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La Bible
Critique sacrée
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Critique biblique et bibliographie de la Bible. - La critique biblique ou sacrée est une branche d'études dont l'objet est d'élucider toutes les questions relatives à l'origine, à la composition et au sens des livres sacrés, autrement dit de la Bible
« Ces livres, dit en fort bons termes A. Sabatier, nous sont parvenus de la même manière que les autres documents de l'antiquité et ont été exposés aux mêmes périls et aux mêmes vicissitudes que faisaient courir à tous la fragilité des parchemins, l'inintelligence ou la témérité des copistes, les scrupules ou les incertitudes de la tradition. Le travail de recherches, de comparaison et de discussion compris sous le nom de critique, pour arriver à rétablir dans leur intégrité primitive les anciens écrits et les replacer historiquement dans le milieu qui les a vu naître, a dû nécessairement s'appliquer aux écrits bibliques. Il y a donc eu une critique sacrée, une critiqué, non pas différente par ses procédés et sa méthode de la critique ordinaire, mais appliquant les procédés et la méthode de celle-ci aux écrits de la Bible qui font autorité dans l'Eglise. Loin d'être en hostilité avec la foi, comme on le dit souvent aujourd'hui, ce travail critique a été amené et engendré par elle. Plus on accorde d'autorité religieuse et morale aux écrits sacrés, plus il importe, en effet, d'en établir avec soin et piété le texte authentique et le vrai caractère. Aussi l'ouvre critique sur les documents bibliques n'a-telle pas été faite du dehors par des mains étrangères; elle s'est faite et développée dans l'enceinte de l'Eglise par les théologiens, et, comme les protestants plaçaient encore plus haut que les catholiques l'autorité de l'Ecriture sainte, c'est chez eux et par eux principalement que s'est faite l'ouvre délicate et laborieuse de la critique sacrée. » ( A. Sabatier, Critique sacrée et Herméneutique, dans l'Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger.)
En langage théologique, la théorie de l'interprétation des Ecritures s'appelle proprement herméneutique; enfin, l'usage présent tend à réserver le nom d'Exégèse aux études de critique sacrée, bien que ce mot signifie simplement explication d'un texte. 

Quand on jette un coup d'oeil sur l'histoire des livres sacrés dans l'Eglise chrétienne, on s'aperçoit bientôt que, jusqu'à une époque assez rapprochée de nous, les questions touchant l'explication et l'interprétation des textes ont pris le pas sur la recherche des origines littéraires, tandis qu' à partir du XIXe siècle, sans négliger les premières, on accordra une importance considérable à la seconde.

Voici quelques indications sur ce qu'on peut appeler l'histoire de l'herméneutique ou de l'exégèse depuis la formation du recueil de l'Ancien Testament. Les premières théories de l'explication de la Bible ont été formulées et appliquées dans les écoles théologiques du judaïsme peu avant l'ère chrétienne. On recherchait, en particulier, dans le texte même des Livres de Moïse la justification des prescriptions religieuses établies pour le temps présent. On cite entre autres docteurs le célèbre Hillel pour avoir réduit en un corps organique les règles d'interprétation qu'il convient d'appliquer à un texte sacré ; le résultat de ce travail prolongé pendant des siècles devait aboutir à la constitution du Talmud. On s'efforçait également de dégager et de grouper les textes concernant le Messie et le règne messianique. Dans les cercles où avait pénétré la culture grecque, on se préoccupait de concilier les textes bibliques avec une philosophie tout imprégnée de platonisme; les écrits de Philon restent le monument de ces efforts. Dans le Nouveau Testament, nous saisissons très nettement la double influence de l'interprétation messianique qui tend à faire cortège à Jésus-Christ d'un nombre toujours croissant de prophéties bibliques et de l'interprétation allégorique qui étaye la nouvelle doctrine sur l'Ancien Testament. Il est visible que les docteurs qui pratiquaient ce mode d'exégèse tenaient déjà pour secondaire le sens naturel et historique des écrits, ce que nous en appellerions volontiers la lettre, pour s'attacher au sens, à l'intention, à la direction des idées, à ce que nous en appellerions l'esprit; il n'est pas moins visible qu'ils pratiquaient ce procédé avec un singulier arbitraire et que leurs arguments auraient été souvent sans valeur pour tout autre que des gens convaincus à l'avance. 

