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Agnès (histoire littéraire). - On sait quel type enchanteur, à la fois plein de candeur, de franchise et de naïveté, est celui d'Agnès dans l'Ecole des femmes. Molière a créé là, comme cela lui est arrivé tant de fois, un de ces caractères accomplis, qui, une fois entrevus, ne s'effacent plus de l'esprit et deviennent immortels. Agnès est la personnification de l'ingénuité, de la pureté féminine, qui, sans songer à mal et par le fait de cette pureté même, fait les récits les plus étonnants et hasarde des réflexions que dans une autre bouche on trouverait singulièrement aventureuses. 

Ce type d'Agnès a servi pendant bien longtemps à caractériser les ingénues de théâtre, et d'un de ces rôles de jeune fille qui joignent la grâce à la naïveté, le charme à la pudeur, qui sont un modèle de candide innocence et de chaste modestie, on disait : « C'est une Agnès. » 

Mais Molière a poussé si loin la naïveté de son héroïne que souvent elle a passé pour sotte, et c'est ainsi que l'entend Destouches dans sa comédie de la Fausse Agnès. Angélique, fille de beaucoup d'esprit, est demandée en mariage par un poètecampagnard qui se pique d'épouser une femme capable de le comprendre. Angélique aime Léandre : aussi forme-t-elle le projet de feindre la stupidité pour éloigner la prétentieux campagnard. 

« Mon dessein, dit-elle, est d'avoir au plutôt quelques conversations particulières avec lui, et d'y affecter tant de naïveté, d'ignorance et de bêtise qu'il ne puisse pas me souffrir. En un mot je vais faire l'Agnès. ».
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Dictionnaire Le monde des textes
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