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La science politique dans l'Antiquité
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La science politique ne put sans doute se constituer qu'assez longtemps après que les humains eurent pris l'habitude de vivre en société, lorsqu'ils devinrent capables de concevoir d'une manière abstraite les gouvernements et les gouvernés. Mais dès les plus informes rudiments de société, il exista, à l'état latent si l'on veut, des croyances obscures concernant les relations des humains entre eux. Ce fut probablement la famille qui fut la première forme de société, et la force qui conféra au chef de famille un droit sur ceux qui l'entouraient. La force et la nécessité agrandirent peu à peu le cercle de la famille; et les premières sociétés que nous devinons sont des clans communautaires où le chef a un pouvoir plus ou moins tempéré par ceux des autres chefs de famille. Dans une période ultérieure, l'autorité prit un caractère sacré et religieux. La force, les liens du sang et la religion : tels sont donc les premiers fondements des relations politiques que nous remarquons parmi les humains; l'autorité du «-gouvernement-» était absolue; c'était du chef ou de la communauté que les sujets attendaient leur subsistance; c'était d'eux que dépendait leur vie.

Antiquité orientale.
Les premiers documents historiques que nous connaissons renferment les traces de ce droit préhistorique. Mais généralement la forme communautaire primitive a disparu; et nous avons affaire à des monarchies' théocratiques où le caractère familial des relations communautaires primitives est aboli et où la distance entre gouvernement et gouvernés s'est considérablement agrandie au profil de l'autorité.

Dans quelques civilisations avancées et assez mal connues d'ailleurs, en Inde et en Chine par exemple, on arriva de bonne heure à concevoir les questions politiques. Les lois de Manou nous révèlent le code de la politique brahmane des castes. Les brahmanes, pieux et instruits, sont les justes, les dieux, les possesseurs de toutes choses, les véritables seigneurs. Il y a d'ailleurs un roi :

« C'est une grande divinité, sous une forme humaine. Son premier devoir est de vénérer les prêtres, véritables souverains. »
Le bouddhisme eut une valeur morale supérieure; il reposait sur le principe de l'égalité des humains et aboutit à la suppression des castes et de la théocratie. Mais il dédaigna la politique proprement dite, s'occupant de créer des saints et non des citoyens.

Les Chinois s'intéressèrent davantage à la politique pure. Confucius, respectueux de la tradition, a une morale élevée, et, s'il n'eut pas de doctrine politique positive, reconnut que le roi est un humain, non un dieu, et considéra que le gouvernement est un établissement humain qui peut être modifié. C'est seule la vertu du prince qui rend son autorité bonne et légitime. Deux cents ans après lui, son disciple Mencius eut des maximes plus hardies, gourmanda sévèrement les princes, expliqua la souveraineté par un accord du ciel et du peuple.

« Le peuple, dit-il, est ce qu'il y a de plus noble dans le monde; les esprits de la terre ne viennent qu'après; le prince est de la moindre importance. »
On n'ira pas plus loin jusqu'à l'éveil de la philosophie grecque.

Les autres peuples orientaux eurent un développement politique très inférieur. Le Zend Avesta persan contient plutôt un rituel que des maximes politiques. Les Egyptiens, comme les Assyriens et les Babyloniens eurent un régime théocratique, ou les prêtres et le roi se disputaient l'autorité quand ils ne s'entendaient pas, et où seules des maximes de morale et de religion tempéraient l'arbitraire. Les Hébreux eurent un régime particulier assez difficile à concevoir exactement. Ce fut une théocratie longtemps communautaire et mêlée d'esprit démocratique. L'autorité souveraine appartenait à Yahveh, seul propriétaire et seul seigneur, qui la délégua successivement à des pouvoirs divers, sans que jamais les droits de la communauté primitive aient complètement disparu.

En résumé, l'Antiquité orientale conçut le pouvoir souverain comme un don de la divinité à un individu ou à une caste de privilégiés. Les sujets n'ont pas de droits. La religion et la morale conseillent une certaine modération aux gouvernants. La philosophie chinoise seule entrevit quelques-uns des principes que devait développer celle de la Grèce.