Cependant l'époque suivante ne crut pas devoir réagir contre les abus d'une interprétation dominée par les préoccupations du dogme et de la polémique. Origène distingue un triple sens dans l'Ecriture : le sens littéral ou corporel, c.-à-d. matériel, dont il faut partir et auquel on peut se tenir tant qu'il ne renferme rien d'incompatible avec le christianisme; le sens psychique et enfin le sens spirituel ou pneumatique (procédés de l'allégorie, de l'anagogie), qui seul révèle la portée profonde de la Bible. Cependant les pères latins se préoccupèrent. de mettre un frein à la licence des interprétations individuelles en les soumettant au contrôle de l'Eglise. On peut également signaler l'essai fait par l'école d'Antioche pour revendiquer les droits de l'interprétation grammaticale et historique. Cela n'empêche pas que de la théorie du triple sens, on passe à celle du quadruple sens, exprimée dans le distique bien connu :

Littera gesta docet; quid credas, allegoria;
Moralis, quid agas; quo tendas, anagogia.
Ainsi le même livre donna un aliment, d'une part , à l'historien désireux de connaître les faits du passé, en second lieu au dogmatiste dans son travail pour établir la foi de son Eglise, en troisième lieu à celui qui cherche les règles pratiques de la conduite, enfin à celui qui s'applique à percer les mystères de la destinée future de l'individu et de l'avenir de l'Eglise. A partir du Ve siècle, les travaux d'exégèse de quelque originalité se font de plus en plus rares et les commentateurs de la Bible se bornent à recueillir et à juxtaposer à propos de chaque texte les avis des interprètes les plus autorisés du passé. 

Le renouvellement des études classiques à la Renaissance et la Réforme qui éclate tôt après ouvrent à l'exégèse biblique de nouvelles voies. L'étude des textes originaux, hébreu et grec, est remise en honneur, en même temps que l'on proclame les droits de l'interprétation grammaticale et historique. Cependant l'explication des livres bibliques continue d'être dominée par le dogme et les théologiens protestants sont résolus à trouver dans l'Ecriture la justification de la croyance exprimée dans les confessions de foi. L'on en revient donc, après un semblant d'émancipation, aux procédés mêmes du Moyen âge et de l'Eglise catholique. On a pu dire sans exagération qu'entre les mains de certains exégètes la Bible n'était plus qu'une collection de dicta probantia à l'usage de la dogmatique officielle; celle-ci s'enseignait selon des divisions consacrées, et ce qu'on appelait la démonstration de chaque dogme en particulier, par exemple, existence de Dieu, expiation, etc., était fournie par une longue série de passages empruntés indistinctement à tous les livres de la Bible, depuis celui de la Genèse qui l'ouvre jusqu'à l'Apocalypse de saint Jean qui la clôt. Parmi les contradictions que rencontra l'exégèse officielle, il convient de citer le mouvement piétiste de Spener, qui prétend retrouver dans la Bible une religion débarrassée des subtilités du dogme officiel et réduite à quelques thèses beaucoup plus simples. Cependant, à le bien prendre, ce n'était pas là l'affirmation d'un nouveau principe d'exégèse, et le dogme, un peu plus compliqué selon les uns, simplifié d'après les autres, demeurait la norme indiscutable de l'interprétation. Ernesti et Semler, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, revendiquent enfin avec autorité les droits d'une interprétation qui soit, avant tout, la mise en valeur des éléments du texte. 

