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La Guirlande
de Julie, recueil de madrigaux ,
que le duc de Montausier fit composer par les beaux esprits du temps, et
dont il composa une partie, en l'honneur de Mlle Julie-Lucine d'Angennes
de Rambouillet
( Catherine
de Rambouillet), dont il était épris depuis 10 ans. C'est
un volume manuscrit sur vélin, de 90 feuillets in-folio; 29 contiennent
chacun une fleur peinte en miniature, et les autres un ou plusieurs madrigaux,
au nombre total de 62, se rapportant à chaque fleur. Après
trois feuillets de garde, on trouve le faux-titre, composé d'une
guirlande de fleurs au milieu de laquelle on lit : La Guirlande de Julie.
Après trois autres feuillets blancs, on rencontre encore une miniature
représentant, au milieu d'un nuage, Zéphyr tenant une rose
à la main droite, et, de la gauche, une guirlande de 29 fleurs qu'il
souffle légèrement sur la terre. Le volume, relié
en maroquin rouge, avec des J. L. enlacés (Julie-Lucine), fut envoyé,
en 1641, à Mlle de Rambouillet, le jour de sa fête, comme
un bouquet plus délicat et plus durable que celui de véritables
fleurs.
Les beaux-esprits qui assistèrent
Montausier dans sa galanterie furent : Antoine Arnauld, Arnauld d'Andilly,
Arnauld de Briotte marquis de Pomponne, Chapelain,
Colletet, Conrart,
Corbeville, Desmarets de Saint-Sorlin, l'abbé Habert, le capitaine
Habert, Malleville, Martin, Monmort, Racan, G. Scudéry, et Tallemant
des Réaux. II n'y a pas de bien grands poètes dans cette
espèce de pléiade, et l'ouvrage s'en ressent : c'est de l'esprit
alambiqué et vulgaire, fade et froid, tourné dans des vers
extrêmement médiocres. Les deux madrigaux les plus passables
sont le quatrain suivant de Desmarets sur la violette :
Modeste
en ma couleur, modeste en mon séjour,
Franche
d'ambition, je me cache sous l'herbe;
Mais
si sur votre front je puis me voir un jour,
La
plus humble des fleurs sera la plus superbe.
et trois stances de
Tallemant des Réaux sur le lis :
Devant
vous je perds la victoire
Que
ma blancheur me fit donner,
Et
ne prétends plus d'autre gloire
Que
celle de vous couronner.
Le
ciel, par un bonheur insigne,
Fit
choix de moi seul autrefois,
Comme
de la fleur la plus digne
Pour
faire présent à nos rois.
Mais
si j'obtenais ma requête,
Mon
sort serait plus glorieux
D'être
monté sur votre tête
Que
d'être descendu des cieux.
Montausier composa 46 pièces dans la
Guirlande
de
sa chère Julie : mais s'il fut inspiré par l'amour, il ne
le fut guère par Apollon. L'écriture seule de ce recueil,
en belle ronde, de la main de Jarry, noteur de la Chapelle
du roi, est irréprochable; les miniatures, peintes par Robertet,
artiste célèbre alors, ne valent guère mieux que la
poésie. Néanmoins, ce cadeau si galant excita une admiration
générale; il avança un peu les affaires de Montausier,
qui quatre ans après, obtint enfin la main de Julie.
La duchesse conserva toujours précieusement
ce livre; lorsqu'elle mourut, en 1671, le duc le recueillit. Après
Montausier, la Guirlande passa à la duchesse de Crussol
d'Uzès
et à ses héritiers, puis au duc de La Vallière; un
Anglais l'acheta 14 510 livres; en dernier lieu, elle appartenait à
Mme de Châtillon. Une copie du texte a été imprimée,
Paris, 1784, petit in-8°, et 1818, in-18. (C. Dezobry). |
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