Antiquité grecque et romaine.
La religion des morts fonda en Grèce la famille, puis la Cité, qui est une forme de l'Etat. Fustel de Coulanges a montré comment elle établit d'abord le droit domestique et le gouvernement de la gens, ensuite les lois civiles et le gouvernement municipal. Les premiers codes furent des recueils de rites en même temps que de prescriptions législatives. La loi ne sortit pas de la volonté d'un homme ni d'un suffrage. Elle était « la religion même s'appliquant aux relations des hommes entre eux ». C'était la participation du citoyen au culte qui lui conférait ses droits civils et politiques. Le mot patrie revêt un sens sacré et profond. Tout ce que l'humain a de cher se confond avec la patrie. On ne conçoit pas que l'intérêt privé puisse y être opposé. 

« C'est la patrie, dit Platon, qui nous enfante, qui nous nourrit, qui nous élève. » 
La liberté individuelle était inconnue. La conscience même de l'humain n'était pas soustraite à l'omnipotence de la Cité. La science politique latente de la cité primitive, celle dont on retrouve l'influence dans toute l'Antiquité grecque et romaine, a pour fondement l'asservissement complet de l'individu par la Cité.

Mais cette idée subit de nombreuses altérations, à mesure que se transformèrent les sentiments religieux. Avec les progrès de la civilisation, le respect du vieux culte disparut. Des humains arrivèrent à la conception d'une divinité immatérielle, à une notion plus précise de l'âme humaine. Pythagore se figura vaguement l'Etre suprême, professa le dédain des cultes locaux et le mépris des vieux modes de gouvernement. Anaxagore s'éleva à l'idée du Dieu comme intelligence qui règne sur l'univers et ne daigna plus s'acquitter de ses devoirs mesquins de citoyen. Les sophistes exercèrent plus d'action. Dans la lutte qu'ils engagèrent contre le passé, ils ne ménagèrent pas plus les institutions de la cité que les préjugés de la religion. Ils examinèrent les lois de l'Etat, enseignèrent une nouvelle justice plus humaine et moins exclusive, prêchèrent que, pour gouverner un État, il ne suffisait plus d'invoquer les vieux usages et les lois sacrées, mais qu'il fallait persuader les humains et agir sur des volontés libres.

Socrate fut de leur école, repoussant l'empire de la tradition, croyant que les règles de la conduite étaient gravées dans la conscience humaine, mettant la vérité au-dessus de la coutume, la justice au-dessus de la loi. Il engagea toujours à respecter dans la pratique les lois de l'Etat et les coutumes religieuses, mais fit la critique de bien des institutions irrationnelles et invita énergiquement les hommes politiques à l'étude et à l'action. Sa politique d'ailleurs n'avait rien de scientifique. Elle était surtout pratique et morale, traitait des devoirs de la vie publique comme de ceux de la vie domestique, sans théorie abstraite. Et par sa mort il montra que la conscience au moins du citoyen devait être affranchie de l'Etat.

Son influence fut décisive et, après lui, une foule de philosophes discutèrent librement les principes et les règles de l'association humaine. Platon, Criton, Antisthènes, Speusippe, Aristote, Théophraste et beaucoup d'autres écrivirent sur la politique des traités où ils agitaient les grands problèmes de l'organisation de l'État, de l'autorité et de l'obéissance, des droits et des devoirs des citoyens.