« Pour la première fois, dit Sabatier, nous rencontrons dans les écrits d'Ernesti, élevée à la hauteur d'un principe, l'assertion que les écrits bibliques, bien qu'inspirés de Dieu, doivent être interprétés d'après la même méthode et avec les mêmes moyens que les ouvrages de littérature ancienne. » Mais, « en pratique, l'exégèse est loin de répondre encore à cet idéal ». 
D'un côté, le rationalisme élimine de la Bible tout élément dogmatique pour y substituer une morale pure et se débarrasse des miracles par les ridicules interprétations d'un Paulus; de l'autre, les exégètes conservateurs, sans oser ni nier ni affirmer nettement les droits de l'interprétation grammaticale, s'appliquent avant tout à esquiver les difficultés au moyen d'adroites réticences ou d'explications forcées. Cependant, le progrès général de la philologie et des sciences historiques devait faire sentir son action sur le domaine des études bibliques et l'ensemble des commentaires des livres sacrés livrés à l'impression depuis le commencement du XIXe siècle, particulièrement depuis 1850, trahit un souci d'exactitude inconnu aux âges précédents; quelle que soit la tendance propre à leurs auteurs, catholicisme traditionnel, orthodoxie protestante ou juive, rationalisme à différents degrés, tous discutent soit la composition du texte, soit ses interprétations avec le sentiment très net que le public, familiarisé avec les procédés généraux de la critique historique, se trouverait dépaysé et, sans doute, s'éloignerait si on affectait de les tenir pour nuls et non avenus.

En pénétrant un peu plus au fond des choses, nous diviserions volontiers l'histoire de la critique biblique en quatre périodes : 
1° la période traditionnelle ou ecclésiastique; 

2° la période dogmatique;

3° la période rationaliste; 

4° la période historique.

II est à peine besoin de dire que ces divisions n'ont pas un caractère absolu.

La période traditionnelle s'étend depuis la formation d'un premier canon des écrits sacrés au sein du judaïsme (environ deux cents ans avant notre ère) jusqu'à l'époque de la Renaissance et de la Réforme. Ce qui caractérise l'interprétation des livres bibliques, c'est que, sur la question d'origine et de composition, c. -à-d. d'authenticité des livres, on accepte purement et simplement les propositions de la Synagogue et de la primitive Eglise; que, sur la question d'interprétation, on attaché une importance très secondaire au sens naturel et primitif des écrits et on les considère avant tout comme un trésor pour le dogme, la vie pratique et les spéculations relatives aux choses dernières.

Avec la Renaissance et la Réforme on revient aux textes et à voir la liberté avec laquelle Luther et même Calvin traitent certains points touchant l'origine et le sens des livres bibliques, on peut se faire illusion; quelques-uns ont traduit ce sentiment en parlant de l'application du « libre examen » aux écrits sacrés et l'on a résumé la pratique protestante dans ce vers à la fois plat et prétentieux :

« Tout protestant est pape, une Bible à la main. »
Rien n'est plus faux; si le protestantisme s'est brisé en différentes églises, chacune de celles-ci a édicté pour ses fidèles des règles d'interprétation, dont la première est la conformité avec la foi reçue, telle qu'elle se trouve énoncée dans des confessions, tantôt plus brèves, tantôt plus détaillées. 
L'interprétation de l'Ecriture  « a pour point de départ la foi selon le mot de Melanchthon, lnterpretatio donum piorum est, ou celui de Flacius Illyricus, Sanctus Spiritus auctor et explicator S. S., et pour règle l'analogie générale de l'Ecriture : Omnis intellectus et expositio S. S. sit analogia fidei. » (Sabatier.) 
La seconde phase de l'histoire de l'herméneutique est donc essentiellement dogmatique; le dogme se fonde sur la Bible et la Bible doit s'expliquer conformément au dogme. L'autorité de l'Eglise ayant été réduite à peu de chose dans les communions issues de la Réforme, la Bible prend une importance unique et la critique tend à devenir la servante de la théologie, ancilla theologiae.

