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Histoire plaisante et Cronicque du Petit Jehan de Saintré et de la jeune Dame des Belles Cousines, roman en prose du XVe siècle. Jehan de de Saintré, âgé de 13 ans, sert comme enfant d'honneur à la cour du roi Jean, et, grâce à ses habiletés, à sa douceur, à sa courtoisie, à sa gentillesse, il est aimé et loué du roi, de la reine, des seigneurs et des dames. 

Une jeune veuve, qu'on appelait la Dame des Belles Cousines, lui déclare, dans le but d'en faire un chevalier renommé, qu'elle veut être sa dame, lui fournit secrètement tout l'argent dont il a besoin pour paraître avec éclat, s'occupe de son éducation, lui trace les devoirs du fidèle amour qui chasse du coeur tous les vices et préserve l'homme de péché mortel. Elle lui ordonne de lire les histoires des anciens héros, afin de s'affermir par de beaux exemples dans la route de l'honneur et du devoir. Arrivé à l'âge de courir les aventures, Saintré fait une emprise d'un bracelet que sa dame lui attache au bras gauche, se rend en Aragon, où son voeu avait été publié, est vainqueur dans tous les combats, et revient en France couvert de gloire. Nommé chambellan du roi, il continue de servir la Dame des Belles Cousines avec tant de discrétion et de prudence, que nul ne soupçonne leur amour. Pour obéir à sa requête, il demande au roi la permission d'aller en Prusse et de faire la guerre aux Sarrasins. Après avoir exterminé l'armée des infidèles, il fait une nouvelle emprise sans l'aveu de sa dame, qui, tourmentée d'inquiétude, se retire dans ses terres pour penser à son ami absent.

Mais là elle succombe à une indigne passion pour l'abbé d'un monastère voisin. Saintré, qui revient plein de joie pour annoncer à sa dame ses nouveaux triomphes, est accueilli d'abord comme un importun, puis insulté et bafoué; il se venge en perçant la langue de l'abbé d'un coup d'épée, et arrache à la dame sa ceinture bleue, symbole de loyauté. Il retourne à la cour, où la Dame des Belles Cousines est bientôt rappelée par la reine. Un soir, après souper, en présence du roi, de la reine et de toute la cour, Saintré, sans nommer personne, raconte ce qui s'est passé, et demande à chaque dame quel châtiment a mérité l'amie déloyale : toutes répondent qu'elle doit être chassée d'honnête compagnie. Saintré s'adresse à la Dame des Belles Cousines, elle-même, et veut qu'elle donne aussi son avis : éludant la question, elle dit que Ie chevalier fut mal gracieux d'enlever à la dame sa ceinture. Alors Saintré tire la ceinture de sa manche, et, un genou en terre, la rend à la Dame des Belles Cousines, qui fut ainsi déshonorée aux yeux de toute la cour.

Ce roman, d'un style simple, naturel et agréable, est un mélange de vérité et de fable. Les personnages ne sont point imaginaires : Jehan de Saintré était fils de Jeanne Chaudrié et de Jean de Saintré ou Xaintré, chevalier, sénéchal d'Anjou et du Maine. La Dame des Belles Cousines est toujours désignée sous ce seul titre, mais elle appelle les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne ses beaux oncles : on suppose que c'était une petite-fille du roi Jean, Marie, fille de Jeanne, reine de Navarre; cette Marie épousa en 1394 Alphonse d'Aragon, duc de Candie. On comprend facilement que l'auteur n'ait point voulu la nommer, à cause du déshonneur qu'elle s'attira par sa déloyauté. L'histoire n'est pas toujours rapportée avec fidélité dans ce roman : les anachronismes y sont nombreux. La scène du roman est placée sous le règne de Bonne de Bohème; or, Bonne, première épouse de Jean, mourut en janvier 1349, et ne fut jamais reine de France, puisque Jean ne monta sur le trône que le 22 août 1350. II ne régna que 14 ans, et l'auteur dit que les amours de Saintré et de la Dame des Belles Cousines durèrent 16 années; les aventures de Saintré n'ont donc pu s'accomplir pendant le seul règne de Jean. 

D'ailleurs, les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne sont appelés frères du roi, ce qui place la scène sous Charles V. Enfin l'auteur dit que le fameux Boucicaut accompagna Saintré dans son expédition de Prusse; la campagne de Boucicaut en Prusse est de 1383, sous Charles VI. Quoi qu'on pense de ces erreurs, qui furent peut-être volontaires, et qui sont toujours permises dans un roman, l'histoire du Petit Jehan de Saintré n'en est pas moins une peinture naïve de l'esprit et des moeurs du XIVe siècle;elle est surtout précieuse par la description exacte des armoiries de la plupart des grandes maisons de France. Ce roman fut écrit vers 1459 par Antoine de La Salle, qu'on suppose avoir été secrétaire de Jean d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine. (H D.).

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Dictionnaire Le monde des textes
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