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Les
textes
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| Numance.
- La Numancia est une tragédie écrite par Cervantès.
Il s'afit de l'histoire de ce petit peuple qui mourut de faim plutôt
que de se rendre aux Romains. Il y a dans le sacrifice héroïque,
dans le suicide sublima de cette nation, une situation vraiment dramatique,
émouvante au plus haut point. La pièce est en quatre jornadas
et, comme los Tratos de Argel du même auteur, en mètres
variés.
Dans la première
jornada, on voit les chefs romains reconnaître l'impossibilité
de prendre Numance Dans la deuxième
jornada, les chefs de la ville tiennent conseil et prennent les résolutions
les plus héroïques; ils mourront les armes à la main.
Un jeune soldat, Morandro, entretient un de ses camarades de son amour
pour Lira; il vient d'obtenir sa main, mais la guerre rend sombre leur
avenir. Tous deux vont au grand sacrifice que le peuple veut offrir à
Jupiter Dans la troisième journée, un chef munantin du haut des murailles propose à Scipion que la question de la reddition de la place ou de la retraite des Romains soit vidée en combat singulier par un champion numantin et un romain; Scipion répond par des railleries et les Numantins exaspérés se promettent de franchir le cercle des ennemis ou de mourir et combattant. Morandro, l'amoureux, fait de même et dit que sa femme l'accompagnera dans la mort comme dans la vie. Plusieurs femmes des Numantins, avec leurs enfants sur les bras, et la jeune Lira avec elles, apparaissent; sur divers tons, toutes disent qu'elles veulent prendre part à la sortie avec leurs maris : elles sont capables de mourir, mais elles ne veulent point être déshonorées pur les Romains! Un des chefs leur répond que puisqu'elles ont découvert le projet de sortie et qu'il est impraticable, on ne les abandonnera pas; on mangera d'abord le prisonniers romains dans un dernier festin, puis un bûcher élevé sur la place consumera les hommes, les femmes, les enfants et les richesses de Numance, pour que l'ennemi ne trouve que des ruines. Suit un émouvant dialogue entre Morandro et Lira; la jeune femme a vu mourir de faim sa mère et son frère; elle-même se meurt, mais cherche à cacher sa souffrance; elle vent empêcher de sortir Morandro, qui se propose de se jeter sur un soldat romain et de lui ravir un pain pour le rapporter à sa bien-aimée. Un jeune homme qui les a entendus, Leoncio, aidera Morandro à accomplir son dangereux exploit. Suivent deux scènes qui ne sont pas moins belles : dans l'une, des Numantins apprêtent le bûcher; dans l'autre, une mère cherche à consoler son enfant qui meurt de faim. Dans la quatrième jornada, nous voyons le camp romain tout en émoi; Scipion et Jugurtha apprennent que deux hommes se sont jetés sur une troupe de leurs soldats, pour ravir un pain; l'un d'eux est mort, percé de mille coups; l'autre, tout sanglant, retourne vers la ville. C'est Morandro; il cherche Leoncio, son ami fidèle et le voit mort : trébuchant, il se hâte vers Lira, lui donne le pain, lui dit une dernière parole d'amour et tombe mort à ses pieds. Lamentations de Lira : elle ne touchera pas ce pain qui a coûté si cher; son jeune frère qui la cherche n'a que le temps de lui raconter la mort de ses parents; il meurt de faim à son tour. Un soldat vient, qui a ordre de tuer les femmes, pour qu'elles ne soient pas prises vivantes; Lira lui demande de la frapper, mais il ne peut s'y résoudre; il lui décrit, dans un récit merveilleux, l'état de la ville, pleins de cadavres et de sang. Un Numantin, deux petits enfants, sa femme et sa fille s'embrassent une dernière fois et vont se jeter dans le bûcher. Du camp romain, on voit les flammes qui montent et plus personne pour défendre les remparts; Scipion, Marius, Jugurtha accourent; les deux derniers montent sur la muraille au moyen d'échelles; ils ne voient que les restes de l'incendie, des cadavres, du sang; pas une voix, plus même une plainte. Cependant sur la tour est vivant encore un enfant, Viriate, qui a les clefs; il nargue les Romains, puis se jetant du haut de la tour, se tue pour ne pas survivre à Numance. La Renommée apparaît alors elle promet que le monde entier connaîtra l'heroïsme des Numantins et la bravoure des Espagnols leurs successeurs. Nous avons cru devoir
donner cette analyse un peu longue, parce que la Numancia est peu
lue en France et que les opinions des critiques à son sujet sont
tout à fait opposées. A. Wilhelm Schlegel
disait que la Numancia était non seulement un des plus notables
efforts de l'ancien théâtre espagnol, mais un des tableaux
les plus frappants et les plus pittoresques de la poésie moderne.
Prosper
Mérimée juge au contraire que ce n'est qu'une amplification
très ampoulée de ce que nous disent Appien
et Plutarque. Il me semble qu'on ne peut accepter
cette opinion d'un critique un peu trop raffiné, pas plus qu'on
ne peut admettre sans quelque réserve celle du hardi Schlegel on
reconnaît bien facilement qu'il y a dans la Numancia peu d'art
de la composition et assez souvent de l'enflure, mais on ne peut s'empêcher
de trouver bien dramatique et sublime ce tableau d'une population mourant
tout entière plutôt que de se rendre, bien dramatiques aussi
et bien touchantes ces scènes d'amour maternel et conjugal en face
de la mort. Par-dessus tout, Cervantes y voyait une grande leçon
de patriotisme; il voulait, il faut le répéter pour donner
une idée de ce singulier théâtre, il voulait en faire
un moyen d'élever les courages. L'intention
morale
est si bien dans son esprit qu'il met en scène toute sorte de personnages
allégoriques, l'Espagne, le Douro, la Renommée, comme dans
les Tratos d'Argel l'Occasion et la Nécessité |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.