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La science politique au XIXe siècle
3 - La philosophie politique scientifique
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La philosophie politique scientifique
La science politique au seuil du XXe siècle
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Chez la plupart des penseurs politiques du XIXe siècle des préoccupations scientifiques s'unirent à des préoccupations morales et de justice. Chez Saint-Simon principalement, apparaît l'idée de faire des phénomènes politiques l'objet d'une science positive. Cette tendance s'est accusée davantage, et presque toute la philosophie politique de la deuxième moitié du XIXe siècle en est imprégnée.

Auguste Comte a attaché son nom à la fondation du Positivisme. Pour lui la politique sociale dépend d'un système d'idées générales destiné à servir de guide à la société, et il entreprend de l'esquisser. La masse des humains peut entrevoir le but à atteindre; les savants seuls sont capables d'indiquer les moyens à employer pour y arriver. La science de la politique est une science d'observation. Elle a traversé l'état théologique (doctrine du droit divin) et l'état métaphysique (contrat social, souveraineté populaire) avant d'atteindre à l'état de science positive. La politique scientifique a son point de départ dans cette observation que l'ordre social est à tous les moments du développement de l'espèce humaine « la conséquence nécessaire de son organisation ». La tâche du politique consiste à bien observer les phénomènes et à favoriser les combinaisons politiques propres à accélérer la marche de la société dans le sens où la porte son développement antérieur. L'observation historique donnera la base de la politique; l'éducation positive habituera les esprits à s'y conformer. 

Enfin on fera « l'exposition générale de l'action collective que, dans l'état actuel de leurs connaissances. les hommes civilisés peuvent exercer sur la nature pour la modifier à leur avantage en dirigeant toutes leurs forces vers ce but et en n'envisageant les combinaisons sociales que comme des moyens d'y atteindre ». 
L'observation historique nous apprend que la marche de la civilisation est soumise à une loi fatale de progrès dont l'action humaine ne peut que modifier la vitesse. La science politique ne peut donc que précipiter et adoucir les vues nécessaires. La physique sociale est une physique particulière, une branche de la physiologie, qui se fonde sur l'observation des phénomènes du développement humain et à qui l'étude de certaines périodes fournit l'équivalent d'expériences.

La politique est l'application des principes de la physique sociale. Puisque la société est la réalité par excellence, les institutions qui n'ont pour but que l'individu doivent disparaître. La liberté d'examen peut être supprimée. La souveraineté du peuple est vide de sens. Le droit est une notion « immorale et anarchique »; l'individu, « une abstraction »; les humains, « des organes du grand être ». A la doctrine libérale qui isole les humains il faut substituer un principe de sociabilité qui les unisse. Il faut, comme avait fait le catholicisme du Moyen âge, organiser un pouvoir spirituel et un pouvoir temporel, l'un moral, l'autre politique. La supériorité d'esprit des savants leur confère naturellement le droit de commander. Ils établiront une doctrine à laquelle tous se rangeront et que l'éducation propage. D'autre part, le pouvoir temporel sera une dictature qui comprendra toutes les manifestations de l'esprit humain. L'État interviendra de même en manière économique; sans que la propriété soit abolie, le propriétaire deviendra « un fonctionnaire comptable de la société ».

Visiblement imprégnée d'un esprit hégélien, la doctrine de Comte a pour trait caractéristique la personnalisation de l'Etat et un singulier fatalisme' optimiste. II fut le véritable créateur de la sociologie ou de l'étude de la société considérée comme un organisme vivant. Son influence a été durable, et on essayerait inutilement de compter ses disciples. L'assimilation de l'État à un corps vivant a une apparence scientifique attrayante, et nous voyons ressusciter au profit de l'Etat une sorte de réalisme aussi complet que celui du Moyen âge. La plupart de ses disciples sont hostiles à la liberté humaine. Mais même des individualistes comme Herbert Spencer ont subi profondément son influence. Sa philosophie sociale et politique est anti-interventionniste et individualiste et n'a fait que s'accuser dans ce sens; il n'en prétend pas moins unir étroitement la sociologie à la biologie, et n'arrive à la relier à ses idées morales et politiques qu'en soutenant tantôt que le mot organisme social est une métaphore et tantôt une réalité. Il est d'ailleurs à remarquer que, parmi les disciples de Comte, un grand nombre semblaient guidés par les mots et se livrent aux assimilations biologiques les plus superficielles.

