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La légende d'Adam. La création de l'homme, son bonheur primitif et sa chute, ont inspiré, pendant le Moyen âge, un certain nombre d'écrivains en France. Le plus ancien monument littéraire où soit traité ce sujet est un drame anglo-normand rimé, du XIIe siècle, et intitulé Adam; exhumé d'un manuscrit de la bibliothèque de Tours, il a été publié par Victor Luzarche (Paris, 1854, in-8°). L'oeuvre de tous points complète, donne même de précieuses indications scéniques, rédigées en latin barbare, en sorte qu'elle fournit tout à la fois un double spécimen de la langue française à son origine et de la langue latine à son déclin. L'auteur, qui nous est inconnu, suit la tradition biblique : la première partie du drame contient l'histoire d'Adam et d'Eve jusqu'à leur expulsion du Paradis terrestre, la deuxième est consacrée à la vie de Caïn et d'Abel; et, dans une troisième, les prophètes de l'Ancien Testament viennent annoncer l'avènement du Sauveur, la rédemption et la délivrance du genre humain. Tout se termine par un dict moral, épilogue non dialogué, ayant pour sujet les signes du Jugement dernier et la description de la fin du monde, avec des exhortations à la pénitence.

Le drame d'Adam ne semble pas s'être perpétué dans notre littérature; du moins on ne voit pas qu'il ait été renouvelé de siècle, en siècle, avec des modifications plus ou moins profondes. Mais, si le sujet lui-même n'a plus eu sa vie propre, il s'est agrégé à celui de la Passion, qui a enfanté tant de compositions dramatiques. En effet, tout Mystère de la Passion eut une sorte de prologue, où était l'histoire de la création du monde et du péché d'Adam, ainsi qu'on peut le voir dans les manuscrits ou dans les pièces publiées, jusqu'à celle qu'Arnoul Gresban composa en 1469.

Vers le XVIe siècle, le tableau de la faute et du châtiment de l'homme fut détaché des Mystères, pour redevenir une oeuvre indépendante, souvent augmentée de toute l'Histoire sainte. C'est avec ce caractère que la légende d'Adam se présente dans un Mistère du vieil Testament par personnages, joué en plusieurs journées, et imprimé en caractères es gothiques, sans date. Il n'y a là pas moins de 62 000 vers. Au lieu de s'en tenir au récit de Moïse, la légende est défigurée, depuis cette époque non seulement par l'introduction de personnages allégoriques (la Paix, la Justice, la Miséricorde, etc.), mais encore par toutes sortes de faits apocryphes et de fables.

Parmi les oeuvres de cette nouvelle espèce, on peut citer un petit ouvrage latin, imprimé sans lieu ni date vers la fin du XVe siècle, et intitulé : De creatione Ade et formatione Evae a oesta ejus, et quomodo decepti fuerunt a serpente; l'auteur y raconte une prétendue pénitence d'Adam et une nouvelle faute d'Eve, qui, en général; est fort maltraitée par les légendaires. La Bibliothèque nationale de Paris conserve en manuscrit une foule de légendes : sur la Naissance de Caïn; sur une Vision d'Adam, à qui aurait été révélée par St Michel la perpétuité d'une inspiration divine parmi las hommes; sur un Voyage de Seth au Paradis terrestre; sur la Mort d'Adam, etc. Toutes les fictions répandues parmi le peuple et acceptées avec foi se trouvent résumées dans les Genèses, dans les Bibles historiales et dans les vieux traités de théologie à l'usage du vulgaire. (Bachelet).



En bibliothèque - Louis Moland, le Drame et la Légende d'Adam au moyen âge (dans la, Revue, contemporaine du 15 juin 1855).

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