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Madame Bovary, de G. Flaubert

Madame Bovary est un roman, par Gustave Flaubert (1857). - Unie à un médecin de petite ville, commun, médiocre et gauche, Emma Bovary, nature plus fine, se dégoûte vite de l'existence vulgaire et terne que son mari lui fait. Elle a des goûts d'élégance, de distinction, des aspirations sentimentales. Peu à peu, elle s'abandonne aux besoins de son coeur, de son tempérament. Séduite d'abord par un gentillâtre du voisinage, elle devient ensuite la maîtresse d'un clerc de notaire, ruine son intérieur et finit par se suicider..

Madame Bovary passa d'abord pour une oeuvre immorale, et fut poursuivie comme telle. Flaubert faisait valoir, qu'au contraire, elle est en son fond, d'une très forte moralité, car nous y voyons comment une âme nativement honnête peut être pervertie par les imaginations romanesques, par la prédominance de la sensibilité sur la raison. Madame Bovary demeure unique entre les oeuvres de l'auteur. Elle est d'abord la plus belle en soi, la plus classique au sens large du mot; mais, ensuite, elle est la plus significative et la plus complète, celle où le romantisme et le naturalisme se sont le mieux combinés et fondus pour unir l'idéal au réel, la sympathie humaine au respect de l'art. - C'est dans Madame Bovary que Flaubert a tracé le portrait du pharmacien «-Monsieur Homais ». (NLI).
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Le comice agricole

« Un coup de vent qui arriva par les fenêtres fronça le tapis de la table, et, sur la Place, en bas, tous les grands bonnets des paysannes se soulevèrent, comme des ailes de papillons blancs qui s'agitent.

« Catherine-Nicaise-Élisabeth Leroux, de Sassetot-la-Guerrière, pour cinquante-quatre ans de services dans la même ferme, une médaille d'argent - du prix de vingt-cinq francs!

- Où est-elle, Catherine Leroux ? » répéta le conseiller.

Elle ne, se présentait pas, et l'on entendait des voix qui chuchotaient :

« Vas-y !

- Non.

- A gauche!

- N'aie pas peur!

- Ah! qu'elle est bête!

- Enfin y est-elle? s'écria Tuvache.

- Oui!... la voilà!

- Qu'elle approche donc ! »

Alors on vit s'avancer sur l'estrade une petite vieille femme de maintien craintif, et qui paraissait se ratatiner dans ses pauvres vêtements. Elle avait aux pieds de grosses galoches de bois, et, le long des hanches, un grand tablier bleu. Son visage maigre, entouré d'un béguin sans bordure, était plus plissé de rides qu'une pomme de reinette flétrie, et des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains, à articulations noueuses. La poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les avaient si bien encroûtées, éraillées, durcies, qu'elles semblaient sales, quoiqu'elles fussent rincées d'eau claire; et, à force d'avoir servi, elles restaient entrouvertes, comme pour présenter d'elles-mêmes l'humble témoignage de tant de souffrances subies. Quelque chose d'une rigidité monacale relevait l'expression de sa figure. Rien de triste ou d'attendri n'amollissait ce regard pâle. Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris leur mutisme et leur placidité. C'était la première fois qu'elle se voyait au milieu d'une compagnie si nombreuse; et, intérieurement effarouchée par les drapeaux, par les tambours, par les messieurs en habit noir et par la croix d'honneur du conseiller, elle demeurait tout immobile, ne sachant s'il fallait s'avancer ou s'enfuir, ni pourquoi la foule la poussait et pourquoi les examinateurs lui souriaient. Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servitude.

« Approchez, vénérable Catherine-Nicaise-Élisabeth Lerouxl » dit Monsieur le conseiller, qui avait pris des mains du président la liste des lauréats.

Et tour à tour examinant la feuille de papier, puis la vieille femme, il répétait d'un ton paternel :

« Approchez, approchez!

- Êtes-vous sourde ? » dit Tuvache en bondissant sur son fauteuil.

Et il se mit à lui crier dans l'oreille :

« Cinquante-quatre ans de service! Une médaille d'argent! Vingt-cinq francs! C'est pour vous. »

Puis, quand elle eut sa médaille, elle la considéra. Alors un sourire de béatitude se répandit sur sa figure, et on l'entendit qui marmottait en s'en allant :

« Je la donnerai au curé de chez nous, pour qu'il me dise des messes.

- Quel fanatisme! » exclama le pharmacien en se penchant vers le notaire.

