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Les
planchettes et les galets à encoches ou à rayures peintes
ne sont que les précurseurs de la véritable écriture;
cette dernière ne commence réellement qu'avec les dessins,
exprimant une suite d'idées, avec la pictographie. On en trouve
des essais dans les dessins des Mélanésiens, représentant
différents événements de leur vie, dans les gravures
sur os des Inuit, dans certains tableaux rupestres des Bochimans, des Australiens,
ou bien dans ceux que nous ont laissés les populations inconnues
sur les bords du Iéniséï. Mais c'est chez les Indiens
de l'Amérique du Nord que la pictographie a pris le plus haut degré
de développement. On peut en juger par l'exemple ci-dessous, emprunté
à une pétition présentée par les Indiens au
président des Etats-Unis ,
pour réclamer la possession de certains lacs situés dans
le voisinage du lac Supérieur.
Pictogramme
des Indiens d'Amérique du Nord.
La figure à
droite représente le principal chef pétitionnaire par l'image
d'une grue, totem de son clan; les animaux qui suivent sont les totems
de ses copétitionnaires. Leurs yeux sont tous reliés aux
siens, pour exprimer l'unité de vues, leur coeur au sien, pour exprimer
l'unité de sentiments, L'oeil de la grue, symbole du chef principal,
est en outre le point de départ d'une ligne qui se dirige vers le
président et d'une autre qui va rejoindre les lacs.
Dans d'autres inscriptions,
le symbolisme des figures est poussé beaucoup plus loin. Les signes
des « bois parlants » en usage chez les Polynésiens
de l'île de Pâques (ci-dessous) se rapprochent de la pictographie
américaine, tout en offrant en même temps des signes symboliques
pour le chant.
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Signes
des « bois parlants » de l'île de Pâques.
L'écriture
hiéroglyphique.
C'est aussi d'une
pareille pictographie un peu perfectionnée qu'est issue l'écriture
figurative en hiéroglyphes des Mexicains du plateau d'Anahuac et
celle de leurs voisins, les Maya de la presqu'île de Yucatan. Cette
écriture constitue un pas en avant en ce que certaines figures ont
une valeur phonétique en même temps qu'une signification réelle.
La meilleure preuve est fournie par la transcription des deux premiers
mots du Pater en hiéroglyphes mexicains (figure ci-dessous).
C'est la système du rébus.
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Pater
noster en hiéroglyphes mayas.
La valeur phonétique
des hiéroglyphes égyptiens
a été déduite à peu près de la même
façon d'après le son du langage parlé désignant
l'objet figuré. On peut poursuivre la transformation des figures
d'objets en signes conventionnels de plus en plus simplifiés, c.-à-d.
en représentations ou peintures des sons, dans l'écriture
cunéiforme des Sumériens (la plus ancienne de toutes), aussi
bien que dans les écritures égyptienne et chinoise, comme
on le voit sur les figures suivantes :
-
Dérivation
des caractères chinois des hiéroglyphes anciens.
Dans la figure
ci-dessus la première ligne représente les hiéroglyphes
anciens et la deuxième les caractères modernes pour le chinois;
dans la figure ci-dessous la première colonne montre les hiéroglyphes
et la seconde les caractères hiératiques des Egyptiens,
qui en sont dérivés.
-
Dérivation
des caractères hiératiques égyptiens
des
hiéroglyphes.
Souvent ces caractères
simplifiés ont gardé néanmoins leur signification
première, et l'association de ces figures avec les signes purement
phonétiques constitue tout le secret de l'écriture chinoise;
les deux cent quatorze « clefs » ou idéogrammes représentant
les catégories d'objets ou symbolisant des idées générales,
joints à un millier de signes phonétiques, suffisent pour
attribuer, par leurs combinaisons, un sens exact à des séries
des hiéroglyphes homophones constituant les « quarante-quatre
mille quatre cent quarante-neuf caractères » de l'écriture
chinoise (chiffre traditionnel, mais difficile à vérifier).
Ainsi, le mot ou la syllabe pa signifie bananier, char de guerre,
cicatrice, cri, etc. Pour distinguer ces diverses acceptions du mot, il
faut joindre au signe phonétique pa (dérivé
d'un mot dont le sens propre est oblitéré depuis longtemps)
la clef des plantes ou celle du fer, des maladies, de la bouche, suivant
le sens que l'on veut lui donner. La structure monosyllabique du chinois
se prête à merveille à cette écriture hiéroglyphique.