Platon, à vrai dire, subit encore fortement le joug des vieilles idées. L'Etat qu'il imagine est encore la Cité antique. Il est étroit et ne doit pas compter plus de cinq mille membres. Le gouvernement y est encore réglé selon les anciens principes. La liberté y est inconnue. Le but que se propose le législateur est moins le perfectionnement de l'humain que la sûreté et la grandeur de l'association. La famille même est presque étouffée pour qu'elle ne fasse pas concurrence à la cité. L'Etat seul est propriétaire. Seul il est libre. Seul il a une volonté, une religion et des croyances, et quiconque ne pense comme lui doit périr. Pourtant çà et là les idées nouvelles se font jour. Platon proclame comme Socrate et les Sophistes que la règle de la morale et de la politique est en nous-mêmes, que la tradition n'est rien, que c'est la raison qu'il faut consulter, et que les lois ne sont justes qu'autant qu'elles sont conformes à la nature humaine. D'ailleurs, dans les Lois, moins absolues que la République, l'individu est plus respecté, la propriété et la famille subsistent, les castes sont devenues des classes mobiles séparées seulement par le degré de la fortune; l'élection populaire, la responsabilité des magistrats sont le signe d'une part plus grande faite à la liberté. N'oublions pas toutefois que l'État fixe les parts de propriété, fait les mariages et les surveille, détermine les lois de la poésie et de la musique, règle le culte. La politique de Platon n'est plus exactement celle de la Cité antique, mais elle se confond parfois avec la morale dont il est presque le fondateur, et le devoir moral de l'Etat s'ajoute à ce qui subsiste des souvenirs anciens pour le rendre particulièrement oppresseur de l'individu.

C'est chez Aristote que pour la première fois, exception faite peut-être du Chinois Mencius, apparait l'idée d'affranchir l'homme dans une certaine mesure de la tyrannie de l'Etat. La science du souverain bien, dit-il, n'est complète que si elle traite du bien dans l'Etat. Procédant par observation et par analyse, il examine ce qu'est l'Etat et ce que doit être la loi : 

« La loi, dit-il, c'est la raison. » 
Il faut chercher, non pas ce qui est conforme à la coutume des pères, mais ce qui est bon en soi et nécessaire. Sans doute la famille est historiquement l'origine de l'Etat, mais les devoirs et la constitution de l'Etat sont différents des siens : 
« L'Etat n'est pas; autre chose qu'une association d'êtres égaux recherchant en commun une existence heureuse et facile. »
Exception faite des esclaves, tous les humains y sont libres. L'autorité du magistrat n'est que celle d'un égal sur des égaux. C'est ce qui la distingue de celle du père de famille. La propriété individuelle doit être respectée. L'Etat n'est pas une unité véritable et supérieure comme le veut Platon, mais une collection d'individus spécifiquement distincts.

Ces idées sont nouvelles. Par ailleurs, Aristote se rapproche davantage de son temps. Pour lui comme pour Platon, l'objet et la fin de l'État est la vertu. C'est elle qui fonde le droit de cité. Les travailleurs n'ont pas le loisir de la pratiquer et par conséquent ne peuvent être citoyens. Les guerriers et les juges sont les seuls citoyens et les seuls propriétaires. L'éducation est entièrement mise à l'Etat qui doit répandre des sentiments communs et former l'humain à la vertu. Il doit maintenir dans de justes limites l'égalité ou l'inégalité qui par leurs excès causent les révolutions. 

Malgré quelques restrictions nécessaires, il faut reconnaître qu'Aristote le premier a battu en brèche l'idée de l'omnipotence de l'Etat et, qu'il aborde d'une manière toute nouvelle les questions relatives au gouvernement. En introduisant la méthode d'observation dans les spéculations politiques, en les dégageant définitivement de la tradition et de la religion, en les distinguant dans une certaine mesure de la morale, il est le véritable fondateur de la science politique.

La philosophie d'Aristote et de Platon n'avait pas encore pris en considération proprement les droits de l'homme, mais seulement ceux du citoyen. En dehors du citoyen, elle admettait l'existence de castes inférieures, de travailleurs et d'esclaves; de plus, l'Etat absorbait encore complètement l'individu. Plusieurs sectes nouvelles réagirent contre ces deux principes.

