 |
Réminiscence,
dans son acception usuelle, aussi bien en psychologie
que dans le langage ordinaire, désigne un souvenir imparfait, une
conception qui se présente à notre mémoire sans que
nous en reconnaissions précisément l'origine; par exemple,
un vers qui nous revient à l'esprit sans que nous nous rappelions
quel en est l'auteur, un motif musical que nous fredonnons sans savoir
où nous l'avons entendu, l'idée que
nous avons déjà vu quelque part une personne que nous rencontrons,
etc.
Dans un sens qui
ne s'éloigne pas beaucoup du précédent, mais qui le
restreint et le précise, Platon a fait
de la Réminiscence (en grec anamésis) le principe
d'une théorie qui lui est propre. Les
idées,
selon lui, en tant que conçues par l'esprit, sont l'objet de réminiscences.
C'est dans une existence antérieure
à celle-ci que nous avons connu le bien, le vrai, toutes les idées
générales et absolues; maintenant nous ne faisons plus que
nous en ressouvenir; et ce souvenir incomplet (car nous ne nous doutons
pas que nous nous souvenons; le philosophe seul l'a deviné; et,
au fond, l'objection la plus sérieuse qu'on puisse faire à
son système, c'est qu'il repose sur une
hypothèse tout à fait arbitraire),
ce souvenir incomplet, disons-nous, cette réminiscence l'éveille
en nous à mesure que quelques perceptions
présentes en font naître l'occasion.
On trouve partout
dans Platon les traces de cette théorie; mais c'est surtout dans
le Ménon qu'il l'a régulièrement exposée.
Dans le Phèdre, les ailes de l'âme
poussant à la vue de ce qui est beau pour l'emporter vers les régions
idéales de la beauté en soi ont bien l'air de n'être
encore qu'un symbole poétique de la Réminiscence.
(B-e.). |
|