La séance était finie; la foule se dispersa; et maintenant que les discours étaient lus, chacun reprenait son rang et tout rentrait dans la coutume : les maîtres rudoyaient les domestiques, et ceux-ci frappaient les animaux, triomphateurs indolents qui s'en retournaient à l'étable, une couronne verte entre les cornes. »
 

(G. Flaubert, Madame Bovary).

Résumé de Madame Bovary.
Charles Bovary, après avoir obtenu, non. sans peine, le grade d'ofrficier de santé, est venu avec sa femme, beaucoup plus âgée que lui, s'établir dans le petit village de Tostes, près de Dieppe. Une nuit, on le mande en toute hâte, pour aller, à six lieues de là, donner ses soins au père Rouault, le propriétaire de la ferme des Bertaux; à son arrivée, il est reçu par Emma, la fille du fermier, qui a bien plutôt l'air d'une demoiselle que d'une paysanne; et c'est à partir de cette nuit-là seulement que Charles s'aperçoit du peu de bonheur que lui procure son ménage. Il retourne chaque jour à la ferme, trouve que son malade revient trop vite à la santé, et imagine mille moyens pour continuer d'aller le voir après la guérison. Tant et si bien enfin qu'il devient amoureux d'Emma. Quelque temps après, sa femme meurt et la fille du père Rouault devient Mme Bovary. Emma avait été élevée au couvent, et, dès l'âge de quinze ans, nous dit son l'auteur, elle s'était « graissé les mains à la poussière de tous les cabinets de lecture ».  Aussi, pendant longtemps, n'avait-elle rêvé que manoirs et tourelles, pages et châtelains, escalades de balcons, enlèvements nocturnes, promenades en gondole, et tout ce que l'imagination peut concevoir de plus sentimental et de plus romanesque. Puis sa mère était morte, et son père l'avait rappelée à la ferme pour y remplacer la chère défunte. C'était tomber trop vite de son empyrée dans les plates réalités de l'existence, et le contraste du prosaïsme dans lequel elle se trouvait jetée tout à coup, avec les poétiques aspirations dont elle se sentait dévorée, la fit tourner ses regards avec plus d'ardeur que jamais vers le ciel radieux de son idéal. 

« Elle se laissa glisser dans les méandres lamartiniens, écouta les harpes sur les lacs, tous les chants de cygnes mourants, toutes les chutes de feuilles, les vierges pures qui montent au ciel, et la voix de l'Eternel discourant dans les vallons ». 
Enfin, lasse d'attendre, sans trop savoir quoi elle-même, peut-être le prince Charmant qui devait lui ouvrir les portes d'or de sa destinée, Emma s'était résignée; elle avait pris son parti d'être une femme incomprise et désillusionnée. C'est alors que Charles Bovary était venu aux Bertaux, et, soit par dépit contre le sort, soit que, par un suprême effort de son imagination, elle se fût persuadée voir en lui l'homme de ses rêves, elle l'avait accepté pour époux. Elle s'en repentit bientôt.

Charles Bovary porte de gros souliers pour aller visiter ses malades; ses cheveux sont vierges de pommade; il s'habille à la mode de son grand-père, crache sur les parquets, mange gloutonnement en revenant le soir de ses excursions, passe sa langue sur ses lèvres, et son doigt sur ses dents; puis, quand le dîner est fini, il s'enfonce dans un fauteuil et dort. Quel idéal pour Emma! quelle poésie! Un jour elle reçoit du marquis d'Andervillers, son voisin de campagne que Bovary avait
soigné, une invitation campagne un grand bal. Enfin! elle verra donc une fois dans sa vie le grand monde! Ses lèvres frémissent à la seule idée de boire à la coupe de cet idéal après lequel elle a tant aspiré. Mais la malheureuse se grise sans y songer, et, de retour dans son village, elle s'aperçoit que ses poumons ne sont pas faits pour l'atmosphère que son mariage avec un médecin de campagne la condamne à respirer.

