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Le Prince, de Machiavel

Le Prince est un ouvrage de peu d'étendue, écrit en 1514, par Machiavel, pour l'adresser à Julien de Médicis, l'un des fils de Laurent le Magnifique, et frère de Pierre Il. L'auteur discute ce que c'est que la principauté, combien il y en a d'espèces, comment elles s'acquièrent, comment elles se maintiennent, et pourquoi elles se perdent: Le but du gouvernement, selon Machiavel, est de durer, et cela n'est possible qu'à l'aide de rigueurs, "attendu que les hommes sont généralement ingrats, faux, turbulents; d'où il suit qu'il faut les contenir par la peur du châtiment.

Les cruautés sont nécessaires dans un gouvernement nouveau; et il faut plutôt se faire craindre que se faire aimer, quand on ne peut obtenir l'un et l'autre. Le prince doit avoir sans cesse à la bouche les mots de justice, de loyauté, de clémence, de religion, mais ne pas s'inquiéter de leur donner un démenti toutes les fois que son intérêt l'exige. Quant à savoir si ce qui est bien doit être préféré à ce qui est mal, c'est une question qu'il faut laisser débattre à des moines.
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Machiavel.
Nicolas Machiavel (1469-1527).

Ces maximes, et une foule d'autres du même genre, qui composent ce qu'on a appelé la politique machiavélique, sont exposées sans passion, comme choses naturelles; en calculant froidement les moyens et le but, en présentant comme idéal César Borgia, Machiavel ne donne pas le mal comme bien, mais comme utile. La tranquillité avec laquelle il pose ses principes prouve qu'il n'y avait rien là qui répugnât à l'opinion courante, et qu'il a retracé simplement ce qui était alors d'une pratique commune, au lieu d'avoir été l'inventeur de l'art qui a reçu de lui son nom : le livre parut avec une autorisation et un privilège du pape Clément VII.
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Un extrait du Prince

« Il faut considérer qu'il n'est entreprise plus malaisée à conduire, plus incertaine quant au succès, ni plus dangereuse que de se mêler de vouloir introduire de nouvelles institutions. Leur introducteur a pour ennemis tous ceux qui tiraient profit des institutions anciennes; et il ne trouve que des défenseurs tièdes dans ceux qui auraient avantage aux nouvelles. Cette tiédeur provient de deux causes la première, c'est qu'ils ont peur de leurs adversaires, auxquels les lois sont favorables, la seconde est l'incrédulité commune à tous les hommes qui n'ont foi dans les choses nouvelles qu'après qu'elles ont fait leurs preuves. De là vient que tous ceux qui sont hostiles aux institutions nouvelles, toutes les fois qu'ils trouvent l'occasion de les attaquer, le font avec partialité, et que les autres les défendent mollement, en sorte qu'il ne fait point bon combattre avec eux.

Aussi, afin de bien raisonner sur ce sujet, faut-il examiner si les innovateurs sont puissants par euxmêmes ou s'ils dépendent d'autrui; c'est-à-dire, si pour conduire leur entreprise, ils en sont réduits à solliciter ou s'ils ont les moyens de contraindre. Dans le premier cas, il leur arrive toujours malheur, et ils ne viennent à bout de rien; mais lorsqu'ils ne dépendent que d'eux-mêmes, et qu'ils sont en état d'exercer la contrainte, alors il est bien rare qu'on les voie succomber. C'est pour cela que tous les prophètes armés triomphèrent, et que les désarmés ont fini malheureusement. Or, outre tout ce que je viens de dire, les peuples sont d'un naturel inconstant, et s'il est aisé de les persuader de quelque chose, il est malaisé de les affermir dans cette persuasion. Il faut donc être en mesure, lorsqu'ils ne croient plus, de les faire croire par force ». (Prince, VI).

On a cru que Machiavel avait écrit ironiquement, pour faire haïr aux peuples l'autorité d'un seul, ou pour que les Médicis en vinssent par leurs excès à convertir la patience des Florentins en fureur : une lettre adressée en 1513 à l'un de ses amis, François Vettori, prouve au contraire que l'indigence le poussait à se charger de l'emploi de pervertir les princes pour arriver à leur plaire. D'ailleurs, il est impossible d'apercevoir l'intention satirique dans le traité du Prince; le sang-froid de la leçon en redouble l'atrocité. (B.).



En bibliothèque-L'Anti-Machiavel de Frédéric Il, et le livre de M. de Bouillé, Commentaires politiques et historiques sur le Traité du prince de Machiavel, et sur l'Anti-Machiaviel de Frédéric II, Paris, 1827, in-8°.
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