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Les Chouans, d'Honoré de Balzac

Les Chouans est  un  roman d'Honoré de Balzac, qui, dans la Comédie Humaine, est rangé dans les série des Scènes de la vie militaire

Balzac s'est forgé à force de volonté, et l'on pourrait établir que l'auteur qu'il a le plus étudié pour surprendre ses procédés, c'est Walter Scott. Il disait à Champfleury en 1848 :

« J'ai écrit sept romans comme simple étude : un pour apprendre le dialogue, un pour apprendre la description, un pour grouper mes personnages, un pour la composition... » 
Nous savons qu'il en écrivit bien plus de sept, avant Les Chouans, le premier qu'il crut digne d'être avoué.

Il parut en mars 1829, sous le titre : Le dernier Chouan ou la Bretagne en 1800. En 1834, Balzac en donna une seconde édition, très remaniée, qu'il appela définitivement-: Les Chouans ou la Bretagne en 1799.

Ce qui l'a déterminé au choix de ce sujet, c'est la grande vogue du roman historique; mais c'est, plus particulièrement, la curiosité, très vive alors dans le public, des choses de la Révolution. Balzac ne manquait pas de sources livresques pour se documenter. Il avait pu lire notamment les « Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française, ou Annales des départements de l'Ouest pendant nos guerres, d'après les actes et la correspondance du Comité de Salut public », oeuvre d'un officier supérieur des armées de la République, parue de 1824 à 1828. (Les Guerres de Vendée).

D'autre part, il avait beaucoup entendu parler des soulèvements royalistes par Mme de Berny, et par des gens de son entourage, qui tenait au monde de l'Ancien régime. Enfin, il écrivit son roman sur place (voir du Pontavice de Heussey : Balzac en Bretagne). Il est vrai qu'il avait conçu son sujet à Paris; mais ce n'est plus seulement, comme par le passé, à des mémoires fiévreusement consultés à la Bibliothèque Sainte-Geneviève qu'il a demander des matériaux; c'est au pays où les
événements, récents, se sont passés, - aux gens qui en ont été les témoins et qui en ont connu les acteurs, encore survivants. En effet, pendant l'automne de 1828, à Fougères, où il est l'hôte du général de Pommereul, il étudie le pays (ses descriptions seront très exactes), il fait parler les gens; le général de Pommereul a connu beaucoup des agitateurs, il a failli épouser Colette du Bois-Guy, la soeur du fameux partisan; il était doué d'ailleurs « d'un vif talent d'observation, d'un esprit fureteur ». Le fameux Marche-à-Terre a existé, il s'appelait Pierre Pochard, il n'est mort qu'en 1832. La famille du patriote Gudin habitait les environs d'Antrain. Celle que Balzac appelle Mme du Gua, l'amie de Charette, « s'est éteinte pieusement dans un modeste appartement de la rue Pinterie » à Fougères. En 1828, toute une fine fleur d'aristocratie se réunissait les dimanches soirs chez de vieilles demoiselles; Balzac y allait, et il regardait, il écoutait.

C'est là ce qui explique que si Les Chouans sont encore un roman historique, ils soient plus encore un roman de moeurs, presque pris sur le vif. Le fait historique est l'insurrection de 1800, pendant laquelle le chevalier de Nougarède, secondé de Picot Limoëlan, commandait les paysans d'Ille-et-Vilaine. Bonaparte la réprima. - Mais Balzac ne dit mot ni du chevalier, ni de Limoélan; Bonaparte et Fouché sont seulement évoqués. Il a composé, sur quelques souvenirs locaux, une histoire en grande partie imaginaire.

Ce qui l'a séduit, en bon lecteur et grand admirateur de Walter Scott qu'il était, c'est le tableau d'une guerre de partisans, c'est l'opposition de deux peuples. Le sujet sera : comment un chef de partisans, le marquis de Montauran, dit le Gars, tombe entre les mains des Bleus. Autour de lui, tout le personnel du parti royaliste : paysans, prêtres fanatiques, femmes (plus ou moins aventurières), grands seigneurs ambitieux et mécontents, gens de petite mine et de dévouement absolu. En face d'eux, les Républicains. Mais comment saisir le Gars? Ici, Balzac a inventé une intrigue policière, comme il les aimait et comme savait les faire. Une jeune femme, déclassée, après beaucoup de souffrances et d'aventures équivoques, a consenti, telle Judith, à se faire aimer du Gars, et à le livrer. On devine ce qui se passera : un amour sincère, purifiant, va naître dans son coeur, - amour partagé. Mais dans le coeur du marquis, les soupçons, le mépris alterneront avec les élans de passion; - elle éprouvera les tortures de la jalousie; l'instinct de vengeance et le désir de sauver à tout prix l'homme qu'elle aime se disputent sa volonté, livrée aux hasards de l'impulsion passionnelle. Elle le sauverait cependant, si le policier qui l'accompagne et la surveille n'était pas meilleur artisan de la perte du marquis qu'elle ne l'est de son salut. Tous deux meurent.

Une aventure d'amour, un tableau de guerre civile, une intrigue de police, sur un fond vaguement historique, et dans un milieu pittoresque très fortement reconstitué, voilà Les Chouans.

Ils obtinrent un succès notable. La Revue encyclopédique (libérale) les mit au-dessus du Cinq-Mars de Vigny, et loua le sens historique de Balzac. 

Elle lui sut gré « d'avoir embelli son héros de tous les prestiges dont peut se parer l'Ancien régime, sans enlever rien de la couleur poétique qu'il convenait de répandre sur les partisans de la liberté. »
A noter que Balzac s'est abstenu de représenter ici aucune grande figure historique : à dessein, et selon l'exemple de Walter Scott, s'il en faut croire ses déclarations, faites maintes fois depuis. Contrairement à Alfred de Vigny, dont on pourrait opposer les termes (voir Journal d'un Poète) aux siens, il pensait qu'un romancier ne doit jamais faire « d'un immense événement ou d'un grand homme le sujet de son livre », mais « en expliquer les causes, en peignant les moeurs et l'esprit de toute une époque. » Ainsi dans La Bataille (qui n'a jamais paru), il aurait fait apparaître Napoléon à la fin seulement, et très vite, comme il l'a fait d'ailleurs, dans Une Ténébreuse affaire, à la veille d'Iéna. Très délibérément, Balzac plaçait le roman historique sur un autre plan que l'histoire, - et il ne s'est pas lassé de le dire, notamment dans les critiques qu'il a données des romans pseudo-historiques d'Eugène Süe. (J. Merlant).
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Dictionnaire Le monde des textes
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