Les caractères
chinois n'ont été adoptés que par un seul peuple à
langue présentant des caractéristiques agglutinatives notables,
les Japonais ,
qui d'ailleurs ont inventé à côté une autre
écriture (Kata-Kana), syllabique celle-là, sans compter
l'écriture courante (Hira-kana). Les Égyptiens, parlant
une langue à flexion, ont dû quitter, au contraire, de bonne
heure, l'écriture hiéroglyphique pour passer à l'écriture
phonétique des caractères hiératiques et démotiques.
C'est de cette écriture que dérive l'alphabet dit phénicien,
le prototype de la plupart des alphabets de la Terre .
L'écriture
phonétique.
Dans une langue comme le chinois, où
les mots n'ont qu'une seule syllabe, l'écriture phonétique
produisait naturellement une écriture où chaque signe représentait
à la fois une syllabe et un mot. Mais dans les langues où
les mots peuvent être polysyllabiques, l'écriture phonétique
ne permettait pas d'isoler les syllabes et de les représenter par
des signes fixes et invariables. Il n'est pas très facile de se
rendre compte de la manière dont il arriva que certains caractères
furent choisis pour représenter non plus toutes les syllabes composant
le mot dont ils étaient l'image, mais seulement l'une de ces syllabes
et ordinairement la première.
En Mésopotamie, les Sumériens
(dès 3300 av. J.-C), suivis des Akkadiens, et, en Afrique, des Egyptiens
ont ainsi transformé leurs idéogrammes primitifs en syllabaires.
On comprendra que les anciennes représentations figurées,
du moment qu'elles n'avaient plus la valeur d'idéogrammes, devaient
rapidement s'altérer et se transformer en s'éloignant toujours
davantage de leur forme primitive. Cela arriva en effet les signes se simplifièrent,
devinrent peu à peu, en quelque sorte, plus maniables; ils s'adaptèrent
à la fois aux instruments qui servaient à les écrire
et aux matières sur lesquelles on les traçait, en un mot,
comme le dit très justement Berger, ils ont subi la loi du moindre
effort, commune à toutes les transformations de l'industrie humaine.
C'est ainsi que les très anciens idéogrammes mésopotamiens
sont devenus les caractères semblables à des paquets de clous,
qui ont donné leur nom aux écritures cunéiformes,
et que les hiéroglyphes égyptiens, tout en se maintenant
pour les inscriptions décoratives, se sont peu à peu défigurés
lorsqu'on écrivit au calame, et ont produit l'écriture dite
hiératique, qui se simplifia plus tard encore et devint entre la
XVIe et la XVe
dynastie, l'écriture populaire ou démotique.
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Inscriptions
cunéiformes, publiées par Niehbur à la planche XXIV
de
son Voyage en Arabie;
elles ont servi de point de départ à Grotefend pour
le
déchiffrement de ce type d'écriture.
Les écritures ainsi développées
et perfectionnées constituaient un progrès déjà
considérable; aussi devaient-elles nécessairement se propager
au delà des frontières des peuples chez lesquels elles s'étaient
formées, et remplacer des écritures plus imparfaites en s'adaptant
à des langues différentes de celles qui leur avaient donné
naissance. C'est ainsi que les Japonais empruntèrent
aux Chinois les éléments de
leur écriture, et que l'écriture cunéiforme des Sumériens
perfectionnée par les Akkadiens fut adoptée par les Assyriens,
d'où elle se propagea ensuite en Arménie ,
en Médie ,
en Susiane ,
en Perse ,
où elle subit des transformations fécondes, et jusque dans
l'île de Chypre ,
où elle fut employée à écrire un dialecte grec.
L'écriture égyptienne
devait avoir une fortune tout aussi extraordinaire. Mais, avant de l'indiquer,
il convient de faire observer que, même sous la forme hiéroglyphique
et à une époque fort ancienne, elle avait atteint un degré
de plus que les autres écritures dans la voie du perfectionnement.
