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Les Voyages
de Gulliver. - Célèbre ouvrage de Swift,
publié en 1726. Il est divisé en quatre parties, dont on
lit principalement les deux premières : ce sont les voyages dans
l'empire de Lilliput et dans le royaume de Brobdingnag. L'auteur disait
dans une lettre qu'il adressait à Pope, un
an avant l'impression de son livre :
"Le
principal but que je me propose dans tous mes travaux est de vexer le monde
plutôt que de le divertir... Voilà la grande base de misanthropie
sur laquelle j'ai élevé tout l'édifice de mes Voyages."
C'est, en effet, la faiblesse, la vanité
de ses semblables que Swift a voulu faire ressortir dans une fiction aussi
ingénieuse que hardie; en conduisant successivement son héros
chez un peuple de pygmées et chez un peuple de géants, il
le place dans des situations et des embarras où la misère
humaine apparaît sous le jour le plus ridicule, et il fait jaillir
de cette combinaison une foule de contrastes inattendus et de comiques
effets.
Le
voyage à Lilliput, a dit Walter Scott,
est une allusion à la cour et à la politique de l'Angleterre;
sir Robert Walpole est peint dans le caractère
du premier ministre Flimnap. Les factions des tories et des whigs sont
désignées par les factions des talons hauts et des talons
plats; les petits boutiens et les gros boutiens sont les papistes et les
protestants. Le prince de Galles, qui traitait également bien les
whigs et les tories, est peint dans le personnage de l'héritier
présomptif, qui porte un talon haut et un talon plat. Bléfuscu
est la France, où Ormond et Bolingbroke
avaient été obligés de se réfugier. Dans le
voyage à Brobdingnag, la satire est d'une application plus générale:
c'est un jugement des actions et des sentiments des hommes porté
par des êtres d'une force immense, et en même temps d'un caractère
froid, réfléchi et philosophique. Les mêmes idées
reviennent nécessairement; mais, comme elles sont renversées
dans le rôle que joue le narrateur, c'est plutôt un développement
qu'une répétition. On ne saurait trop louer l'art infini
avec lequel les actions humaines sont partagées entre ces deux sortes
d'êtres imaginaires pour rendre la satire plus mordante; à
Lilliput, les intrigues et les tracasseries politiques, qui sont les principales
occupations des gens de cour en Europe, transportées dans une cour
de petites créatures de six pouces de haut, deviennent un objet
de ridicule, tandis que la légèreté des femmes et
les folies des courtisans, que l'auteur met sur le compte des personnages
de la cour de Brobdingnag, deviennent monstrueuses et repoussantes chez
une nation d'une stature effrayante.
Les deux dernières parties des Voyages
de Gulliver offrent plus de désordre et de négligence
que les premières; les fictions y sont encore plus hardies, mais
moins heureuses. Toutefois, c'est la même verve satirique.
Dans le Voyage à Laputa,
Swift tourne en ridicule les géomètres, les astronomes, les
philosophes contemplatifs, les amateurs des sciences abstraites, et les
faiseurs de projets. S'il évoque, à propos de l'île
des Magiciens, les ombres de plusieurs personnages illustres de l'Antiquité,
c'est encore pour faire des révélations malignes et des saillies
de scepticisme historique. Chez les Houyhnms,
il pousse le sarcasme jusqu'à la violence, et le dédain des
bienséances jusqu'au cynisme, pour satisfaire sa haine contre la
société et contre l'humanité. En somme, les Voyages
de Gulliver, écrits d'ailleurs avec un naturel parfait, avec
une simplicité de langage inimitable, avec une fécondité
d'imagination qui les fait lire par les enfants comme de véritables
contes
de fées ,
sont pour les adultes une triste et amère ironie.
Les tableaux de Swift découragent
et ne corrigent pas : ce n'est point aux vices et aux travers, mais à
la nature même de l'homme qu'il fait le procès, et l'homme
trouve
en lui un accusateur passionné. Sa philosophie est encore plus chagrine,
plus désolante que celle de La
Rochefoucauld, en qui, disait-il, il reconnaissait son caractère
tout entier; et l'on ne peut s'étonner que Voltaire,
qui le rencontra souvent dans la société de Pope et de Bolingbroke,
ait professé pour lui une grande admiration, car ils avaient tous
deux la même insouciance en morale, le même
mélange de malice et de gaieté, le même art d'exprimer
avec bonhomie les idées les plus fines et les plus piquantes. (B.).
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En
librairie. - De nombreuses éditions
existent, signalons par exemple : Les Voyages de Gulliver, Le seuil,
1994. - Voyages de Gulliver, Gallimard, Folio, 1976.
Et
pour les plus jeunes : Gulliver, voyage à Lilliput
(illust. Julie Faulque), Magnard. - Gulliver
chez les géants - Raconté par Marlène Jobert (1
livre + 1 cassette), Atlas, 2002. - Les Voyages de Gulliver, Hachette,
2000.
Alain
Bony, Discours et vérité dans Les Voyages de Gulliver
de Jonathan Swift, Presses Universitaires de Lyon, 2002. - Carey, Boulaire,
L'Arrière plan des Voyages de Gulliver, Presses universitaires
de Caen, 2002.
- Le Voyage
de Gulliver à Laputa.
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