 |
Discours.
- On appelle spécialement discours une harangue publique sur des
sujets religieux, politiques, judiciaires, etc. Ainsi, les sermons, les
homélies, les prônes, les conférences,
les panégyriques des saints ,
les oraisons funèbres, se rapportent
aux discours religieux; les discussions des assemblées délibérantes,
les proclamations militaires, les harangues que beaucoup d'historiens anciens
avaient coutume d'insérer dans leurs histoires, se rapportent aux
discours politiques; les réquisitoires, les plaidoyers, les mercuriales,
aux discours judiciaires. Dans tout discours, il y a une disposition, un
ordre à suivre. II faut fixer d'abord l'attention, captiver la bienveillance
des auditeurs par une entrée en matière convenable aux circonstances,
et c'est ce qu'on appelle l'exorde; puis passer à l'exposition du
sujet et aux divisions qu'il comporte : c'est la proposition et la division;
puis apporter ses preuves,
et répondre aux arguments ou objections
: c'est la confirmation et la réfutation; enfin terminer par la
péroraison, qui résume tous les moyens employés jusque-là
pour émouvoir et convaincre l'auditeur. (P.).
Discours académiques, nom
donné :
1°
aux discours que, dans l'origine, les membres de l'Académie française
devaient prononcer à tour de rôle, chaque jour d'assemblée
ordinaire, sur quelque matière dont le choix était laissé
à l'orateur, usage qui cessa dès 1636;
2°
aux discours de réception des membres de l'Académie française,
ainsi qu'à la réponse faite au récipiendaire;
3°
aux discours composés sur les sujets mis au concours par l'Académie
pour le prix d'éloquence;
4°
aux discours prononcés dans les séances solennelles de la
même Académie;
5°
aux éloges prononcés par des académiciens en l'honneur
d'anciens membres ou de quelque personnage historique.
Le 1er discours de réception fut prononcé
par Patru en 1640 : c'était alors un simple remerciement. Bientôt
on chargea le récipiendaire d'ajouter à son remerciement
l'éloge funèbre de son prédécesseur; puis il
fallut faire en outre l'éloge du cardinal de Richelieu,
fondateur et 1er protecteur de l'institution,
puis celui du chancelier Séguier, 2e
protecteur, puis celui de Louis XIV (et plus
tard du roi régnant), enfin celui de l'Académie en corps.
L'académicien chargé de recevoir le nouvel élu répétait
à son tour chacun de ces éloges, et remplaçait le
dernier par celui du récipiendaire. Quelques académiciens
cherchèrent toutefois à sortir, au moins pendant quelques
instants, du cercle monotone de ces éloges officiels; dès
1670, l'abbé de Montigny les entremêla habilement de réflexions
personnelles sur les langues, et elles furent très bien accueillies;
en 1746, Voltaire traita, le premier, une question
littéraire; le discours de réception de Buffon
(1753) roula tout entier sur la théorie de la composition et du
style. Aujourd'hui, l'éloge seul du prédécesseur est
imposé : aussi les discours sont-ils, en général,
d'un ton moins faux que par le passé, et le fond en est devenu plus
intéressant. Quelques grands personnages ont été dispensés
du discours de remerciement, entre autres Colbert.
Divers motifs ont fait aussi admettre sans cette formalité Chateaubriand,
Maret, Regnault de Saint-Jean d'Angély.
C'est Balzac
qui a conçu l'idée des concours d'éloquences (1654),
et le prix fut décerné pour la première fois en 1671
: le lauréat était Mlle de Scudéry.
Les sujets étaient alors, d'après le voeu du fondateur, exclusivement
religieux, et devaient même se terminer par une prière à
J.-C. C'étaient, en quelque sorte, des sermons écrits, ou,
comme dans les sermons véritables on paraphrasait quelque verset
de l'Ancien
ou du Nouveau Testament
sur une vérité morale ou religieuse;
un des discours proposés roulait même sur la salutation angélique.
Peu à peu on sentit le besoin de rompre cette monotonie, et d'élargir
un cercle si étroit. Dès la fin du siècle, on voit
poindre assez timidement des sujets d'une morale moins exclusivement théologique;
toutefois on y citait encore souvent les textes sacrés, et la composition
portait toujours le caractère, au moins extérieur, d'une
oeuvre de piété. Au reste, avant d'être lu, le discours
devait, d'après les statuts mêmes, avoir obtenu l'approbation
de deux prêtres et de deux théologiens, obligation qui subsista
jusqu'en 1789 et ne cessa d'être imposée que temporairement
de 1768 à 1771. Depuis la mort de Louis XIV,
les concurrents eurent une plus grande latitude; et, sans sortir de la
sphère des idées élevées, les sujets devinrent
plus franchement profanes. En 1758, sur la proposition de Duclos, on mit
au concours l'éloge des hommes célèbres de la nation.
L'éloge du maréchal de Saxe, qui obtint le prix en 1759,
commença la série des brillants succès de Thomas dans
le nouveau genre, qui s'est maintenu jusqu'à nos jours : seulement,
depuis la réorganisation des Académies en 1795, 1803, 1815,
1830, les sujets des discours académiques se sont encore en partie
modifiés, et leur cercle s'est agrandi; aux sujets littéraires
se sont mêlés plus que jamais les sujets philosophiques, politiques,
économiques.
Les mêmes révolutions se sont
opérées peu à peu dans les concours pour le prix de
poésie. Ce prix, fondé par Pellisson, fut, depuis 1699, décerné
pendant très longtemps au meilleur discours en vers sur l'éloge
du roi Louis XIV. II fut adjugé pour la première fois, en
1671, à La Monnoye pour une pièce sur l'abolition du duel
( la liste des sujets pour les concours
d'éloquence et de poésie dans l'Histoire des quarante
fauteuils, par M. Tyrtée Tastet, Paris, 1844). Les discours
prononcés à l'ouverture des séances solennelles de
la Saint-Louis depuis 1672 roulèrent très longtemps sur cet
unique sujet : de l'Utilité des Académies. Les bons
esprits se plaignirent de bonne heure de la stérilité et
de la monotonie de ce thème invariable, qui maintes fois excita
la verve des plaisants, des jaloux, ou des candidats malheureux; aussi,
au XVIIIe siècle, fut il définitivement
abandonné : le choix du sujet fut laisse au directeur chargé
de prononcer le discours.
L'usage de composer et de lire à
l'Académie l'éloge des académiciens morts subsista
malgré l'éloge, que chaque récipiendaire faisait de
son prédécesseur. On étend quelquefois le nom de discours
académiques aux rapports sur les concours d'éloquence et
de poésie, et sur les prix Gobert et Montyon. (P.). |
|