Non seulement, en effet, elle avait donné à ses idéogrammes
une valeur syllabique, mais dans cette voie du développement phonétique,
elle ne s'était point arrêtée à la syllabe,
elle en avait décomposé les éléments et en
avait isolé la lettre. Plus de trois mille ans avant notre ère,
les Egyptiens avaient senti le besoin
de dégager par l'écriture un certain nombre d'articulations
et ils l'avaient fait en attribuant à certains signes figuratifs
la valeur de la première articulation formée en prononçant
le mot auquel chacun de ces signes correspondait dans leur langue. Ils
avaient, de la sorte, créé un certain nombre de véritables
lettres. L'écriture égyptienne était devenue de la
sorte à la fois idéographique, syllabique et alphabétique.
Quelques mots d'un emploi général continuaient à être
exprimés par des signes purement idéographiques et, d'autre
part, des idéogrammes en assez grand nombre, sans valeur phonétique,
placés après les mots, servaient à en déterminer
le sens. La plupart des mots eux-mêmes étaient exprimés
par des combinaisons de signes syllabiques et alphabétiques. Cette
combinaison de l'écriture idéographique et de l'écriture
phonétique avait fait de l'écriture égyptienne un
instrument très compliqué, mais en même temps très
savant et très riche. Elle lui donnait une complexité très
marquée sur toutes les autres écritures du monde ancien;
mais, si sa complexité la rendait propre à exprimer un grand
nombre d'articulations, elle empêchait aussi qu'elle fût facilement
assimilable.-
Hiéroglyphes
égyptiens.
(Fragment
de la première planche de la Lettre à
M.
Dacier, de Chamlpollion).
L'écriture
alphabétique.
La simplification nécessaire à
la propagation de l'écriture, et qui devait en constituer le dernier
perfectionnement, fut l'oeuvre d'un peuple que le commerce mettait en relation
constante avec tout le Proche-Orient. Les Phéniciens, guidés
en cela par le besoin pratique et les nécessités de leur
commerce, en arrivèrent à débarrasser l'écriture
des idéogrammes et des signes syllabiques qui l'encombraient, pour
n'en retenir que vingt-deux caractères, correspondant à des
articulations simples, soit vingt-deux consonnes; les voyelles restaient
indistinctes. L'alphabet était créé; les éléments
primordiaux de la parole avaient été isolés et représentés
par des signes; et, comme ces éléments se ressemblent relativement
dans beaucoup de langues, ces signes pouvaient, avec quelques modifications,
s'appliquer à toutes ces langues.
L'invention des Phéniciens fut portée,
grâce à leurs relations commerciales dans toutes les parties
du monde antique et se propagea de proche en proche, d'une part dans tout
le bassin de la Méditerranée
et jusque dans le Nord de l'Europe ,
principalement par l'intermédiaire des Grecs,
d'autre part dans le monde sémitique et chez les Indiens,
par l'influence des Araméens, si bien que les alphabets du monde
entier ont pour origine l'invention des Phéniciens.
-
Inscription
phénicienne du tombeau d'Ahiram,
à
Byblos (XIIIe siècle).
Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer comment
l'alphabet grec est sorti de l'alphabet phénicien; il suffira d'indiquer
en quelques mots que les Grecs en
ont, à la longue, changé la direction, qu'ils en ont redressé.
et régularisé les caractères, mais surtout que, pour
l'adapter à leur langue sonore, ils en ont, par une véritable
et nouvelle création, tiré les voyelles, choisissant pour
cela des caractères représentant des gutturales et des semi-voyelles
dont ils n'avaient pas besoin. Ainsi transformé et porté
ainsi à un haut degré de perfection; l'alphabet grec se propagea
avec la civilisation hellénique : les alphabets phrygien,
lycien
et dorien en sont des dérivés.
On a cru longtemps que les Etrusques avaient directement emprunté
leur alphabet aux Phéniciens, mais il semble bien qu'ils l'ont,
eux aussi, reçu des Grecs. Dans tous les cas, l'écriture
étrusque a donné naissance aux autres alphabets italiotes,
à ceux du centre de l'Italie
: ombrien, osque, sabellique, comme à ceux du Nord : euganéen,
salasse, rhétique. La question est plus controversée en ce
qui touche l'origine de l'alphabet latin. On a admis longtemps que les
Romains
ont emprunté leur alphabet aux Grecs du Sud de l'Italie et de la
Sicile ,
et que les caractères de l'alphabet latin dérivent de ceux
de l'alphabet éolo-dorien usité dans ces colonies .
