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Le Miroir de Saxe (Sachsenspiegel)

Miroir de Saxe, en allemand Sachsenspiegel est un recueil de droit saxon du XIIIe siècle, qui occupe sans contredit la première place, tant au point de vue de l'ancienneté que da mérite, parmi les ouvrages juridiques allemands du Moyen âge. En plus de divers prologues, dont l'un est rimé, ce recueil comprend deux parties; la première est consacrée à l'exposé du droit provincial (Landrechtsbuch), la seconde à celui du droit féodal (Lehnrechtsbuch). 

Le Landrechtsbuch a été composé dans la partie orientale de la Saxe, exactement dans la partie Sud du comté de Billingshohe, par un juge-échevin du pays, Eike de Repgau ou Repkow, aussi connu sous le nom de Ekkard de Repkow  (nombreuses variantes). La date de sa composition se place entre 1215 et 1235, plus probablement entre 1224 et 1232. Le livre semnle bien avoir été d'abord écrit en latin : mais ce texte ne nous est pas parvenu. Sur la demande du comte Hoyer de Falkenstem, le livre aurait ensuite été traduit en allemand (dialecte bas-saxon) par l'auteur même, lequel ravisa encore une fois son oeuvre avant 1242.

Quant au Lehnrechtsbuch, cette partie est postérieure à la précédente, et se présente comme son complément : le droit provincial étant le droit commun, et le droit féodal la règle exceptionnelle. Une étroite parenté unit ces deux parties du Sachsenspiegel, surtout dans les plus anciens manuscrits. Tout le monde est d'accord pour les attribuer au même auteur. Ce Lehnrechtsbuch n'est que la traduction libre et augmentée d'un traité latin versifié, qui nous est parvenu sous la nom d'Auctor vetus de beneficiis. Les uns y voient la première rédaction latine du livre; les autres, une oeuvre du début du XIIIe siècle utilisée par Eike.

Sauf ce point douteux, Eike ne paraît pas avoir eu d'autre modèle que le livre des Origines d'Isidore de Séville, si répandu au Moyen âge. Il ne connaît, en particulier, le droit romain que par ouï-dire. Son oeuvre a donc un caractère profondément original. Le plan en était vaste. En lui donnant le nom de Miroir de Saxe, l'auteur indiquait son intention d'exposer le droit commun de ce pays tout entier. Aussi ne donne-t-il que de rares indications sur les usages locaux. Mais il ne faut pas s'y tromper : le droit qui nous est décrit est celui de la Saxe orientale, abstraction faite des particularités multiples qui en distinguaient le droit de la Saxe occidentale. Il y a plus la personnalité de l'auteur se manifeste à maint endroit, tantôt par le maintien d'une règle vieillie de son temps, tantôt par quelques innovations hardies. 

De nombreux travaux critiques, entrepris à partir des années 1880 sur le Sachsenspiegel, ont révélé Eike comme un remarquable constructeur de théories. Parmi celles qui lui appartiennent en propre, citons : en matière d'état des personnes, la création de la classe des « susceptibles d'être échevins » (Schöffenbarfreien); en matière de droit public, la théorie des élections à l'empire et celle de la juridiction du comte palatin et des princes sur la personne du roi. 

La fortune de ces conceptions a été diverse. Le Sachsenspiegel ne doit donc pas être consulté sans quelque critique. Mais, sous le bénéfice de ces réserves, il demeure une oeuvre de premier ordre, bien supérieure aux recueils du même siècle, qu'il a d'ailleurs inspirés.

Sa vogue a été immense ; elle a pu créer, chez quelques historiens modernes, l'illusion d'un droit commun allemand antérieur au XIIIe siècle. Dès le XIIIe siècle, nous voyons l'ouvrage traduit en haut allemand et en latin. Au XIVe siècle, il fait loi dans toute l'Allemagne du Nord, où on donne le Landrechtsbuch comme une loi concédée aux Saxons par Charlemagne, et le Lehnrechtsbuch comme un édit émané de Frédéric Ier

De l'Allemagne du Nord, le Sachsenspiegel se répand jusque dans les pays slaves, pour lesquels on en fait deux traductions en latin et une en polonais. Il est non seulement traduit, mais encore glosé : le Landrechtsbuch d'abord, en bas allemand; le Lehnrechtsbuch plus tard, en haut saxon. La glose du Landrechtsbuch par Jean de Buch a une importance particulière : elle essaie de mettre l'ouvrage en harmonie avec les principes romains et canoniques. C'est d'elle que date la subdivision, conservée de nos jours, de cette première partie du Sachsenspiegel en trois livres. Jusque-là on ne s'était servi que de la division en paragraphes, qui est commune aux deux parties. D'autres commentaires du Sachsenspiegel ont encore été faits au XVe siècle. En 1374, une bulle du pape Grégoire XI avait condamné quatorze articles du Sachsenspiegel relatifs à la question du pouvoir temporel : ces paragraphes ont disparu de plusieurs manuscrits ultérieurs à cette date.

Dans l'Allemagne du Sud, le Sachsenspiegel, sans avoir force de loi, exerça une influence considérable. De lui sont inspirés, en grande partie, les deux principaux recueils de l'époque : le Deutschenspiegel et le Schwabenspiegel. (A. Lefas).

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