Toutefois l'émancipation qui s'était produite sur le terrain philosophique et dans l'enceinte des littératures profanes ne pouvait pas manquer d'avoir son contre-coup en matière de critique sacrée; ainsi se prononce à partir de 1750 environ la phase rationaliste qui, à certains égards, dure encore aujourd'hui. Il ne faut pas prendre ici le mot rationalisme dans l'acception étroite usitée chez les polémistes, d'après lesquels il signifie négation du miracle, de toute révélation et, en général, de tout fait qui ne rentre pas dans les conditions de l'expérience quotidienne, ce qui fait de rationalisme le synonyme de déisme ou de libre pensée. Le rationalisme théologique n'est, en aucune façon, la négation de la Bible, de sa doctrine ou des histoires qu'elle rapporte, mais une tentative pour les accommoder au goût du siècle en écartant tout élément choquant de doctrine ou d'histoire. Ainsi, le théologien du juste milieu glissera sur les passages qui affirment la personnalité du Diable, l'éternité des peines et l'expiation par le sang de Jésus-Christ; le symboliste découvrira des idées profondes sous des mythes ou des faits d'apparence naïve ou grossière; l'exégète élevé à l'école de Schleiermacher, à son tour, passera légèrement sur les miracles dits d'ostentation pour mettre en lumière ceux-là seulement qui impliquent une application morale; il opposera le quatrième Evangile considéré comme « Evangile de l'Esprit », aux Synoptiques, considérés comme « Evangiles de la lettre »; en revanche, le disciple de Baur s'attachera à faire voir que la pure et simple morale de Jésus-Christ a été voilée par des additions dogmatiques, dont il convient de la débarrasser et qui sont le fait de ses successeurs. La doctrine de Jésus se ramène à un spiritualisme éclairé; tout ce qui n'y rentre pas est le fait de ses disciples. Enfin, des théologiens tels que Scholten et Colani prétendent distinguer le christianisme primitif, simple affirmation de la paternité divine et de la fraternité humaine, du bagage de l'eschatologie dont l'ont affublé des disciples inintelligents et assurent qu'ils ont des moyens certains de distinguer ce qui appartient au maître et ce qui est le fait des apôtres. De la sorte, on nous a donné dix portraits de Jésus, depuis le thaumaturge effrayant, incarnation de la toute-puissance divine, jusqu'au professeur de morale laïque et civique en passant par le socialiste, le piétiste, etc. 

Les personnes qui savent se placer au-dessus des intérêts de leur groupe et de leur opinion, reconnaissent la nécessité de réagir contre les procédés du rationalisme de toute nuance, qui aboutit à la critique purement subjective et à l'arbitraire le plus inquiétant; ainsi naît la phase proprement historique de la critique sacrée, dont les symptômes apparaissent de plus en plus clairement. Mettant à profit les connaissances grammaticales, historiques et archéologiques qui jettent la lumière sur la constitution des textes, sur leur sens et sur leur origine, la critique se proposera pour objet de restituer chaque écrit dans les circonstances mêmes où il a vu le jour; vouée à l'élucidation des problèmes qui touchent à l'origine et à la composition des livres saints, elle n'empiétera pas sur le droit que revendiquent bien légitimement les différentes Eglises de tirer de ces livres tout ce qui leur est nécessaire pour construire leur dogme, leur morale et leur culte. La critique littéraire et historique appliquée aux livres de la Bible dans les mêmes conditions dont on use pour les littératures profanes, ne constitue donc pour nous, à aucun titre, une entreprise contre les Eglises et nous estimons qu'il y a là, au contraire, un terrain commun sur lequel des gens venus de divers points de l'horizon peuvent s'associer pour le profit de tous. Nous prétendons, au moins sur le domaine de la théorie, que des savants résolus à faire plier leurs sympathies ou leurs antipathies devant l'évidence des textes, s'accorderont sans trop de peine à définir, par exemple, le caractère des livres historiques de l'Ancien Testament, les traits essentiels de la doctrine de saint Paul, les tendances de la théologie johannique. La cause de désaccord la plus apparente entre les théologiens placés au point de vue confessionnel, d'une part, et ceux des exégètes qui font profession de s'en tenir aux règles de la critique profane, est dans l'affirmation que font les premiers, que contestent les seconds, de la Révélation et du Miracle. 