Diogène le Cynique déjà se disait citoyen du monde et prétendait le gouvernement de l'univers seul digne de son admiration. L'Epicurisme affecta de railler les systèmes politiques et les devoirs civils, affaiblit la notion du despotisme de l'Etat, alla parfois jusqu'à effleurer l'idée d'un contrat naturel :

« Le droit, disait Epicure, n'est autre chose qu'un pacte d'utilité dont l'objet est que nous ne nous lésions point réciproquement, et que nous ne soyons pas lésés. » 
On déclare que la justice est fondée sur une convention qui a pour objet l'utilité réciproque. Lucrèce a décrit avec magnificence la formation des sociétés politiques, et comment le règne des conventions et des magistratures succéda à celui de la force. En revanche, l'école académique combattait l'existence du droit naturel. Carnéade invoquait contre l'idée d'une justice absolue les contradictions des opinions humaines et ne reconnaissait d'autre principe politique que le droit du plus fort.

Ce fut l'école stoïcienne qui la première établit solidement à la base de sa philosophie, l'idée d'une justice naturelle, d'un droit naturel qui a son fondement dans l'essence même de l'humain, dans sa parenté avec la divinité. A Rome, Cicéron vulgarisa et défendit hautement ses doctrines. Il n'y a de justice que celle qui est fondée sur la nature, Toute autre est illusoire. Au-dessus de l'Etat il y a la raison, le droit, la loi. Les Etats particuliers ne sont que les membres d'un grand tout gouverné par la raison. La doctrine des Stoïciens, plus morale que politique, leur donna une attitude d'abstentionnistes. Polybe et Cicéron, leurs disciples, firent l'éloge de la constitution de Rome républicaine et des gouvernements modérés sans construire de théorie proprement dite. Mais, par la tournure même de leurs esprits, les Stoïciens avaient contribué à affaiblir l'idée de l'Etat, montrant l'humain en dehors du citoyen et professant que son devoir supérieur n'est pas de servir l'Etat, mais d'être vertueux et de plaire aux dieux.

La spéculation politique pure n'intéressa guère les Romains de l'empire. Les esprits indépendants se livrèrent à l'étude de la morale. Les jurisconsultes commentèrent et complétèrent le droit, et il faut reconnaître qu'en général ils s'inspirèrent des idées libérales familières au Stoïcisme (Le Droit romain). Au droit littéral de l'ancienne Rome qui fondait la famille sur le pouvoir,  la propriété sur le privilège du citoyen romain, et la sainteté des contrats sur les conventions écrites, les jurisconsultes romains substituèrent une justice plus humaine. Ils définissent le droit naturel comme étant « celui que la raison naturelle établit entre les hommes-». « L'intérêt civil, dit Gaius, ne peut pas corrompre les droits naturels ». Serviteurs du pouvoir absolu, ils déclarèrent cependant « que c'est le peuple qui a transmis au prince le pouvoir ». On a pu dire justement qu'au rebours d'Aristote, qui avait prêché la liberté politique et l'esclavage civil, ils avaient travaillé pour la liberté civile sous un pouvoir despotique.

L'Antiquité classique a donc, en somme, créé la science politique. La philosophie grecque l'émancipa du joug traditionnel de la religion. Platon après Socrate la relia à la morale. Aristote lui donna la méthode d'observation et reconnut le droit naturel. La philosophie des Stoïciens combattit pour l'émancipation de l'individu, et son influence persista jusqu'aux derniers siècles de l'empire. Quelques-uns. d'entre eux furent peut-être les seuls parmi les anciens qui aient complètement détaché la morale de la religion.

