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Brun de la Montagne

Brun de la Montagne est un roman en vers, composé dans les dernières années du XIIle siècle, ou même au commencement du XIVe, ne semble pas avoir été conservée dans son intégrité; mais la première partie, la seule conservée, ne nous fait pas regretter beaucoup la seconde. 

Brun est le fils d'un bon et valeureux prince, nommé Butor de la Montagne. Ce Butor veut absolument, et malgré tours ses conseillers, envoyer le nonveau-né à la fontaine des Fées, située au milieu de la forêt de Brocéliande. L'enfant, exposé sur le bord de la source, est, en effet, bientôt visité par trois dames blanches et belles à merveille. La première le doue de beauté, la seconde de valeur invincible; la troisième, mécontente d'avoir été prévenue par ses compagnes, décide que l'enfant aimera longtemps sans être aimé. Cela fait, le jeune Brun est ramené à la cour de son père. Une des trois fées se charge de son éducation, et disparaît quand il atteint sa quinzième année. C'est l'âge des exercices militaires et des engagements amoureux. Le varlet quitte ses parents pour courir à la recherche de la fée qui l'a nourri; il va d'abord visiter la fontaine de Brocéliande, ou des fées lui parlent d'une maison enchantée, dans laquelle il trouvera les moyens de se rendre à la cour d'Arthur; il y rencontre aussi la dame qui doit payer sa tendresse de la plus noire ingratitude 

Le seul manuscrit restant de la chanson de Brun s'arrête en cet endroit. L'action n'a pas marché d'un pas fort rapide; car l'enfant n'est baptisé, peu de jours après sa naissance, qu'après un préambule de trois mille vers. Le style est traînant et sans originalité. L'ouvrage a cela de remarquable, qu'il semble inspiré par la lecture des derniers romans de la Table ronde. Arrhur est présenté comme le souverain de tous les génies et esprits fantastiques :

Sachiés, mes mestres est desur tous souverains;
Car il n'i a ne grieu, ne lutis, ne caldains
Qui ne lui face homage et des piés et des mains... 
Sire, dist li varlès, je suis au roy Artu, 
Qui est rois des faés et tant a de vertu...
Morgue ou Morgane, la reine des fées, est l'amante d'Ogier le Danois, qu'elle a emporté dans l'île d'Avalon. Pour la forêt de Bersillant ou Brocéliande, située, comme on sait, en Bretagne, ce n'était pas le seul lieu de France ou les fées se plussent à séjourner, et où l'on allât les consulter. Butor, avant de leur vouer son fils, ou, en d'autres termes, de le destiner, rappelle tous les endroits où l'on pouvait espérer de les rencontrer :
Il a des lieus faés ès marches de Champaigne,
Et ausi en a il en la Roche grifaigne,
Et si croi qu'il en a ausi en Alemaigne,
 Et ou bois Bersillant par desous la montaigne, 
Et non pourquant ausi eu a il en Espaigne, 
Et tout cil leu faé sont Artu de Bretaigne.
C'est-à-dire, tous ces lieux sont inféodés à Arthur de Bretagne. Ici, comme dans le  Moniage Rainoart, dans la geste de Maugis et vers la fin d'Ogier le Danois, la mention des fées est liée aux traditions bretonnes. Les auteurs des plus anciennes chansons de geste ne paraissent pas les avoir connues, et tout porte à croire que la vogue de cet élément merveilleux date de la rédaction française des romans de la Table ronde. Voilà pourquoi on fut conduit à regarder Arthur comme le souverain de l'empire des fées.

Les premiers cinq mille vers de ce poème nous ont été conservés par le manuscrit d'Étienne Baluze, qui renferme également Aye d'Avignon.  Il ne paraît pas remonter au delà des commencements du XIVe siècle. (L. Gautier).

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