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La Chronique de Frédégaire

La Compilation et la Chronique dites de Frédégaire sont la seule chronique contemporaine qui nous fasse connaître les événements de l'histoire franque au VIIIe siècle est contenue dans une vaste compilation attribuée, depuis la fin du XVIe siècle (cf. Scaliger, De Emendatione temporum, p. 168), à un auteur nommé Frédégaire, sans que d'ailleurs aucun manuscrit ni aucune indication précise ait justifié cette attribution. Dans le manuscrit de Paris, lat. 10910, le plus ancien et le plus complet que nous possédions, de cette compilation, manuscrit dont tous les autres manuscrits connus semblent dériver, et qui date du dernier quart du VIIe siècle ou du premier quart du VIIIe, cette compilation se compose des parties suivantes : 
1° le Liber generationis de saint Hippolyte , évêque de Porto Romano, énumération de noms propres formant un résumé de l'histoire et de la géographie sacrées et profanes, jusqu'à Alexandre Sévère (222-235), auquel sont jointes des supputations chronologiques, une liste des papes jusqu'à Théodore (642), continuée par une autre main jusqu'à Adrien Ier (772), et une courte chronique traduite du grec, s'arrêtant à Héraclius (610-641); 

2° la chronique de saint Jérôme, de Ninus à 378 ap. J.-C., avec quelques additions, dont la plus importante est relative à l'origine troyenne des Francs

3° la chronique d'Idace, de 378 à 468, à laquelle sont joints des récits d'un caractère légendaire sur Théodoric le Grand, sur Chrocus, roi des Vandales, et sur Justinien; 4° un abrégé des livres Il à VI de l'histoire des Francs, de Grégoire de Tours (cet abrégé est connu sous le nom d'Historia epitomata); 

5° une chronique originale s'étendant de 584 à 642, mais contenant des allusions à des événements arrivés entre 652 et 664; 

6° la chronique d'Isidore de Séville, de 176 à 628. D'après Krusch, qui a donné de la compilation une excellente édition, elle aurait été composée tout d'abord, en 613, par un auteur qui vivait à Avenches (Suisse) et qui réunit le Liber generationis, Jérôme, Idace et les quarante-deux premiers chapitres de la Chronique

Un second auteur, en 642, ajouta à cette première compilation l'abrégé de Grégoire de Tours, compléta le Liber generationis et continua la chronique jusqu'en 642 (ch. XLIII à XC). Enfin, un interpolateur inséra après 658 quelques chapitres dans la chronique. Bien que cette hypothèse fort ingénieuse souffre d'assez graves objections et que l'auteur du présent article croie plus naturel de voir dans la chronique l'oeuvre inachevée d'un moine de Saint-Marcel de Chalon, qui écrivait entre 663 et 666, comme il faut admettre en tous cas que ce moine aurait eu à sa disposition pour la fin du VIe siècle et le commencement du VIIe des annales écrites à Avenches, et d'autre part une transcription du Liber generations faite en 613, les deux hypothèses ne sont pas pratiquement très éloignées l'une de l'autre. 

Quoi qu'il en soit, la Chronique dite de Frédégaire a pour nous une très haute valeur. Pour les années 554 à 593, elle complète ce que nous rapporte Grégoire de Tours; à partir de 593, elle est notre source presque unique, avec les Vies de saints contemporaines, car la continuation de Marius d'Avenches ne renferme que quelques notes très sèches sur l'histoire de Brunehaut, et les Gesta regum Francorum, écrits au VIIIe siècle, ont pour la première moitié du VIIe un caractère purement anecdotique et légendaire. L'histoire de Brunehaut se ressent aussi dans Frédégaire du grossissement et des déformations de la légende, mais à un degré bien moindre. L'auteur, dans la partie de son œuvre relative à Childebert Il et à son fils, s'astreint à une chronologie très exacte et à un récit très suivi. Il y transcrit deux chapitres entiers de la Vie de saint Colomban par Jonas. De 614 à 631, le récit est plus vague et plus incomplet, mais, de 631 à 642, nous avons de nouveau une narration ample et précise qui émane certainement d'un témoin contemporain. Ce témoin s'intéresse surtout aux affaires de Burgondie et d'Austrasie et il montre à l'égard de la Neustrie une malveillance assez prononcée. C'était un homme de médiocre intelligence qui se plaint, non sans raison, de la rusticité et de la faiblesse de son esprit; il écrit dans le latin le plus corrompu qui se puisse voir; aussi son texte est-il, au point de vue des désinences et du vocalisme, un des documents les plus précieux que nous possédions pour la connaissance du bas latin; mais c'est un témoin honnête et qui inspire confiance.