Le Christianisme. 
Le christianisme, qui fut dans le monde ancien l'agent d'une si profonde transformation morale, ne contenait pas de doctrine politique proprement dite, Jésus et ses disciples achevèrent de briser le cadre de la cité antique en prêchant la fraternité humaine, et diminuèrent Ie rôle de l'État en affranchissant de son contrôle l'âme du citoyen. Mais l'initiateur même de la religion nouvelle déclarait aux siens que son royaume n'était pas, de ce monde, et qu'il fallait rendre à César ce qui était à César. Le christianisme, en lui-même, n'a nullement été une doctrine d'émancipation sociale et politique, pas plus qu'on n'y trouve prêchée la théorie de la supériorité de l'Eglise sur l'État. Ce n'est qu'indirectement, en présentant à l'humain des devoirs indépendants de ceux du citoyen, qu'il prépara le conflit de l'Église et de l'Etat; et ce n'est qu'indirectement aussi qu'il orienta les esprits vers une doctrine politique nouvelle en donnant une nouvelle base à la morale, et un nouveau but à la vie. L'égalité primitive entre les humains apparut comme certifiée par la religion du Christ, aussi bien que par la raison des Stoïciens. S'abstenant de toute attaque contre l'esclavage et la propriété en tant qu'institutions civiles, les Chrétiens, en raison de leur doctrine religieuse, étaient portés à les décrier. Saint Augustin et plusieurs autres docteurs après lui les déclarèrent injustes en droit naturel, et n'y voyaient que les effets de la malédiction divine qui suivit le péché. La morale et la religion apparurent aux esprits comme des devoirs d'ordre supérieur à ceux qu'impose l'Etat; et la cité terrestre sembla peu de chose auprès de la cité céleste réservée aux bienheureux. Rabaissée au sein de la communauté religieuse, la personnalité humaine se trouva grandie à l'égard de l'État; et la situation des premiers chrétiens, communistes entre eux, ne fut pas sans analogie parfois, vis-à-vis de l'empire (à la violence près), à celle des anarchistes modernes en face de nos sociétés.

A mesure que le christianisme se développa et qu'il conquit les puissants de la terre, il fallut nécessairement qu'il s'unisse à une doctrine politique. Et d'abord nous constatons chez lui la doctrine de soumission et de modération qui avait été celle de Jésus

« Toute puissance, dit saint Paul, vient de Dieu. Celui qui s'oppose aux puissances s'oppose à l'ordre de Dieu [...]. Le prince est le ministre de Dieu pour exercer sa vengeance. »
Il  n'y a rien là qui ressemble, comme on voulut plus tard le prétendre, à la formule du droit divin, qui fait du prince le représentant de Dieu sur la terre. En parlant du prince, saint Paul entendait désigner d'une manière générale le gouvernement : l'autorité qu'il possède venant de Dieu, le chrétien doit obéir à la loi. Aussi, intransigeants sur les questions de foi religieuse, les apôtres persécutés se soumirent aux prescriptions de l'État et formèrent des martyrs, non des révoltés. Les Pères suivirent leur tradition  :
« Nous honorons, dit Tertullien, l'empereur ainsi qu'il nous est permis et qu'il lui convient, comme le premier avec Dieu, comme celui qui n'a que Dieu au-dessus de lui. »
Satisfaite de la liberté morale et religieuse, l'Église admettait le despotisme politique. Et quand le christianisme devint la croyance des empereurs eux-mêmes, l'Église ne prêcha nullement la théorie de la théocratie
« Si l'empereur, dit saint Ambroise, demande le tribut, nous ne le refusons pas. Si l'empereur désire nos champs, il a le pouvoir de les prendre. » 
Rien dans les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne ne fait prévoir le formidable conflit, de l'Église et de L'État d'où sortirent tant de discussions politiques et théologiques. Le Soïcisme avait affranchi théoriquement l'humain de l'Etat et en avait fait un citoyen du monde; le christianisme l'affranchissait en l'appelant à une cité céleste dont Dieu est le roi et dont les membres sont les saints. Les questions politiques proprement dites n'ont pas véritablement intéressé le christianisme primitif. Qu'est-ce que la cité terrestre auprès de la cité céleste! les docteurs chrétiens, nés sous un régime despotique, ont admis que l'autorité venait de Dieu, se bornant à lui conseiller la piété et la justice, sans prétendre les imposer. Et quant aux abus, ne sont-ils pas inséparables de toute fondation humaine? Ils furent considérés comme des épreuves salutaires, ou comme des suites inévitables du péché originel. Par lui-même, le christianisme n'a pas innové en matière politique. Ce n'est qu'indirectement, par le but nouveau qu'il proposa aux humains, et en préparant le conflit de l'autorité temporelle et de l'autorité spirituelle, qu'il a été le point de départ d'un grand mouvement d'idées politiques. (André Lichtenberger).
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