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Les Messéniennes, de Casimir Delavigne

Les Messeniennes est un recueil de poésies de Casimir Delavigne (1818-1827). Ce sont des élégies, inspirées soit par les deuils de 1815, soit par les malheurs de la Grèce, livrée aux Turcs, et sur laquelle toute l'Europe portait alors ses regards. Le titre de Messéniennes est une réminiscence classique, l'oppression des Messéniens par les Spartiates et l'ardent patriotisme de ces populations asservies ayant attire tous les regards dans l'Antiquité. Ce n'était pas une bonne idée d'appliquer un nom étranger à une chose toute française; aussi l'expression n'a été adoptée par personne pour des ouvrages de ce genre.

Ce recueil produisit une assez vive impression; elle s'est bien affaiblie depuis que de véritables poètes ont traité les mêmes sujets. Le motif patriotique a dicté les principales pièces : Waterloo, la Dévastation du musée, Parthénope et l'Etrangère, Jeanne Darc

La poésie est généralement factice. C. Delavigne se tourmente à froid et croit donner du mouvement à ses vers à l'aide d'interrogations, d'interjections et d'exclamations. Il se demande à chaque instant quels sont ces guerriers? pour qui ces torches? d'où vient ce bruit lugubre? Il devait le savoir, puisque c'est lui qui imagine tout cet appareil; aussi ne se le demande-t-il que pour avoir le plaisir de répondre. Cela sent trop la poésie scolaire et le vers latin de rhétorique. Cependant il ne faut pas être trop sévère.

« Je confesse volontiers, dit H. Rigault, les défauts des Messéniennes; c'est un mélange un peu confus de l'inspiration libérale et des souvenirs scolaires. La couleur vraie est absente quelquefois, et j'admets volontiers que le matelot d'Hydra et le Klephte de Souli se seraient reconnus difficilement dans l'élégance classique du poème du Jeune diacre, Mais ce n'est pas seulement avec le goût qu'il faut juger les Messéniennes. Oubliez un instant votre sévérité de bel esprit; ne jugez pas le style, écoutez les pensées; allez au delà des pensées et considérez l'action. Replacez-vous dans le temps où le poète chantait. Au lieu d'examiner sérieusement tous les mots qui tombent de ses lèvres et de les peser dans vos balances, mettez la main sur son coeur : ce qui s'en échappe, c'est le cri d'un honnête homme, c'est la douleur d'un bon citoyen. Son originalité vraie, dans les Messéniennes, c'est la vivacité d'un sentiment sincère, c'est la candeur de l'inspiration. Dans le style, on peut noter à chaque instant l'imitation des formes classiques et les réminiscences de l'Antiquité. Même aux jours les plus ardents de sa jeunesse et dans l'épanouissement de son imagination, il ne rêve aucun changement dans la tradition; il ne soupçonne rien au delà des règles établies."
 Aussi, toutes les fois que le chantre des Messéniennes se rencontre avec Lamartine au sujet de Byron et de Napoléon, avec Victor Hugo au sujet des Grecs révoltés, son infériorité est notoire; son petit travail d'ajusteur en marqueterie paraît mésquin à côté des larges et puissantes inspirations de ses rivaux. Ses meilleurs vers ne sont que des vers bien faits. Les Dernières Messéniennes, ajoutées en 1827 au recueil primitif, me valent même pas les premières : les Funérailles du général Foy, le Besoin de s'unir, le Vaisseau n'ont de valeur, dans l'histoire littéraire, que parce qu'elles marquent le courant des idées libérales. (PL).
« Solennisant, dit Sainte-Beuve, les événements contemporains avec les réminiscences de son ancienne manière, étouffant la pensée principale sous des hors-d'oeuvre classiques, il semble n'avoir plus considéré ses sujets que comme des canevas donnés, des thèmes à la mode, dans lesquels il a inséré de beaux, de très-beaux vers assurément, mais des vers sans à-propos, sans liaison, sans conception profonde. »
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