L'histoire semble confirmer sur ce point les données fournies par
la comparaison et l'analyse des inscriptions; néanmoins, Michel
Bréal a cru pouvoir démontrer que la dérivation du
grec ne s'est faite là encore que par l'intermédiaire de
l'étrusque.
Nous n'avons pas à faire ici l'histoire
du développement et des transformations de l'écriture latine,
qui est du ressort, pour les inscriptions, de l'épigraphie, et pour
les manuscrits, de la paléographie. L'alphabet latin a continué
à se transformer et à subir de lentes modifications, amenées
pour la plupart par la tendance constante à simplifier les caractères
et à les tracer d'un seul trait, jusqu'à prendre les formes
qu'on lui connaît de nos jours.
D'autres écritures du bassin de
la Méditerranée et du monde occidental doivent encore se
rattacher à l'alphabet phénicien, les unes directement, les
autres par l'intermédiaire des Grecs.
Après l'établissement du christianisme
sur les bords du Nil, les descendants des anciens Egyptiens,
les Coptes, l'adaptèrent à leur langue l'alphabet grec, auquel
ils joignirent quelques lettres empruntées à l'alphabet démotique.
Au IXe siècle, l'apôtre du
monde slave, Cyrille, tira de l'alphabet grec
un alphabet nouveau, mêlé d'éléments hébreux
et syriaques, l'alphabet slavon, qui se répandit dans les pays slaves
(Russie ,
Serbie ,
Bulgarie )
et qui a donné naissance à l'alphabet civil des Russes. Auparavant
déjà, certaines populations de langue slave, et notamment
les Serbes, se servaient d'un autre alphabet dit glagolithique,
que certains autours disent tiré des lettres minuscules de l'alphabet
grec, que d'autres prétendent rattacher aux runes. Les runes elles-mêmes,
qui furent l'écriture des peuples de l'Europe
septentrionale, se rattachent certainement à l'alphabet phénicien;
mais il est difficile de dire avec certitude comment elles se sont formées;
les uns les prétendent dérivées directement de l'écriture
des Phéniciens; d'autres, au contraire, les croient en rapport de
filiation avec les alphabets grec ou latin. A cette influence, il faut
ajouter celle d'une autre écriture beaucoup plus rudimentaire, celle
de l'ancienne écriture de l'Irlande
ou écriture ogamique. A leur tour, les runes combinées avec
les lettres onciales donnèrent naissance à l'ancienne écriture
gothique, créée au IVe siècle
par l'évêque Ulphilas. En Espagne ,
on rencontre aussi, à I'époque ancienne, un alphabet particulier,
apparenté certainement à l'alphabet phénicien, l'alphabet
ibérique.
On voit quelle a été la force
d'expansion de l'alphabet phénicien dans l'Europe
occidentale. Nous allons voir qu'elle n'a pas été moins grande
dans le monde oriental. Dans l'écriture des langues sémitiques
qui ne conçoivent pas la voyelle indépendante de la consonne,
l'alphabet phénicien n'avait besoin, pour être employé,
d'aucune adaptation; aussi son histoire n'y est-elle marquée que
par des modifications, mais souvent assez profondes, dans les formes des
caractères. Sans parler des transformations que subit l'écriture
phénicienne pour aboutir à la forme cursive de l'époque
romaine ,
connue sous le nom de néo-punique, C'est elle qui a donné
naissance à l'ancienne écriture hébraïque dont
s'est détaché comme un rameau isolé l'alphabet samaritain.
Mais les principaux propagateurs de l'alphabet en Asie
furent les Araméens ou Syriens. Après avoir transformé
l'écriture phénicienne en une écriture cursive, ils
l'importèrent en Perse ,
où elle se substitua à l'ancienne écriture cunéiforme,
en Arabie et jusqu'en Egypte .
