Dictionnaire des Oeuvres
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Berte aus grans piés. - Un des romans des Douze Pairs (cycle carolingien). La Berthe de ce roman est la même que la reine Pétauque (aux pieds d'oie), dont la statue se voit encore au portail des cathédrales du Mans et de Nevers, et de Saint-Bénigne de Dijon. C'est la Berthe du vieux bon temps, du temps que Berthe filait. Le peuple de Toulouse jure encore par la quenouille de la reine Pétauque; et les Italiens disent en proverbe : non e piu il tempo che Berta filava. Berthe était fille de Caribert, comte de Laon, et femme de Pépin le Bref; elle mourut en 783, et fut enterrée à St-Denis, où son tombeau portait cette simple inscription :

Berta mater Caroli Magni.

D'après le roman, Berthe était fille de Flores, roi de Hongrie, et de Blanchefleur. Sur la renommée de sa beauté, Pépin la demande en mariage. Elle est envoyée en France sous la garde de son cousin Tybers, et de Margiste ancienne esclave. Celle-ci, d'accord avec Tybers, substitue à Berthe sa propre fille Aliste, qui est aussi belle, mais qui n'a pas de grands pieds. Après le mariage, Berthe, accusée d'avoir voulu tuer la nouvelle reine, est saisie, battue, bâillonnée, jetée sur un cheval, qui l'entraîne dans la forêt du Mans, où Tybers tente de la tuer; elle est recueillie dans la maison de Symons, où elle fila pendant huit ans, se faisant passer pour une ouvrière d'Alsace. Cependant Blanchefleur, ayant perdu tous ses enfants, vient en France pour chercher des consolations auprès de sa fille. 

La fausse Berthe feint d'être malade, pour ne se point montrer; mais Blanchefleur pénètre dans l'appartement de la reine, et déclare que ce n'est pas sa fille. Margiste est brûlée vive, Tybers est pendu à Montfaucon, et Aliste enfermée dans un couvent. Le roi fait chercher Berthe, mais en vain, dans tout le pays du Mans. Enfin, pendant une chasse, il rencontre une belle jeune fille, qui, pour échapper à ses poursuites, s'écrie : "Ne touchez pas à la femme de Pépin; je suis la fille du roi Flores!" Par ordre de Pépin, Symon questionne Berthe; mais elle déclare que ce qu'elle a dit est faux, et qu'elle l'a inventé pour sauver son honneur. Pépin envoie un courrier en Hongrie : Flores et Blanchefleur arrivent au Mans. Ils entrent dans la maison de Symons; Berthe se jette à leurs pieds; elle est enfin reconnue, et reprend sa place auprès de Pepin.

Le roman de Berte aus grans pies fut composé par le roi (des ménestrels) Adenès ou Adam, qui vivait dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Il est écrit en vers de douze syllabes; les couplets sont monorimes. II n'y a dans ce poème aucun artifice de composition; les événements sont racontés avec une grande simplicité, et dans l'ordre où ils se sont succédé. Ce qui en fait le charme, c'est la candeur, l'abandon naïf du poète, qui ne laisse échapper aucune occasion d'exprimer sa colère contre l'orde vieille (Margiste), la fausse royne (Aliste) et le faux Tybers; pour eux il n'a pas assez d'imprécations. Mais avec quelle pitié, quelle tendresse il parle de Berthe! Avec quelle complaisance il raconte ses malheurs et sa vertu! De la ces répétitions qui, excusables dans un roman destiné à être chanté, seraient de véritables défauts dans un poème régulier.

Le roman de Berte aus grans piés a été publié par Paulin Paris en 1832. On a supposé qu'il était une allusion aux malheurs de la reine Marie de Brabant, séparée longtemps de Philippe III le Hardi par les intrigues de Labrosse. (H. D.).


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