« Son voyage à la Vaubyessard avait fait un trou dans sa vie, à la manière de ces grandes crevasses qu'un orage, en une seule nuit, creuse quelquefois dans les montagnes. »
Ce qui ne peut surtout la quitter, c'est le souvenir de la valse délirante qu'elle a dansée avec le vicomte Rodolphe, pendant que son mari dormait à demi le dos appuyé contre une porte. Mais un incident vient la détourner un moment de ses pensées. Bovary décide qu'il quittera Tostes pour aller s'établir dans un autre petit village de Normandie. On s'y installe en effet, et c'est là que le drame commence, terrible, poignant, implacable. Emma fait connaissance d'un petit clerc de notaire Léon Dupuis, qui, aussi sottement épris qu'elle-même de romantisme, et soupirant comme elle après la fleur bleue de l'idéal, ne tarde pas à l'aimer, mais sans oser le lui dire. Madame Bovary, de son côté, éprouve en elle tous les élans de cette passion qu'elle désire tant ressentir, mais elle n'est pas encore prête à faire les premières avances. Elle lutte même contre son propre coeur; elle s'approche curieusement de l'abîme, mais se retient aux branches pour ne pas tomber. Patience! il ne lui manque plus, pour s'y précipiter tête baissée, qu'un peu de courage : elle ne tardera pas à l'acquérir. Léon, cependant, quitte le village; et c'est surtout après son départ, après coup, que l'imagination d'Emma s'exalte et que ses désirs grandissent! Qu'une occasion se présente, et on verra. Dans ces sortes de choses, on le sait, c'est l'occasion qui manque le moins, et Emma la rencontre bientôt dans la personne même du vicomte Rodolphe, son valseur de la Vaubyessard! Cette fois, la chute est profonde, complète, et Madame Bovary se lance à corps perdu dans les ivresses de l'adultère comme elle avait rêvé, lorsqu'elle était su couvent, qu'on planait mollement dans les sphères embaumées de l'amour et de la poésie!

Le pauvre Bovary, lui, ne se doute de rien. Il continue à aimer sa femme de toute la tendresse dont son coeur est capable, et Emma le méprise d'autant plus quelle le compare à son amant. Comment pourrait-elle, d'ailleurs, lui pardonner de la faire habiter dans une espèce de chaumière, meublée à l'antique, sans aucune apparence de goût et de luxe? Parlez-lui du château de Rodolphe, à la bonne heure! C'est là qu'il ferait bon de vivre, entourée de ce que le caprice et la fantaisie ont pu imaginer de plus riche et de plus somptueux. Elle cherche bien à se dédommager un peu en achetant à crédit au juif Lheureux quelques belles étoffes, des tapis, des dentelles et des broderies. Mais un jour il faut payer tout cela; et la femme adultère après avoir volé la confiance de son mari, lui vole son argent. Ce n'est pas tout; vivre plus longtemps côte à côte avec un butor comme Bovary lui semble impossible; elle supplie le vicomte de l'enlever. Pour elle, c'est le second acte indispensable à une intrigue d'amour. N'est-ce pas ainsi que cela se passe, en général, dans les romans qu'elle a lus? Mais son amant part tout seul, jugeant que c'est le seul moyen de se débarrasser d'une femme aussi exigeante. 

La suite se devine : Léon revient dans le pays, et Madame Bovary se console avec lui de la trahison du premier. Alors, ruses de tout genre, mensonges, nouvelles dettes contractées envers Lheureux, nouveaux vols faits à la cassette de son mari, rien ne lui coûte pour assouvir ses appétits sensuels, ses élans passionnés de luxure et d'orgueil. Et Bovary est toujours aussi confiant; il aime tant sa femme, il la croit si supérieure à lui! Mais le jour d'une lourde échéance arrive, et nul moyen d'y faire face. Madame Bovary court trouver Léon et lui demande de l'argent. Il lui faut au moins 3000 francs; Léon ne les a pas, il les cherche et ne peut les trouver : 

« Ah! si j'étais à ta place, lui dit Emma, les yeux pleins d'éclairs, je les trouverais bien moi! - Où donc? - A ton étude, reprend-elle. »
Mais Léon recule devant l'infamie d'une telle proposition, et Mme Bovary l'accuse de lâcheté. On voit le chemin qu'elle a fait depuis le bal de la Vaubyessard. A tout prix, cependant, il lui faut de l'argent. Elle s'adresse au notaire du village. Il consent à donner la somme, mais en échange d'un peu d'amour. Un reste de pudeur monte au front d'Emma, qui repousse, indignée, la honte d'un tel marché. Alors, une idée lui vient. Si elle retrouvait Rodolphe. Elle le trouve, en effet; mais est-ce qu'on paye une femme qu'on a déjà possédée pour rien? Du reste, il n'a pas la somme nécessaire. Enfin, lasse d'outrages et de honte, la malheureuse rentre au village et s'empoisonne en avalant de l'arsenic. (PL).
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Dictionnaire Le monde des textes
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