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Tom Jones,
célèbre roman anglais, publié
par Fielding en 1750. L'auteur a accumulé
sur son héros tous les genres d'infortunes, pour faire ressortir
les dangers de l'imprudence, et c'est là la conclusion morale
de l'ouvrage. La fable est bien conçue et réellement attachante,
les personnages et les aventures habilement diversifiés, les épisodes
choisis avec art, et, à l'exception d'un seul, celui de l'Homme
de la montagne, rattachés naturellement au sujet. L'action se développe
sans embarras et l'intérêt augmente progressivement.
Une étude sérieuse des caractères
fait de Tom Jones le premier modèle du roman de moeurs en
Angleterre
: Tom Jones est un jeune homme franc, généreux, brave, mais
inconsidéré, sévèrement puni de ses étourderies
par de nombreuses disgrâces; il semble que Fielding ait voulu prouver
qu'on ne doit pas se fier aux apparences en fait d'éducation, et
qu'un caractère ouvert et loyal, quoique passionné, est préférable
chez les jeunes gens à
un caractère prudent, mais froid et
hypocrite.
Le personnage de Sophie Western est un
modèle de douceur, et de grâce, de bon sens et de modestie;
sensible, mais chaste, respectueuse et soumise, mais capable de résolution,
il ne lui manque qu'un peu plus de délicatesse morale. Un excellent
caractère est aussi celui de sir Allworthy, type des vertus sociales,
véritable philosophe chrétien, bienfaisant sans ostentation,
indulgent sans faiblesse, vertueux sans aucun excès. Blifil est
un fourbe dont la duplicité, l'égoïsme et l'avarice
font ressortir la franchise et la générosité de Tom
Jones.
On voit encore, par le personnage de lady
Bellaston, que Fielding excellait à peindre les femmes du grand
monde. Sir Western, père de Sophie, brutal, cynique et lâche;
sa soeur, d'humour flegmatique et d'habitudes cérémonieuses;
Honora, suivante et confidente de Sophie; Partridge, valet et compagnon
de Tom Jones dans toutes ses aventures, destiné à égayer
le roman par sa poltronnerie, sa naïveté et ses balourdises,
mais trop souvent babillard et pédant: voilà autant de caractères
d'une vérité et d'un naturel généralement soutenus.
On peut reprocher à Fielding
de se montrer trop à découvert, de prodiguer sur la conduite
de ses personnages les explications et les conjectures qui enlèvent
au lecteur la satisfaction de réfléchir et de juger, de multiplier
les conversations vulgaires et les dialogues de bas comique, de ne point
raconter avec assez de sobriété les querelles de taverne
et les scènes de pugilat, enfin d'affecter parfois dans, son style
les images poétiques, les périphrases et les comparaisons
ambitieuses.
Les différents livres de Tom
Jones sont précédés de dissertations morales ou
littéraires, qui n'ont point été reproduites dans
toutes les éditions : ces digressions coupent, en effet, le récit
et ralentissent l'action; elles sont néanmoins intéressantes,
et, selon la remarque de Walter Scott, ce sont
peut-être les chapitres qui plaisent le plus à une seconde
lecture. (B.). |
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