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Le Paradis perdu,
poème épique anglais, en douze chants et en vers blancs,
composé par Milton. Le sujet est la déchéance
du premier homme. Satan ,
chassé du ciel ,
précipité dans les enfers
avec les Anges
compagnons de sa révolte, se réveille au milieu du lac de
feu. Dans un conseil des légions rebelles, il rappelle qu'un ancien
oracle annonçait la naissance d'un monde nouveau. Un Pandémonium*
ou palais de Satan est construit, où l'on délibère
: il y a partage sur la question d'une autre bataille contre le Ciel; mais
la proposition de Satan d'aller à la recherche de ce monde annoncé,
de le détruire ou de le corrompre, est acceptée. II part,
rencontre la Mort
et le Péché, se fait ouvrir les portes de l'abîme,
et traverse le Chaos ,
qui lui indique la route vers le lieu qu'il cherche. Dieu
voit Satan, et prédit la faute et la Rédemption de l'homme
à son Fils qui s'offre comme victime expiatoire. Satan découvre
la création, et passe dans l'orbe
du Soleil ,
où Uriel lui désigne l'endroit habité par l'homme.
Arrivé sur la Terre ,
il voit nos premiers parents dans l'Eden
et est touché de leur beauté et de leur innocence; on épiant
leurs discours, il connaît la défense concernant le fruit
de l'arbre de la science. Cependant Uriel avertit Gabriel, chargé
de la garde de l'Éden, que Satan y a pénétré;
deux Anges sont envoyés, qui surprennent Satan occupé à
tenter Eve
dans un songe; ils veulent l'amener à Gabriel, mais il disparaît.
Dieu envoie Raphaël pour maintenir nos premiers parents dans l'obéissance;
le messager raconte à Adam
la révolte des mauvais Anges, fruit de la jalousie qu'ils ont conçue
de l'annonce faite par le Père qu'il avait engendré son Fils
et lui remettait tout pouvoir; il décrit les combats livrés
dans le ciel entre Satan et les anges Gabriel et Michel, jusqu'à
ce que Dieu envoie son Fils, qui précipite ses adversaires dans
l'abîme. A la prière d'Adam, Raphaël lui retrace l'oeuvre
de la Création, lui en indique le but, et lui annonce l'envoi du
Fils pour l'accomplir.
Adam lui fait à son tour l'histoire
de sa propre création et de celle de sa compagne. Raphaël retourne
au ciel. Eve se laisse séduire par le serpent, et goûte au
fruit défendu; Adam lui en adresse des reproches, puis imite sa
faute afin de mourir avec elle. Les Anges chargés de la garde du
Paradis remontent au ciel pour justifier leur vigilance. Le Fils de Dieu
prononce le jugement des coupables; Ie Péché et la Mort se
rendent sur la terre. Satan raconte à ses compagnons, dans le Pandémonium,
le succès de sa ruse. Adam pleure amèrement, Ève le
console, et tous les deux forment le projet d'apaiser la divinité.
Le Fils intercède pour eux; Dieu se laisse fléchir, mais
à la condition qu'ils seront chassés du Paradis ,
sentence que l'archange Michel leur signifie; dans une vision, Adam découvre
tout ce qui doit arriver jusqu'au Déluge .
Un récit du même Ange expose les suites de la faute d'Adam
et les événements qui s'accompliront jusqu'à l'incarnation
du Fils, dont la mort doit racheter tous les hommes. Adam et Ève
sont expulsés du Paradis, dont des légions de Chérubins
gardent les avenues.
Milton conçut ce sujet en 1665;
il eut d'abord l'idée de le traiter dans une tragédie : ses
manuscrits, déposés au collège de la Trinité,
donnent le nom des personnages et la distribution de la pièce, en
cinq actes, avec un choeur, et une foule de personnages muets et allégoriques.
Disgracié comme républicain lors de la Restauration des Stuarts
en 1660, il se retira à Bunhill-Row, où, quoique aveugle,
il s'occupa activement de son Paradis perdu, sa femme et ses filles
écrivaient sous sa dictée. Le poème, qui lui fut payé
10 liv. sterl., parut en 1667, et n'eut point d'abord de succès
: le patronage du comte de Dorset, une édition
in-folio que lord Sommers fit paraître en 1688, des articles d'Addison
dans le Spectateur au commencement du XVIIIe
siècle, assurèrent enfin la fortune de l'oeuvre.
Ici le merveilleux est le sujet, et non
la machine du poème; Milton a donné un démenti à
Boileau,
qui trouvait que les mystères du christianisme étaient impropres
au merveilleux épique. Pour la première fois aussi, une épopée
finit par le malheur du principal personnage, sans que l'oeuvre soit moins
belle. Parmi les plus beaux passages, on peut citer ceux où Satan
apostrophe le Soleil (ch. IV), où Adam s'éveille à
la vie, où Ève lui est donnée pour compagne (ch. VII),
où ils mangent le fruit défendu (ch. IX), où ils s'endorment
après leur faute (ch. XI), où ils sont visités par
le Fils et implorent la miséricorde de Dieu (ch. X): Les caractères
sont admirables : Adam est simple et sublime; rien de plus auguste que
cette étude du coeur de l'homme à sa naissance. dont le premier
sentiment est de chanter l'Être suprême, et le premier besoin
de s'adresser à lui. Ève a une séduction inexprimable;
elle respire à la fois l'innocence et le plaisir. Dieu le Père
est obscurément tracé : il semble que le poète ait
craint de lui prêter une parole mortelle, tant il a soin de ne mettre
dans sa bouche que des discours consacrés par le texte des livres
saints. Le caractère du Fils est une oeuvre parfaite : il y a en
lui un mélange de l'homme et de Dieu; sa tendresse ineffable ne
se dément jamais; quand il prononce l'arrêt rendu par son
père, c'est sans reproches et avec douceur; il sert d'intercesseur
pour présenter à son Père les prières des coupables.