En Allemagne, des esprits distingués, économistes, sociologues, juristes, moralistes, ont également voulu établir, selon l'exemple de Comte, une science positive de la morale qui, s'écartant des hypothèses métaphysiques, s'attacherait uniquement à l'observation des faits moraux pour en dégager les lois. Ils ont, comme point de départ, l'idée que la société constitue un être vivant qui a ses fonctions, ses fins propres. Schaeffle annonce son intention d'étudier « le règne social ». Il est à remarquer que cette science ne peut se constituer sans des monographies minutieuses et attentives. L'un des défauts des fondateurs de cette école et de leurs disciples, comme d'ailleurs de l'école comtiste en général, est de se livrer à des généralisations excessives et prématurées sans expériences et connaissances historiques suffisantes. La sociologie affecte volontiers un caractère tranchant et absolu, oubliant que la science positive de la politique et de la morale n'est pas faite et qu'elle n'a que des hypothèses à nous présenter.

La même prétention scientifique se trouve dans le nouveau socialisme né en Allemagne et qui s'est répandu de tous côtés, en subissant d'ailleurs des modifications. Au rebours des premiers socialistes français d'esprit métaphysique, moraliste et religieux, il est avant tout matérialiste, met les intérêts matériels au premier plan, explique et condamne à la fois la situation actuelle de la société, et se préoccupe de faire une part à la liberté dans l'Etat qu'il désire et qu'il croit devoir nécessairement succéder à l'Etat actuel. A côté de son activité politique, dont les résultats sont immenses, il a construit une doctrine politique et sociale considérable. Marx a pris son point de départ dans la philosophie hégélienne d'où il a tiré la notion de l'évolution des choses. Selon lui, l'ordre découvert par les économistes n'a pas une valeur absolue. 

« Les catégories économiques ne sont point des catégories logiques, mais des catégories historiques. »
Tout est relatif et tout se transforme. Le régime capitaliste est une forme transitoire de la civilisation dont l'heure de transformation est arrivée. Un nouvel ordre doit lui succéder où la production et la répartition se feront dans de meilleures conditions, selon des règles qu'il est déjà possible de prévoir. Etant donnée la prédominance des intérêts économiques, l'Etat de l'avenir aura pour objet principal de les satisfaire. Le travail sera universel. Il ne subsistera que des producteurs travaillant pour la communauté. Une administration centrale dirigera le travail national et remplira à peu près le rôle de l'Etat-providence d'autrefois. Le socialisme d'Etat, c.-à-d. la main mise par l'Etat sur les différents services, est un heureux acheminement vers la transformation nécessaire. Mais dans la société future, l'appareil politique disparaîtra presque entièrement pour faire place à un pouvoir principalement économique, dont la forme s'adaptera plus ou moins aux formes existant antérieurement. Un programme démocratique s'unit d'ailleurs presque toujours au programme socialiste. Quand il sera réalisé, la science politique sera entièrement secondaire et disparaîtra dans l'économie politique. L'État perdra tout caractère oppressif puisqu'il n'aura plus qu'une fonction économique, et son antagonisme vis-à-vis de l'individu disparaîtra ainsi.

Tandis qu'un souci moral et le sentiment de la liberté guidaient les théoriciens individualistes, la notion de l'évolution historique, un certain fatalisme optimiste, et la confiance dans la toute-puissance de l'Etat inspirent la philosophie de Comte et de Marx. (André Lichtenberger).

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