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Le Prince,
ouvrage de peu d'étendue, écrit en 1514, par Machiavel,
pour l'adresser à Julien de Médicis,
l'un des fils de Laurent le Magnifique, et frère de Pierre Il. L'auteur
discute ce que c'est que la principauté, combien il y en a d'espèces,
comment elles s'acquièrent, comment elles se maintiennent, et pourquoi
elles se perdent: Le but du gouvernement, selon Machiavel, est de durer,
et cela n'est possible qu'à l'aide de rigueurs, "attendu que
les hommes sont généralement ingrats, faux, turbulents; d'où
il suit qu'il faut les contenir par la peur du châtiment." Les
cruautés sont nécessaires dans un gouvernement nouveau; et
il faut plutôt se faire craindre que se faire aimer, quand on ne
peut obtenir l'un et l'autre. Le prince doit avoir sans cesse à
la bouche les mots de justice, de loyauté, de clémence, de
religion, mais ne pas s'inquiéter de leur donner un démenti
toutes les fois que son intérêt l'exige. Quant à savoir
si ce qui est bien doit être préféré à
ce qui est mal, c'est une question qu'il faut laisser débattre à
des moines.
Ces maximes, et une foule d'autres du même
genre, qui composent ce qu'on a appelé la politique machiavélique,
sont exposées sans passion, comme choses naturelles; en calculant
froidement les moyens et le but, en présentant comme idéal
César Borgia, Machiavel ne donne pas
le mal comme bien, mais comme utile. La tranquillité avec laquelle
il pose ses principes prouve qu'il n'y avait rien là qui répugnât
à l'opinion courante, et qu'il a retracé simplement ce qui
était alors d'une pratique commune, au lieu d'avoir été
l'inventeur de l'art qui a reçu de lui son nom : le livre parut
avec une autorisation et un privilège du pape Clément
VII. On a cru que Machiavel avait écrit ironiquement, pour faire
haïr aux peuples l'autorité d'un seul, ou pour que les Médicis
en vinssent par leurs excès à convertir la patience des Florentins
en fureur : une lettre adressée en 1513 à l'un de ses amis,
François Vettori, prouve au contraire que l'indigence le poussait
à se charger de l'emploi de pervertir les princes pour arriver à
leur plaire. D'ailleurs, il est impossible d'apercevoir l'intention satirique
dans le traité du Prince; le sang-froid de la leçon
en redouble l'atrocité. (B.).
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En
bibliothèque- L'Anti-Machiavel
de Frédéric Il, et le livre de M. de Bouillé,
Commentaires
politiques et historiques sur le Traité du prince de Machiavel,
et sur l'Anti-Machiaviel de Frédéric II, Paris, 1827,
in-8°. |
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