallo-Romains défendant leur indépendance contre les Germains. Aussi ses exploits ne paraissent-ils pas être ceux d'un seul homme; la tradition les aura embellis d'âge en âge, en y ajoutant les hauts faits des héros qui remportèrent quelque victoire sur les Germains.

Une Chronique'anonyme, écrite vers l'an 1060 dans le monastère de la Novalèse, au pied du mont Cenis, raconte que Walther, après un long règne et des prouesses sans fin, était venu s'enfermer dans ce monastère pour s'occuper de son salut éternel : ce trait rappelle la fin de Waifre, le plus célèbre et le plus digne adversaire des Francs en Aquitaine. Ainsi, la tradition de Walther appartient à la Gaule; mais elle pénétra de bonne heure chez les Germains, sans doute à cause de l'influence que les Gallo-Romains surent prendre sur leurs vainqueurs. Elle se répandit même chez les Scandinaves et les Slaves : on la retrouve dans la Wilkina-Saga, composée par Biorn en 1250, et Boguphali, évêque de Posen, écrivant une histoire de Pologne vers le milieu du XIIIe siècle, y inséra les exploits de Walther comme des faits d'histoire nationale. (H. D.).

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Dictionnaire Le monde des textes
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