Eh bien! sur ces points mêmes, nous ne croyons pas à un divorce nécessaire. En effet, la révélation peut être conçue comme une assistance divine qui ne méconnaît pas les conditions naturelles de tout développement littéraire, et les faits dits surnaturels, loin de servir de garants à la vérité de l'histoire comme on le prétendait autrefois, ne sont plus guère allégués que comme une conséquence de l'authenticité que, pour d'autres raisons, l'on est amené à reconnaître à certains écrits. Les faits dits surnaturels, tels que les prophéties messianiques, la naissance, la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ, sont de plus en plus considérés comme des aspirations, des espérances, comme le vêtement qui a permis de donner à certaines idées dogmatiques et morales une forme concrète et aisément assimilable. Sans nous leurrer de l'espoir de voir les conflits entre la science laïque et la science ecclésiastique disparaître du jour au lendemain, nous avons confiance qu'il s'établira entre les deux groupes de travailleurs des relations de phis en plus intimes, qui seront à l'avantage des uns comme des autres, au profit des laïques, trop portés vers une libre pensée étroite et sans horizons, au profit des ecclésiastiques, qui inclinent à vivre en dehors du cercle de la vie du monde.

Nous croyons que notre tâche serait incomplètement remplie si nous ne faisions pas voir comment la critique sacrée qui est, avant tout, une explication de textes, aboutit de notre temps à être une histoire au sens le plus large du mot, une histoire des idées, des faits et des personnes ; c'est le moment de montrer aussi quels sont les principaux points sur lesquels se porte l'attention des cercles où l'on cultive les sciences exégétiques et le degré d'avancement de certaines questions.

1° Origines religieuses du judaïsme. On en a disputé fort sans être arrivé à rien de décisif. Aujourd'hui, l'on repousse volontiers l'hypothèse d'un monothéisme primitif, lequel remonterait à l'époque patriarcale, et l'on préfère considérer que la religion juive s'est dégagée graduellement des pratiques et des doctrines, aussi grossières que confuses, que l'on prête aux différents peuples dits sémitiques. - Cette supposition se heurte à de grosses objections, notamment à la doctrine constante des livres bibliques, qui ne fournissent pas les preuves de l'évolution
prétendue. 

2° Phases de, la littérature hébraïque. Cette littérature, dont la Bible est le monument, aurait débuté par des poésies d'un caractère profane et héroïque, auxquelles auraient succédé des oeuvres d'histoire, de législation, de prophétie, de morale distribuées sur une longue série de siècles, depuis le douzième avant notre ère jusqu'aux environs du christianisme. - De telles vues semblent appeler les plus sérieuses corrections : l'on a exagéré ait delà de toute idée les différences des points de vue entre les diverses éditions de la législation, entre les écrits prophétiques, législatifs, moraux, etc., en sorte que l'unité de la Bible se trouve sacrifiée à la diversité des éléments entrés dans sa composition. Les procédés de dislocation, on pourrait presque dire de pulvérisation, qui sont devenus à la mode depuis quelques années, nous semblent de nature à donner de la Bible l'idée la plus inexacte; la simplicité de doctrine qui la caractérise sous l'incontestable variété des formes, est absolument compromise ; elle cesse d'être l'expression d'un état d'esprit un et conscient de lui-même, pour n'être plus qu'un miroir, où se reflètent successivement, et avec une égale indifférence, les images d'époques et de civilisations profondément séparées par les siècles comme par les tendances. Ce qui nous paraît surtout de nature à engager la critique biblique dans une voie fausse et sans issue, c'est la prétention, aujourd'hui à la mode, d'expliquer la littérature hébraïque par la vie nomade et les moeurs primitives des populations arabes anciennes et modernes ; c'est nier le caractère religieux, qui est le trait distinctif de la Bible et doit lui faire assigner une place à part entre toutes les littératures de l'antiquité. Cette religion de la Bible n'a pas non plus le cachet de naïveté d'un peuple enfant, mais celui des oeuvres mûres et fortes qui marquent le point d'arrivée de longues méditations, servies dans leur expression par une haute culture littéraire.

 3° Origine des écrits législatifs, historiques, prophétique et autres. On a vu au mot Ancien Testament quelques indications sur les solutions proposées. Nous ne rentrerons pas ici dans leur examen, nous bornant à insister de nouveau sur l'insuffisance de toute solution qui aboutit au morcellement des textes et à la contradiction des idées. Il faut, de toute nécessité, sous une forme ou sous une autre, pour une date plus ou moins reculée, restituer à la Bible et à ses principales
parties leur unité.