Parmi les Anges, Raphaël est l'ange ami de l'homme; Michel, chef des
milices du ciel, a la forme humaine et l'habillement d'un guerrier, comme
il est représenté dans les tableaux des grands peintres.
Satan est une création incomparable; ses monologues le peignent
en traits ineffaçables. Les personnages allégoriques, la
Mort et le Péché, sont devenus deux êtres réels
et formidables.
Outre les beautés du fond, il y
a dans le Paradis perdu une foule de beautés de détail,
qui tiennent au mérite de l'expression; Milton y est souvent créateur,
ou devient original en s'appropriant les richesses dos Anciens, de l'Écriture
sainte et des Pères de l'Église. Toutefois, Milton offre
des obscurités grammaticales sans nombre; il traite sa langue en
tyran, sans respect pour les règles. II abuse de l'ellipse et des
changements de construction; il forge une foule de mots; il est rempli
d'hébraïsmes, d'hellénismes et de latinismes; il affecte
l'emploi des vieux mots, et prolonge les périodes outre mesure.
Les Anglais eux-mêmes ne sont pas toujours d'accord sur le texte
et sur le sens, comme le prouvent leurs commentaires. La cécité
du poète a dû nuire à la correction de son oeuvre?
le premier jet de ses vers, transcrits la nuit par sa famille, quand parlait
l'inspiration, est resté à peu près tel qu'il est
sorti de son esprit; de là ces phrases inachevées, ces sens
incomplets, ces verbes sans régime, ces noms et ces pronoms relatifs
multipliés, qu'on trouve dans tout l'ouvrage.
Le sujet adopté par Milton n'était
pas nouveau : dès les premiers temps du christianisme, la création
du monde, le Paradis terrestre, la chute d'Adam et d'Ève, furent
célébrés par les poètes. Au Ve
siècle, Dracontius écrivit un
Hexaméron,
ou Oeuvre des six jours, en vers latins. Au VIe, St
Avit, évêque de Vienne en Dauphiné, composa en
latin des petits poèmes détachés sur la Création,
le Péché originel, le Jugement de Dieu ou l'Expulsion
du Paradis; Caedmon, moine saxon, donna dans
sa langue nationale un grand poème sur la création, resté
dans l'oubli jusqu'en 1655, où Junius le fit imprimer à Amsterdam.
Un Mystère français, la Conception, offre des
situations analogues à celles du
Paradis perdu. Folengo
(Merlin Coccaïe) publia en 1533 un poème sur l'Humanité
du Christ. En 1590, Erasme de Valvasone fit paraître à
Venise
l'Angéléide, épopée en trois chants
sur le combat des bons et des mauvais Anges, et où figure la malheureuse
idée, reproduite par Milton, de l'emploi de l'artillerie dans la
bataille céleste. Le poème latin de Zarotti, le Combat
des Anges (Venise, 1642), et les drames de Lucifer et d'Adam
par Vondel (1654), ont encore traité des
sujets voisins de celui de Milton, qui a pu y
puiser des idées, sans les copier servilement. Lui-même enfin,
dans un voyage en Italie en 1638 assista à une représentation
de l'Adam d'Andréini, mystère en cinq actes et en
vers libres, mêlé de choeurs et de chants, où les principaux
interlocuteurs sont à peu près tous ceux du Paradis perdu,
et où se trouve un monologue de Lucifer
à la vue du jour, qui rappelle l'apostrophe de Satan au Soleil.
On pourrait encore ajouter à cette liste l'Enfer de Dante,
la Jérusalem délivrée du Tasse,
la Semaine de du Bartas, paraphrase des
récits de la création, la Christiade de Vida en vers
latins. Mais la gloire de Milton ne doit point
en souffrir. (F. B.).
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Anciennes
éditions - Le Paradis perdu
a été traduit en vers français par Leroy, curé
de Sy-Herbland, de Rouen, au XVIIIe siècle, et par Delille,
en 1805; en prose, par Dupré de Saint- Maur en 1729, Louis Racine
en 1755, Salgues, Chateaubriand en 1837.
En
bibliothèque - V. dans le
Spectateur, dix-huit articles d'Addison; Observations sur la Sarcothée,
en tête de la réimpression de la Sarcotis, poème
latin de Jacques Masen, que le critique G. Lauder prétendait avoir
été pillé par Milton, Paris, 1771; Voltaire, Essai
sur la poésie épique, article Milton; Blair,
Cours de Rhétorique et de Belles-Lettres, t. III; Villemain,
Essai historique sur Milton; Chateaubriand, Génie du christianisme,
2e partie, chap. III, Paradis perdu, et Essai sur la littérature
anglaise, en tête de sa traduction; Delille, Remarques,
à la suite de sa traduction; Sainte-Beuve, Points de contact
entre Milton et Jansénius, dans son Port-Royal, t. III. |
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