A la longue, l'alphabet araméen fut adopté par tous les peuples
sémitiques. L'hébreu carré, qui s'est substitué
vers le Ve siècle av. J.-C. à
l'ancienne écriture hébraïque, est un dérivé
non de celle-ci, mais de l'écriture araméenne; il s'est transformé
plus tard à son tour en une écriture cursive qui est l'hébreu
rabbinique. Il en est de même de l'écriture palmyrénienne
ou écriture usitée à Palmyre ,
à l'époque où cette ville fut un centre de civilisation,
c.-à-d. aux trois premiers siècles de notre ère; de
même de l'écriture nabatéenne, dont les inscriptions
de la vallée d'El-Hedjr nous ont conservé de nombreux spécimens
datant de l'époque des Hérodes; de même encore, mais
par l'intermédiaire du palmyrénien, de l'écriture
syriaque ou estranghelo telle qu'on la trouve dans quelques rares inscriptions
du Ier siècle, mais surtout dans
les manuscrits si nombreux depuis le commencement du Ve
siècle de notre ère; de même enfin, sous l'influence
syriaque, de l'écriture arabe, dont quelques spécimens de
l'époque préislamique montrent comment se sont formées,
d'une part la belle écriture monumentale connue sous le nom de koûfique
et d'autre part l'écriture courante ou naskhi restée en usage
jusqu'à nos jours et dont la diffusion est due en grande partie
à ce qu'elle a été l'écriture du Coran
et a été ainsi imposée à tous les peuples qui
ont adopté l'islam .
Cette écriture a elle-même donné naissance aux écritures
du Maghreb.
Notons ici que les ressources de l'alphabet
phénicien ont été chez les peuples sémitiques
augmentées par la création de signes complémentaires
destinés à exprimer les voyelles dont les Phéniciens
ne paraissent pas avoir jamais senti le besoin. Après avoir tenté
de noter les voyelles, comme l'avaient fait les Grecs,
à l'aide de certaines lettres de l'alphabet, gutturales ou semi-voyelles,
les langues sémitiques s'arrêtèrent à un système
artificiel, d'origine savante, consistant à préciser la vocalisation
par l'emploi de points ou de traits ajoutés aux consonnes; ce système
semble avoir pris naissance dans l'écriture syriaque; il s'est développé
chez les Hébreux, où on le rencontre au Xe
siècle, dans les plus anciens manuscrits de la Bible ,
et a passé avec quelques modifications dans l'écriture arabe.
D'autres écritures du monde sémitique, les écritures
sabéennes, l'himyarite dont de nombreuses inscriptions ont été
découvertes au Yémen, le ghez et l'amharique, les deux formes
de l'écriture des Ethiopiens et
les écritures safaïtiques proviennent certainement aussi de
l'alphabet phénicien. Peut-être faut-il encore rattacher à
l'alphabet phénicien, par l'intermédiaire de l'éthiopien,
l'écriture lybique ou berbère usitée par les anciennes
populations de la Numidie
et de la Maurétanie
et dont on trouve en Kabylie de nombreuses inscriptions. Dans tous les
cas, cette écriture a été la forme primitive de l'écriture
tefinagh ou écriture sacrée des Touaregs.
--
Inscription
himyarite d'Amran (Yémen), sur une tablette de bronze.
Ex-voto
adressé au dieu Il-Maqqâh.
Il nous faut maintenant revenir à
l'autre extrémité du monde oriental pour suivre en Asie
la diffusion de l'alphabet, toujours par l'intermédiaire de l'écriture
araméenne. C'est à l'époque perse que de cette écriture
est née l'écriture indienne
et l'écriture indo-bactrienne
qui ont produit à travers de nombreuses transformations l'écriture
moderne du sanscrit classique qui porte le nom de devanâgari.
La propagande bouddhique
a répandu cette écriture dans une grande partie de l'Asie
et jusqu'en Corée .
Il semble clair que tous les alphabets modernes de l'Inde dérivent
de l'écriture sanscrite et il en est de même de ceux de la
plupart des pays soumis à l'influence de la civilisation hindoue;
citons l'écriture du Tibet
qui, importée en Chine
au XIIIe siècle de notre ère,
y a donné naissance à l'écriture alphabétique
connue sous le nom de Pa'-sse-pa; les écritures sacrées
de la Birmanie
et du Cambodge ;
l'écriture sri-lankaise ,
les écritures de Java et de la Malaisie, et enfin l'écriture
coréenne, qui aurait à son tour donné naissance à
une écriture alphabétique usitée au Japon
et à laquelle les Japonais auraient substitué plus tard l'écriture
chinoise.
A l'écriture araméenne encore
se rattachent l'écriture des livres sacrés de l'Iran ,
ou zend, et l'écriture pehlvi qui toutes deux se sont fixées
à l'époque perse. (A. G.). |
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