La chronique de Frédégaire a été continuée jusqu'en 768. Trois auteurs différents ont travaillé à cette continuation. Le premier, qui vivait en Austrasie, probablement dans le pays de Liège, écrivit, en 736, la première continuation qui forme dix-sept chapitres. Les dix premiers ont pour source principale les Gesta regum Francorum; mais, tandis que cette chronique, écrite en Neustrie en 726, est l'oeuvre d'un auteur dévoué à la dynastie mérovingienne et peu favorable aux maires du palais d'Austrasie, le premier continuateur de Frédégaire est un partisan décidé de la famille des Pépins. Nous n'avons cependant aucune preuve qu'il ait été attaché à leur service, tandis que nous savons positivement que le second continuateur, qui nous a donné en seize chapitres l'histoire des années 737 à 751, écrivait par les ordres et sous la direction du comte Childebrand, oncle du roi Pépin. Le troisième continuateur, à qui nous devons les quinze derniers chapitres où se trouve l'histoire des années 752 à 768, appartenait à la maison du comte Nibelung, fils de Childebrand. 

L'oeuvre des continuateurs a donc les avantages et les inconvénients des écrits officiels; les auteurs sont dans les meilleures conditions pour être bien renseignés, mais leur témoignage est suspect de partialité. Il faut noter que le second continuateur a introduit dans son oeuvre un récit de la conquête du Midi par Charles-Martel et Childebrand, qui n'est pas de sa main, et a une couleur épique très marquée.

Si la critique n'a guère à tenir compte que du manuscrit de Paris 10940 pour l'établissement du texte de la Compilation et de la Chronique dites de Frédégaire, elle doit utiliser pour les Continuateurs les manuscrits du Vatican (Christ., 213), de Milan (chap. de saint Ambroise), de Londres (Mus. Brit. Harl., 3871), de Montpellier (Ec. de Méd., 158) et de Paris (lat. 4883 A). Toutefois, le manuscrit du Vatican est de beaucoup le meilleur. La plus ancienne édition de la Chronique est celle de Flacius Illyricus, en appendice à l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours (Bâle, 1568). II a donné aussi les vingt-quatre premiers chapitres des Continuateurs. La première édition de la Compilation a été donnée par Canisius dans ses Antiquae lectiones (Ingolstadt, 1602). Marquard-Freher a publié l'Historia Epitomata et la Chronique avec les continuateurs complets dans son Corpus Francicae historiae (Hanovre, 1613). Il est le premier éditeur qui ait inscrit en tête de la Chronique le nom de Frédégaire et il n'est pas impossible que le nom de Fredegarius ait été imaginé par Freher et ses amis, d'après celui de Freher lui-même. Ruinart, dans son édition de Grégoire de Tours, les bénédictins dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France (t. II et V), Migne au t. LXXI de la Patrologie latine ont publié les parties originales de la Compilation, la Chronique et les Continuateurs. Monod a reproduit dans le fascicule 36 de la Bibliothèque de l'Ecole des hautes études le texte du manuscrit de Paris 10910. Krusch a donné, dans les Monumenta Germaniae historica, série in-4, au t. II des Scriptores rerum Merovingicarum, la première édition critique de la Compilation, de la Chronique et des Continuateurs réunis. La Chronique et les Continuateurs ont été traduits en français par Claude Bonnet (1610), par l'abbé de Marolles (1668), par Guizot (1823), en allemand par Abel dans le 38 fascicule des Geschichtschreiber der deutschen Vorzeit (1876, 2e éd.). (G. Monod).

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