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Electre

Électre, tragédie de Sophocle. - Le sujet de cette pièce est, comme celui des Choéphores d'Eschyle, le meurtre de Clytemnestre par Oreste. Mais Sophocle a modifié sur bien des points les données d'Eschyle. Il attribue le rôle principal à Electre. Oreste revient à Mycènes, sur l'ordre d'un oracle de Delphes, pour y venger la mort de son père. Bientôt, se montre Electre. Ignorant encore l'arrivée de son frère, elle s'emporte contre ses retards. Elle gourmande aussi sa soeur Chrysothémis, qu'elle accuse de faiblesse. Une scène pathétique entre Clytemnestre et sa fille Electre achève de dessiner les caractères. Un messager vient annoncer la mort d'Oreste. A cette nouvelle, Electre se désespère, tandis que Clytemnestre laisse éclater sa joie. Elle fait entrer le messager dans le palais. Survient Oreste lui-même, apportant l'urne funéraire qui est censée contenir ses restes. A sa douleur touchante, Oreste reconnaît sa soeur; et il se fait reconnaître d'elle. Leurs premiers transports apaisés, le spectre de la vengeance se dresse de nouveau devant eux. Oreste s'élance dans le palais; on entend Clytemnestre demander grâce à son fils, qui la menace. "Redouble, si tu peux", s'écrie Electre. L'art du poète est tel, que l'horreur du parricide d'Oreste et du cri féroce d'Electre s'efface. Quelques instants après, le tyran Egisthe tombe immolé sur le corps de Clytemnestre.

Eschyle, Euripide, Sophocle, Electre, Le Livre de Poche, 2005. - Une chance merveilleuse a fait que nous sont parvenues, sur un même épisode de la légende des Atrides, trois tragédies grecques du Ve siècle avant notre ère : une tragédie d'Eschyle, Les Choéphores, l'Électre d'Euripide et l'Électre de Sophocle. Elles constituent un ensemble unique. Alors que tant de poètes tragiques ont, tout au long de l'époque classique, puisé dans les mêmes mythes les thèmes de leurs drames, la vengeance du meurtre d'Agamemnon par Oreste et sa sueur Électre est le seul sujet sur lequel nous sont parvenues trois tragédies intégralement conservées, dont chacune fut composée par l'un des trois grands poètes tragiques. Réunies en un seul volume et traduites par le même traducteur, les trois pièces sont analysées et annotées ici de façon à ce qu'apparaissent clairement échos, divergences et innovations ; autant de signes par où s'expriment l'originalité et le génie de chaque poète. 

Sophocle, Théâtre complet (Ajax, Antigone, Electre, Oedipe roi, les Trachiniennes, Philoctète, Oedipe à Colone, Les Limiers), Flammarion (GF), 1993.

Franck Evrard, Electre : de Sophocle à Giraudoux, Bertrand Lacoste, 1997.

Électre, tragédie d'Euripide, représentée probablement en 413 av. J.-C. - Le sujet est le même que dans les Choéphores d'Eschyle et dans l'Electre de Sophocle. Mais Euripide a modifié la tradition en y introduisant un élément romanesque. Electre, maltraitée par Egisthe, s'est vue forcée d'épouser un paysan argien, qui, d'ailleurs, respecte en elle la fille des rois. La scène se passe devant leur chaumière; c'est là qu'a lieu la reconnaissance entre Oreste et sa soeur. Il est aussi reconnu par son gouverneur, grâce à une cicatrice. Egisthe est tué par surprise; puis l'on attire Clytemnestre dans la maison de sa fille, sous le prétexte d'un accouchement. La reine tombe sous le poignard de son fils. La vengeance accomplie, Oreste et Electre sont pris de remords. Mais l'intervention des Dioscures les rassure fort à propos, et Electre épouse Pylade. La conduite de la pièce est souvent peu vraisemblable; et le dialogue tourne parfois au comique, même à la parodie, comme dans la scène où le poète raille la façon plus ou moins heureuse dont Eschyle, dans ses Choéphores, a ménagé la reconnaissance d'Oreste et de sa soeur. Suivant Plutarque, après la prise d'Athènes par Lysandre, dans un banquet qui réunit les généraux vainqueurs, on chanta un choeur de cette pièce; et la beauté des vers frappa si fort les convives qu'ils renoncèrent à détruire Athènes.
Électre, tragédie de Crébillon, représentée en 1708. - Cette pièce, qui eut beaucoup de succès, s'est soutenue avec honneur au théâtre pendant plus de quarante ans. Crébillon a voulu présenter la situation la plus contraire aux bienséances d'une manière conforme à ces bienséances; dans sa pièce, Oreste donne, sans le vouloir, la mort à sa mère : sa main parricide ne fait qu'obéir aux dieux. 

L'Electre de Crébillon avait été précédée au théâtre par l'Electre de Lazare de Baïf (1537) et par l'Electre de Pradon. En 1719, Longepierre fit représenter sans succès une Electre, qui semble avoir fourni à Voltaire le plan de son Oreste.

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