4° La littérature juive aux environs du christianisme. L'ancienne exégèse, - et le reproche vise particulièrement l'exégèse protestante, - laissait subsister une grande lacune entre le judaïsme et le christianisme, entre les livres sacrés du premier et ceux du second. Depuis le commencement du XIXe siècle, on s'est appliqué à mettre en lumière les livres tant canoniques que deutérocanoniques, apocryphes et pseudépigraphes dont on peut rapporter l'origine aux deux siècles qui précèdent l'ère chrétienne et aux temps qui la suivent immédiatement; on a contribué ainsi à rétablir tant le cadre des faits que l'histoire des idées et l'on est en mesure d'aborder dans des conditions beaucoup plus satisfaisantes l'étude du Nouveau
Testament. 

 5° Jésus-Christ et les Evangiles. C'est là sans doute le sujet où continueront de se produire les opinions les plus divergentes. Quelle est l'origine, quel est le rapport littéraire, quelle est la valeur historique respective des évangiles? Dans quelle mesure peut-on reconstituer au moyen d'eux la physionomie et l'action du fondateur du christianisme? Quelle place accorder aux théories du rationalisme protestant, qui a ramené le personnage de Jésus à la figure d'un moraliste et d'un philanthrope du temps présent? 

6° Les écrits des apôtres et l'évolution de la théologie chrétienne dans le cours du premier siècle. Sujet du plus haut intérêt et qui comporte un nombre, pour ainsi dire infini, de problèmes littéraires, historiques et théologiques! L'école de Tubingen, en mettant vigoureusement en lumière le sens des oppositions rencontrées par saint Paul, a renouvelé l'aspect des questions, mais les solutions proposées ont besoin d'être remises sur le métier et l'on est encore bien loin de s'entendre sur nombre de problèmes de premier ordre; cependant il est des points, - et non des moins essentiels, - où les critiques s'accordent volontiers, notamment sur les bases de la doctrine de saint Paul, laquelle contient les éléments primordiaux du développement ultérieur de la dogmatique chrétienne.


On voit par ce qui précède à quel point est variée, à quel point est riche la tâche de celui qui s'adonne à l'étude critique des livres bibliques, à l'examen méthodique des faits et des idées que ces écrits lui font connaître. S'il veut lire les textes d'une façon suivie en les éclairant des données de la philologie et en y joignant les renseignements de toute nature propres à les faire comprendre, il prendra un Commentaire des livres bibliques. S'il se propose d'élucider les questions relatives à la composition et à l'origine des livres, il étudiera une Introduction ou Manuel de l'Ecriture sainte. S'il veut dégager les idées religieuses, leur marche, leurs différents aspects, il ouvrira une Théologie de l'Ancien ou du Nouveau Testament. S'il s'attache, avant tout, à la succession des faits et au cadre des événements, il s'adressera à une Histoire juive ou Histoire du peuple d'Israël. S'il préfère trouver réunis dans un seul ouvrage l'explication raisonnée du texte, l'histoire de la littérature, des idées et des faits, il les rencontrera, selon un ordre méthodique, dans les Bibles annotées et commentées, telles que la Bible de Reuss, ou dispersés selon l'ordre alphabétique dans les Dictionnaires de la Bible. A quoi il faudra joindre les textes originaux et les traductions anciennes et modernes de la Bible. Une bibliothèque de critique sacrée pourra donc comprendre, comme divisions essentielles, les articles suivants : 
1° Textes bibliques, leur histoire, leur constitution; 

9° Traductions anciennes et modernes de la Bible; 

3° Commentaires sur les livres saints; 

4° Introductions aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; 

5° Théologies bibliques; 

6° Histoires juives;

7° Oeuvres d'ensemble, telles que Bibles, comportant une traduction et des éclaircissements divers, dictionnaires et encyclopédies bibliques.

Ces divisions peuvent être adoptées pour fixer les cadres d'une bibliographie de la Bible; on pourrait également les multiplier dans de grandes proportions en introduisant des catégories de détail et en faisant place à ce qu'on peut appeler les sciences auxiliaires de la critique biblique. (Maurice Vernes).
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